‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 39 sur 67 · DE BOUCHARD AT · texte numérisé non relu

DE BOUCHARD AT

résolument, la balance à la main. Il ne suivait donc pas, comme beaucoup de savants'., une seule pensée, une seule étude. Il suivait les pistes des autres, les résultats des autres, les conclusions des autres pour les vérifier par la méthode a posteriori de notre vénéré président. De ses vérifications et de ses expériences sur les expériences d'autrui, il tira des rectifications heureuses et des découvertes originales. Aucun nom, si grand qu'il fût, n'était à l'abri de sa curiosité ; et je cite, au point de vue de la matière agricole : Théodore de Saussure, Liebig, Payen, Boussingault, parce qu'il les a souvent cités. « L'emploi de la balance, a-t-il écrit, est indispensable : c'est le seul moyen d'obtenir des résultats. Celui qui ose écrire, sans avoir tenu la balance, n'a pas souci de la vérité. »

C'est ainsi que pendant de longues années il réunit une foule de notes et de vues originales; c'est ainsi qu'il recueillit les éléments de ces deux petits volumes qui nous appartiennent : Recherches sur la végétation appliquée ci l'agriculture et Opuscules à! économie rurale. Dans ces ouvrages, il détermine les conditions de vitalité des plantes et follet des poisons sur la végétation, suivant qu'ils peuvent être absorbés par les feuilles ou par les racines. C'est l'effort d'un esprit ingénieux plutôt que la vue perçante d'un naturaliste.

Le mémoire sur les engrais tend à prouver que les engrais ne sont pas les aliments principaux des plantes et qu'ils cèdent seulement aux végétaux les principes que ces derniers ne trouvent pas dans la terre en quantité suffisante. Quand on commença à découvrir l'importance de ces productions microscopiques qui attaquent les aliments de l'homme, il se jeta dans l'étude de la pomme de terre et de la vigne et tint tête à Payen et à Royer.

Ces recherches sont un peu vieillies, mais la manière dont, à cette occasion, il rapprocha l'hygiène et les maladies des plantes, l'hygiène et les maladies des hommes, aura toujours son prix.

Tous ces travaux ne constituent dans la vie de Bouchardat qu'une partie de l'œuvre du laboratoire de l'Hôtel-Dieu. Cette œuvre embrasse des études sur toutes les sciences naturelles et notamment sur la matière médicale, la thérapeutique et la toxicologie.

Les procédés employés par Bouchardat étaient alors des nouveautés. La science n'a fait de progrès que par les procédés nouveaux mis en usage pour constater les faits.

Quand Bouchardat découvrit et mesura les propriétés optiques de la phoridzine, de la salicine, et notamment des alcalis végétaux, Biot écrivit : « Non seulement M. Bouchardat a découvert l'existence du pouvoir moléculaire rotatoire dans les alcalis végétaux, mais il en a mesuré de la manière la plus précise l'intensité, et il a découvert une série de propriétés les plus remarquables. » Après les alcalis végétaux, Bouchardat mesura et découvrit les propriétés optiques de l'amygdaline, des matières albuminoïdes, de l'atropine, des térébenthines et de leurs essences, avec la collaboration de Guibourt, de la narcéine, de la picrotoxine avec Boudet, de l'acide camphorique et des camphorates ; et, sur ces dernières notes, Biot renouvela ses chaleureux éloges.

A la chimie optique Bouchardat associa la chimie pure.

C'est la chimie qui a donné naissance à la toxicologie, Fart, pour ainsi dire nouveau, d'analyser les poisons et d'en combattre les effets. C'est elle qui devait le faire entrer dans le groupe qu'illustrèrent Fodéré, OiTila etDcvergie. Bouchardat se signala par ses mémoires sur

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l'empoisonnement par les moules, sur les contrepoisons du sublimé corrosif, du cuivre et de l'arsenic, en collaboration avec Sandras, et sur la thérapeutique de tous les empoisonnements. Pour la première fois, il démontra, dans son étude sur l'empoisonnement par le bleu en liqueur, l'intoxication par l'absorption de l'acide sulfurique; et le traitement qu'il institua pour combattre l'empoisonnement par la morphine et l'opium, en tenant le malade toujours éveillé par le café à hautes doses et le flagellement, a été couronné de succès. Dans cette voie de recherches, il trouva l'occasion d'étudier l'action des substances vénéneuses sur les plantes et les poissons, et il constata ce fait inconnu de l'empoisonnement des poissons par l'eau contenant par litre ou un milligramme de bi-iodure de mercure, ou deux gouttes d'essence d'anis, ou dans de l'eau ne renfermant par litre qu'un dix-millième d'acide chlorhydrique.

