‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 45 sur 86 · FONTENAI-AUX-ROSES · texte numérisé non relu

FONTENAI-AUX-ROSES

Exposition générale. — Le terroir de Fontenai a un peu moins d'étendue que celui de Châtillon. Il est

situé sur un coteau qui est une suite de celui dont j'ai parlé à l'article de Châtillon ; sa surface est très irrégulière, et son inclinaison est dirigée vers le levant ; le village est situé vers le bas du coteau, et sa partie supérieure, depuis le moulin de la Tour jusqu'au terroir de Clamart, est en plaine. Ce terroir est borné : au nord, par ceux de Bagneux et de Châtillon ; au couchant, par ceux de Clamart et de Duplessis ; au midi, par celui de Sceaux, et, au levant, par ceux de Bourg-la-Reine et de Bagneux. On voit sur ce coteau quelques vallons ou enfoncemens, formés par les eaux pluviales ; mais vers Sceaux et vers Bagneux. le terrain est en pente assez rapide, et il forme deux petits vallons, dont F un, entre Sceaux et Fontenai, plus étroit, plus agréable et plus fertile que l'autre, est planté de saules et de peupliers et couvert dans toute sa longueur d'une prairie naturelle arrosée par une eau qui prend sa source sur le chemin de Chatenai, à la partie du terroir de Fontenai qui avoisine ceux de Sceaux et de Duplessis : c'est cette source qui fournit l'eau au ruisseau dont j'ai parlé au mémoire sur Bagneux et sur Bourg-la-Reine. On trouve au-dessous du village, dans la ruelle dite des Beaux- Frais, une autre source, beaucoup moins considérable que celle-ci, nommée fontaine ou lavoir des Beaux- Frais.

Qualité des terres. — Tout le coteau de Fontenai est d'une nature sablonneuse vitrifîable et point du tout calcaire ; la couche végétale sur la partie la plus élevée est d'un sable graveleux ; la surface du terrain est couverte d'un petit cailloutage d'un grès fin et ferrugineux, tel que celui du coteau de Châtillon ; les terres y sont d'une médiocre qualité ; la couche végétale a peu d'épaisseur, et au-dessous on trouve un sablon pur, sur la par-

l'agriculture des environs de paris en 1786. 301

tie inclinée depuis le moulin delà Tour jusqu'au village. A mesure que Ton descend davantage , les terres deviennent meilleures, et, au bas de ce coteau, elles sont d'une très bonne qualité, quoiqu'elles soient d'une nature sablonneuse ; mais, la couche végétale y étant plus épaisse et le terreau plus abondant, elles souffrent moins de la sécheresse.

Minéralogie. — On retire, à l'ouest du village, à une profondeur de 40 à 45 pieds, un sablon argileux très fin, jaunâtre, doux au toucher, dont se servent les fondeurs de Paris ; la partie argileuse qui s'y trouve mêlée et ses grains fins et égaux le rendent très propre à servir de moule aux différentes pièces que Ton jette en fonte. La couche exploitée de ce sable n'a que 2 ou 3 pieds d'épaisseur. Pour l'obtenir, on creuse un puits et, parvenu au sable, on l'enlève en l'attaquant et s'enfonçant toujours latéralement. On ne soutient pas les terres du trou : les sables supérieurs, un peu argileux, ont assez de solidité pour ne pas faire craindre les éboulemens ; d'ailleurs, la facilité de creuser et le danger qu'on courroit à donner trop d'étendue à ces fouilles, qui, quoique soutenues par des piliers, pourroient s'affaisser, fait qu'on change souvent l'ouverture.

Depuis l'ouverture du trou jusqu'au sablon des fondeurs, je n'ai vu qu'un sablon argileux plus ou moins fin , plus ou moins jaunâtre , et disposé en couches horizontales.

Productions. — J'ai dit que les terres de la partie supérieure du coteau de Fontenai étoient d'une très médiocre qualité. Elles rapportent cependant assez par l'industrie des habitans. On y cultive principalement différentes espèces de rosiers, dont on vend les

fleurs aux parfumeurs, aux distillateurs et aux apothicaires de Paris. Le prix de ces roses varie un peu , suivant que la récolte est plus ou moins abondante : il est ordinairement depuis 4 jusqu'à 8 sols la livre. Un printems pluvieux favorise beaucoup la végétation de cet arbrisseau dans une terre sèche sablonneuse et d'une qualité inférieure. Cette culture est très considérable dans cette paroisse ; on lui destine non seulement les plus mauvaises terres de cette partie supérieure du coteau , mais encore la plupart de celles de la partie moyenne , qui seroient propres pour les prairies , les grains ou la vigne.

Culture des roses. — On donne un labour, à la fin de l'été, aux terres que Ton veut planter en rosiers, et, dans les mois d'octobre et de novembre, on plante, en rangées, des pieds de rosiers, garnis de racines, que l'on détache des vieilles plantations; on les met à la distance l'un de l'autre de 15 à 18 pouces, d'un côté, et de 2 pieds et demi de l'autre. On donne ensuite annuellement deux labours, l'un en février et le second en mai, et on les taille toutes les années pendant l'automne; ils donnent des fleurs dès la première année, mais ils ne rapportent bien que la quatrième.

Les terres de la partie inclinée du coteau, depuis le moulin de la Tour j usqu' au village , quoique sablonneuses , sont d'une meilleure qualité que sur le sommet ; elles sont très bien cultivées et les productions y sont variées; on y voit des seigles, des avoines, des orges, des pois, des fèves, des haricots, plusieurs prairies en luzerne et peu de blé. Il y a beaucoup de vignes, des cerisiers et des groseilliers, quelques néfliers et quelques noyers; les terres sont très bonnes sous le village. Il

l'agriculture des environs de paris en 1786. 303 y a beaucoup d'arbres fruitiers, mais principalement des poiriers. On y cultive le chanvre en différens endroits. Le petit vallon qui sépare les terroirs de Fontenai et de Sceaux, au milieu duquel coule le ruisseau dont j'ai parlé, est très agréable et très fertile; il est en prairies naturelles, plantées en saules et peupliers ; le fourrage y parait très abondant. J'y ai trouvé fleuris, vers le 15 de mai, et en très grande quantité, YOrchis militaris et YOphrys ovata. Du côté du territoire de Bagneux, les blés et les seigles sont abondans et très beaux, les orges et les avoines poussent avec force, et les prairies en luzerne sont abondantes et vigoureuses.

Les cerisiers ont beaucoup souffert des froids qui ont régné vers le milieu du mois d'avril, tems où ils étaient en pleine fleur.

Les hannetons sont très abondans cette année ; on en voit deux espèces : l'une est le hanneton ordinaire, et l'autre, plus petite, d'une couleur plus claire et plus pâle, est distinguée par une ligne longitudinale, large, obscure, qui se prolonge supérieurement de la tête au bas des élytres. Ce hanneton n'est pas décrit dans l'histoire des insectes des environs de Paris. Il est très commun cette année ; il vole le soir ; il se nourrit des feuilles des végétaux, et il attaque principalement les ormes et les chênes.

Les haricots, semés de bonne heure, n'ont pas levé ou ont souffert de l'humidité dans le mois d'avril et au commencement de mai.

Page 1