‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 17 sur 67 · XXVI ANTOINE PASSY · texte numérisé non relu

XXVI ANTOINE PASSY

de son âge et dans la pleine maturité de son esprit, il renonça à y figurer plus longtemps, croyant sans doute être plus utile à son pays en se renfermant dans les études économiques et scientifiques. En 1851, son activité semble redoubler: il préside à l'inauguration de la statue de Poussin aux Andelys, le 15 juin ; — il traduit de l'anglais de sir Humphrey Davy le traité intitulé Salmonia, qui a pour objet la pêche à la ligne, dont M. Passy voulait populariser et perfectionner les procédés ; — cinq autres de ses discours figurent, cette même année, dans le Recueil de la Société libre de l'Eure. Il est impossible de les analyser tous ; on ne peut néanmoins passer sous silence celui qu'il prononça le 1er septembre 1851, et où il exprime ses vues sur la société française d'alors, en paroles trop applicables à la situation d'aujourd'hui. « Défiée parles sentences qu'on prononce tous les jours « sur elle, la société française est troublée, inquiète, « épouvantée. Elle ne croit plus en elle-même. Elle ne « vit qu'au jour le jour sans avenir, sans confiance, sans « sécurité ; et la sécurité, c'est la santé du corps social, « c'est sa force et son énergie. » Et plus loin : « Les idées « amènent les révolutions, mais les intérêts les arrêtent. « Les intérêts de la société humaine ne sont autres que « la pratique de la vie. Dès que l'ordre qui les fait vivre « est troublé, ils sont frappés, ils -s'effrayent et déses- « pèrent. Puis, après avoir reculé, ils s'avancent dans le « vide que la destruction a fait et qu'eux seuls peuvent « combler ; ils reprennent avec de long-s et pénibles « efforts ce qui avait été arraché injustement et subitece ment à l'ordre social... Ce mouvement, nous sommes « tous tenus de le seconder. D'un côté, se trouve la « société humaine, avec ses antécédents et ses espé-

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« rances de bien-être progressif, les sentiments de la a justice, de la famille et de la religion, et, de l'autre, « ceux qui veulent détruire ces principes sacrés, pour « faire prévaloir l'anarchie des intérêts, des sentiments, « des affections. — Pour abattre ces sophismes auda- « cieux, adressés aux intelligences obscures et aux avi- « dites personnelles, et qui peuvent, par l'instabilité des « affaires publiques, se transformer en actes, il faut le « travail constant, ferme et journalier de tous. »

C'est sous les auspices de ces utiles travaux, de ce noble langage, de ces saines et fortifiantes pensées, qu'il se présenta à vos suffrages, et que, le 10 décembre 185 1 , il fut admis dans votre Société à la presque unanimité des voix. Il tint à honneur d'en être un des membres les plus laborieux. De 1853 à 1872, presque aucune année ne se passe sans qu'un ou plusieurs rapports de M. Passy ne figurent dans vos annales. La statistique et l'agriculture sont les sujets qu'il aborde de prédilection. En analysant les ouvrages dont il rend compte, il y ajoute les aperçus les plus justes et souvent les plus imprévus. Il comprenait la mission et les devoirs des membres de cette Société, comme il avait entendu ses fonctions administratives et son mandat de député : « Messieurs, » vous disait-il, en 1854, en commençant l'éloge historique de M. de Lasteyrie, « c'est la gloire modeste et « sérieuse de quelques hommes inspirés par une ver- « tueuse et naturelle vocation que de chercher avec « ardeur, de rencontrer heureusement et de poursuivre « avec persévérance, parmi les conceptions écloses à la « lumière, celles qui développent les progrès de la civi- « lisation. Quand ces hommes d'élite ont jugé qu'une « invention peut faire avancer l'intelligence générale,

XXVIII ANTOINE PASSV.

(( augmenter la richesse publique ou bien consoler des « misères, ils travaillent, avec une sage énergie et une u constance inébranlable, à la mettre à la portée de « chacun ; et ils deviennent réellement ainsi les inven- « teurs de l'utilité positive d'une découverte ; leur aide « puissante et généreuse féconde et répand la pensée « primitive de l'auteur, dont la gloire, dès lors, s'affermit « et s'étend. »

Il se dépeignait lui-même, sans y songer, dans ces éloges que les membres de notre Société consacrent au souvenir des collègues que la mort leur enlève. « Les « campagnes, disait-il, en parlant de M. de Chabrol, « recueillent ceux qui renoncent à la vie agitée des « affaires. Apporter et répandre autour de soi des idées « et des pratiques nouvelles, c'est continuer en quelque « sorte l'administration de la fortune publique, c'est « servir encore son pays que d'augmenter les produits « de la terre. » Il est impossible de ne pas le reconnaître dans cette image qu'il retraçait de M. de Rambuteau : « Sa bienveillance était constante, sa mémoire nette, « abondante et vraie, son esprit calme et impartial. Il « parlait du passé et du présent sans passion, avec tran- « quillité, avec désintéressement, avec une naturelle dis- « position à louer ce qui lui semblait bon, utile et hon- « néte ; et il s'y connaissait. » C'est un privilège de la Société centrale que de se recruter, depuis sa fondation, dans le même cercle d'hommes utiles, et que de pouvoir, sans forcer la louange, appliquer aux successeurs les éloges déjà mérités par ceux qui les ont précédés. Heureux héritage, qui entretient, dans cette enceinte, l'émulation du bien ! Heureux aussi ces hommes dont la mémoire se conserve avec les mêmes traits, comme ceux

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