La toxicologie est une annexe de la thérapeutique, c'est-à-dire de l'art de préparer les remèdes. Au désordre qui régnait au commencement du siècle, avait succédé, par un effort continu des représentants de la pharmacie et de la chimie, l'uniformité salutaire dans la manière de doser, de préparer et de prescrire les médicaments. On s'élevait peu à peu à la composition du Codex. Bouchardat avait raison de dire dans Y Annuaire de thérapeutique de 1841 : « Le monde médical s'occupe à contrôler par l'observation la valeur pratique des doctrines et des remèdes. On commence à s'apercevoir que nous savons fort peu de choses sur la nature des maladies et que la thérapeutique rationnelle est encore dans la première enfance. » Au point de vue de la thérapeutique, nul ne se trouva mieux placé dans le milieu de ce siècle

pour définir les propriétés et vulgariser Faction des remèdes nouveaux. A peine connaissait-il une substance ou une recette nouvelle, il la contrôlait par l'expérience et la livrait à la publicité. N'a-t-ilpas introduit lui-même dans la pratique des médicaments énergiques tels que l'iodoforme, l'atropine, la digitaline? N'a-t-il pas trouvé le moyen de préciser les propriétés du sulfate de quinine, de distinguer la quinine de la cinchonine, et de reconnaître dans les urines les moindres traces de quinine?Enfin, digne élève de Vauquelin, n'a-t-il pas, après Pelletier et Caventou, apporté la contribution la plus large à l'étude des quinquinas, dont il analysa toutes les espèces, et à l'histoire desquelles il éleva avec Delondre un véritable monument?

Bouchardat se trouvait naturellement préparé pour reprendre les traditions et continuer les publications scientifiques et pharmaceutiques de Cadet-Gassicourt. En arrivant à Paris, il n'avait pas voulu s'engager à fond, et avait gardé son indépendance dans le groupe des savants distingués, Cadet-Gassicourt, Boullay, Boudet, Destouches, qui dirigeait depuis 1815 le Journal de pharmacie et de chimie; mais quand le libraire Baillière lui offrit la rédaction d'un journal pharmaceutique qu'avait fondé Lartigues (depuis auteur dramatique sous le nom de Delacour), notre vaillant jeune homme n'hésita plus, et, de 1836 à 1842, il poursuivit la publication de ses manuels qui eurent le plus grand succès. Ses Manuels de chimie, les Annuaires de thérapeutique, le Répertoire de pharmacie, le Formulaire magistral et le Formulaire vétérinaire tinrent assurément, dans la presse scientifique de ce temps, la première place et assurèrent à leur auteur une incontestable supériorité.

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A ce moment de grand travail et de labeur acharné, Bouchardat avait trouvé de puissants encouragements dans la collaboration, l'amitié et le patronage de savants aussi dévoués que distingués. Biot avait été parfait pour lui, et c'est par Biot qu'il devint l'ami de notre confrère M. Berthelot. Dans le cœur de Bouchardat, les noms de Biot et de Berthelot restèrent unis. Nous en avons entendu l'éloquent témoignage. Avec Biot, je citerai tous les médecins de l'Hôtel-Dieu : Louis, que Bouchardat appelle son illustre maître, et qui lui répétait sans cesse : « Combattez l'erreur par des observations, mais n'osez jamais affirmer que votre opinion est la vérité »; Chomel, qui suivait Bouchardat, par l'analogie de leurs études sur les voies digestives et auquel Bouchardat avait révélé, il en convenait, les mystères de la glycosurie ; Rostan, le brillant initiateur des premières années, et le maître très aimé; Sandras, le collaborateur infatigable : tous avaient indirectement leur part dans ce que j'ai appelé « l'œuvre de l'Hôtel-Dieu » ; mais cette œuvre n'était pas moins soutenue par des pharmaciens de premier mérite, par Guibourt, Boudet, Boullay et surtout par Quévenne. Quévenne était pharmacien en chef de l'hospice de la Pitié ; même âge et même enfance, même caractère et même carrière, même condition et mêmes sentiments de famille, tout les réunissait dans la même histoire et dans une seule amitié. Lentement, Quévenne mourut: « Quévenne, dit Bouchardat, dans une notice qu'il lut à la séance de rentrée de l'Ecole de pharmacie, n'était pas un ami pour moi : il était devenu un autre moi-même. » Tandis que Bouchardat avait pendant dix ans fait à l'Hôtel-Dieu des analyses de lait, Quévenne, à la Pitié, avait fait les

