HENRI BERTIN
le 26 juin 1888
<( Cher ami, me disait Bertin il y a quelques jours, je m'en vais de ce monde; vous parlerez de moi, je vous en prie, mais ne faites pas un discours comme si j'étais un grand agriculteur; parlez de moi comme si j'étais un de vos meilleurs amis. Dites adieu en mon nom à tous nos confrères, dites-leur adieu et merci. »
Je remplis, mes chers confrères, le vœu suprême de Henri Bertin. Je vous redis ses propres paroles qu'ont entendues d'autres témoins de notre entretien, et en son nom je vous dis : « Adieu et merci. » Merci, parce qu'en lui confiant la place de trésorier perpétuel de notre Société, vous lui avez imposé des occupations et des devoirs qui ont contribué à l'arracher à la douleur qui le dévorait. Il ne s'est jamais remis, vous le savez, de la
(1 ) M. Henri Bertin , élu dans la Section de grande culture le o mars 1879; trésorier perpétuel le 17 juin 1884; décédé le 24 juin 1888.
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perte de sa chère iille et de ses petits-enfants, et c'était pour échapper à ces cruels souvenirs qu'il s'était dans ses dernières années consacré tout entier à la Société des agriculteurs de France dont il avait été nommé viceprésident, et dont on m'a prié d'être aujourd'hui l'interprète, et à la Société nationale d'agriculture, dont vous l'aviez nommé trésorier perpétuel. Dans l'une et l'autre Compagnie, il remplissait ses devoirs avec une sorte de passion qui cachait mal les agitations de son cœur. Nous avons vécu pendant quelques années à côté l'un de l'autre dans un parfait accord, il était toujours en mouvement, en quête d'observations nouvelles, dont le bien de notre Société était le principal objet; mais quand on lui opposait quelques réflexions contraires, il cédait aussi vite : car il était avant tout pénétré du désir de voir l'administration de notre Compagnie répondre au but élevé de son institution.
Les sentiments de famille étaient chez Bertin aussi vifs que ses sentiments de confraternité scientifique. Bertin tenait avec raison à rattacher ses succès à ses traditions et à ses relations de famille, dont il était justement fier. Il appartenait à cette race intelligente et forte qui occupa sur tout le territoire français les maîtrises de poste et qui fournit à l'agriculture contemporaine un très grand nombre de ses meilleurs représentants. Les Dailly, les Pluchet, les Bertin, les Muret formaient la même famille, et ils ont occupé dans notre Compagnie une place dominante dans tout le cours de ce siècle. Assurément, je ne remplirais pas mon devoir, si je ne vous rappelais l'exploitation betteravière de Roye, la prime d'honneur que Bertin remporta en 1 860, la'croix de la Légion d'honneur qui en fut la suite naturelle, sa nomination au Con-