mêmes expériences. Bouchardat reprit toutes les analyses, tous les travaux de son ami et les siens, et eut l'honneur et la consolation de confondre, dans une grande et seule étude, la science et l'amitié.

Ne croyez pas, mes chers confrères, que Bouchardat trouva dans la variété et le succès de ses travaux scientifiques une satisfaction parfaite. Travailler, s'instruire, était son plaisir; mais enseigner, professer, c'était sa vocation. N'oubliez pas qu'au lieu de mener la vie tranquille d'aide-pharmacien, il avait préféré, à vingt ans, mener la vie aventureuse de répétiteur, je n'ose pas dire de professeur de botanique, matière médicale, chimie, physique, et de toutes les sciences naturelles réunies. A l'Hôtel-Dieu, dans son laboratoire, il ne s'était pas contenté de réunir les éléments de beaux travaux : il avait créé un enseignement qui était suivi par tous les jeunes gens de son temps. Il ne manquait jamais le plaisir de faire une conférence, un cours, une leçon, une allocution. Dès 1833, il avait osé lutter avec Dumas, pour conquérir la chaire de chimie organique et de pharmacie à l'Ecole de médecine; en 1839, avec Trousseau pour la chaire de thérapeutique. Il avait été battu. Il attendait une autre occasion, et cette occasion se fit attendre treize ans. C'est dans cette longue période de temps que survint la mort de Philippe Dupin : et l'on s'étonnerait qu'à l'exemple de Yauquelin, Bouchardat ait tenté, comme je vous l'ai dit au début de cet éloge, la fortune d'un scrutin politique? Mais puisqu'il n'avait pas de chaire, pourquoi n'aurait-il pas songé à la tribune? Dans la chaire comme dans la tribune, on parle et on parle sur des sujets qui concernent l'homme ou les hommes. Cependant, élection de député comme élection

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de professeur, tout échoue. Il semble qu'il va pénétrer dans la section d'économie rurale de l'Académie des sciences : non. Il hésite et se trouve retardé. Enfin voici la Fortune. Doucement elle arrive et l'entraîne en 1848 dans notre Compagnie, en 1 850 à l'Académie de médecine, en 1851 au Conseil supérieur d'hygiène publique. Tout à coup elle se déclare. Hippolyte Royer-Collard meurt. La chaire d'hygiène à la Faculté de médecine est vacante, un concours ouvert. Ce concours est la dernière bataille, c'est la victoire.

A cette époque, Bouchardat était dans toute la force de son talent. Doué d'une mémoire prodigieuse qu'avaient remplie le travail et la lecture, il unissait dans la conversation et dans le discours les opinions d'autrui et ses observations personnelles. A ces qualités solides il joignait beaucoup de finesse d'esprit, quand il s'agissait de matières scientifiques, et beaucoup de malice quand il s'agissait des personnes. Ses manières étaient affables, ses allures cordiales devenaient promptement chaudes. Il avait dans la parole je ne sais quoi d'animé et de saisissant qui empoigne un auditoire. Ce n'était pas de la vaine éloquence : c'était une conviction ardente et raisonnée. Sous le professeur on sentait un homme.

Tel était notre brillant confrère, lorsque le jour de la rentrée de la Faculté de médecine, le 10 octobre 1853, Bouchardat inaugura ses nouvelles fonctions en prononçant les éloges d'Hippolyte Royer-Collard, son prédécesseur, et d'Achille Richard, son maître et son ami.

On peut relire aujourd'hui ces éloges avec grand plaisir et grand profit.

Hippolyte Royer-Collard s'y montre dans tout l'éclat de son talent et l'entraînement d'une pensée maîtresse

qui confond et explique l'une par Fautre l'hygiène et la physiologie : « C'est mon drapeau, s'écrie Bouchardat; je ne saurais proclamer avec trop d'insistance que l'hygiène dans ses parties les plus belles n'est que la physiologie appliquée. » Ne vous semble-t-il pas que cette déclaration est un peu théâtrale et sent la pompe de l'oraison funèbre? Le drapeau de Royer-Gollard n'a jamais été le drapeau de Bouchardat, et les deux maîtres, si distingués qu'ils fussent, étaient en tout point parfaitement différents. Tout au contraire, de nature, de caractère et d'esprit, Bouchardat et Achille Richard étaient tout à fait semblables. Voilà pourquoi ils s'aimaient tant.

En prononçant l'éloge de Richard, Bouchardat n'entre pas dans les opinions et dans les sentiments de son ami. Depuis longtemps il y était installé. S'il se complaît à parler de Richard, c'est que, sans s'en douter, il se reconnaît lui-même : « Richard, disait-il, était inimitable, parce qu'il savait plaire à ses auditeurs, » et Bouchardat n'avait-il pas ce don naturel de la séduction? « Richard savait avec un art exquis rattacher à l'étude de la botanique toutes les connaissances qui sont indispensables au médecin. Non seulement, en exposant l'histoire des plantes, il insistait sur les végétaux qui fournissent des aliments, des médicaments et des poisons, mais, en traitant l'anatomie végétale, il y joignait des notions de physiologie générale. » N'est-ce pas l'histoire de la carrière de Bouchardat, directeur du laboratoire de l'Hôtel- Dieu, de Bouchardat professeur d'hygiène de la Faculté de médecine de Paris?

Cette séance mémorable, ces deux éloges si divers et si heureux dominent toute la vie de Bouchardat. Nous

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l'avons entendu faire tour à tour l'éloge de Mérat et de Loiseleur-Deslongchamps et relever les aperçus les plus ingénieux sur la botanique et l'agriculture par des mouvements d'une véritable éloquence; mais jamais il ne donna mieux la mesure de son talent qu'en cette journée solennelle qui était le couronnement de vingt-cinq ans des plus laborieux efforts.

Dès lors Bouchardat est lui-même. Il se concentra. Il se fixa. La Chambre des députés avait été le rêve d'un jour de scrutin. Il n'en fut plus question. Peut-être oublia-t-il qu'il avait été candidat! D'ambitions scientifiques, on ne l'entendit plus parler. L'Académie des sciences elle-même ne fut plus qu'un sanctuaire vénéré, dont il ne chercha plus à franchir la porte. Que voulez-vous? Il était professeur; il était professeur d'hygiène; professeur d'hygiène à la Faculté de médecine de Paris. Il était heureux.

Bouchardat professa pendant trente ans, et il eut la singulière fortune d'établir ses principes scientifiques dans un important rapport sur les progrès de l'hygiène, en 1878, lors de l'Exposition universelle. Il eut cette grande fortune de pouvoir résumer tout son enseignement et toute sa doctrine dans un seul ouvrage, dans un Traité d'hygiène dont la dernière et complète édition date de 1883, et porte le titre de Traité d'hygiène publique et privée basée sur l'étiologie.

« Le but de l'hygiène, dit Bouchardat dans sa préface, est la conservation et le perfectionnement de la santé.

« Le fondement de l'hygiène doit être l'étude des causes des maladies. La connaissance des causes est

la partie la plus difficile de la médecine et presque une nouveauté; mais elle seule peut rendre l'hygiène positive et la médecine sûre. »

A ce point de vue de la méthode, qui est la méthode scientifique du xixc siècle, chacun se rallie et tout le monde semble d'accord : Michel Lévy et Bouchardat entre autres, qui tous deux, dans le même temps, ont écrit des traités d'hygiène avec un talent supérieur. Si Michel Lévy est plus précis dans la synthèse et plus critique dans le cours de sa discussion, Bouchardat est plus original, plus riche en vues nouvelles et en recherches personnelles. Tous deux ont bien fait quelque effort pour mettre un peu d'ordre dans l'innombrable quantité de sujets divers qu'entraîne la vie de l'homme ; mais finalement ils ont adopté les points de repère fournis par la classification d'Halle, et ils se sont appliqués à découvrir, en la précisant, l'action des agents extérieurs qui peuvent produire les maladies.

Puisqu'il s'agit de l'hygiène qui a pour but la santé de l'homme, pourquoi ne pas s'étonner que Michel Lévy et Bouchardat aient étudié l'hygiène principalement et parfois exclusivement par les effets que les agents extérieurs exercent sur les organes du corps humain, et n'aient pas étudié d'abord et principalement les organes eux-mêmes dans leurs rapports avec les modifications que peuvent leur faire subir ces agents extérieurs : les aliments, la température, l'air, etc. Ne pouvait-on pas trouver un nouvel ordre de recherches plus logique el plus pratique, et doit-on approuver des esprits aussi distingués d'avoir continué à classer les causes des maladies sous la rubrique des ingesta, des applicata, des excréta, des gesta, des circumfusa et des percepta?

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En vérité, les hygiénistes de profession devraient avoir un peu plus le désir de séduire ceux dont ils veulent conserver la santé. Leur premier mérite ne serait-il pas de nous convaincre de l'utilité de leurs conseils, en nous apprenant, en bon français, que ces conseils s'appliquent à l'homme; que ces conseils, suivant les expressions de l'école, constituent l'hygiène privée, et que ces conseils, s'ils s'adressent à tous les hommes, constituent l'hygiène publique? Mais il faut chercher à être plus net et plus clair et dire hardiment à Bouchardat lui-même que les dénominations d'hygiène privée et d'hygiène publique, si généralement employées, doivent être abandonnées.

L'hygiène qu'on qualifie ^hygiène privée, l'hygiène qui considère l'homme dans sa personnalité physique et morale, devrait s'appeler tout simplement Jiygiène humaiiie. L'hygiène qu'on qualifie à? hygiène publique et qui considère les hommes collectivement et au point de vue de l'organisation sociale devrait s'appeler hygiène sociale.

A la clarté de ce mot, hygiène humaine, l'esprit se met en marche et se place avec plus de confiance à quatre points de vue : l'âge, le sexe, le tempérament, les organes; — et ces distinctions faites, on s'aperçoit aussitôt que l'homme n'est pas un être solitaire.

L'homme est un animal, nécessairement destiné par la nature à vivre dans la société des autres hommes; et si le fait est incontestable, les règles diverses destinées à conserver la vie de l'homme dans la société doivent se classer sous le titre à' hygiène sociale, et nous conduire à des points de vue d'ensemble, dont le cercle ne cesse plus de s'élargir. C'est d'abord l'exercice des professions qui enchaînent les hommes dans les mêmes conditions d'existence : ce sont les relations hygiéniques qu'en-

traîne la vie commune dans les villages et les villes, enfin c'est le groupement en nations, en personnes morales créées pour la défense, la sécurité des intérêts supérieurs de la nation.

Si je me suis permis d'indiquer une autre manière de classer les questions d'hygiène, si j'ai combattu les dénominations d'hygiène privée et d'hygiène publique pour proposer de leur substituer les dénominations d'hygiène humaine et d'hygiène sociale, c'est pour prendre l'avantage de me retrouver d'abord et de vous diriger ensuite au milieu de cette variété de sujets divers qui commandent à la santé physique ou morale de l'homme : c'est pour mieux marquer l'influence particulière de Bouchardat sur l'étude de certaines parties de l'hygiène générale et, tout d'abord, de l'hygiène dite privée, de l'hygiène humaine.

Parcourons les points essentiels de la doctrine, et demandons-nous si Bouchardat apporta des vues originales ou des renseignements nouveaux sur l'hygiène des sexes ou des âges? — Assurément non. — Et sur l'hygiène des tempéraments? cette partie de l'hygiène quesonprédécesseur, Royer-Collard, a pénétrée avec son imagination et une vigueur de talent qui lui permettaient d'affirmer ce qu'il lui était impossible de prouver? — Qu'a-t-il dit? qu'a-t-il fait? Rien. Cependant il s'était écrié : « Mon drapeau est celui de la physiologie et de l'hygiène »; mais, en vérité, son drapeau, et c'est un noble drapeau, son drapeau était celui de l'hygiène fondée sur la médecine et la thérapeutique.

Ilfautdonc s'en tenir à la partie vraiment originale de l'œuvre hygiénique de Bouchardat, et cette œuvre se résume dans les effets produits sur le corps humain par

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