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La vie des hommes appartient aux événements et l'impression ineffaçable que j'ai reçue de la guerre de 1870, de l'invasion et de la Commune, a dominé toute ma conduite dans une carrière parlementaire qui dure depuis vingt ans.
J'étais à Gisors, dans le pays normand, quand l'ennemi nous envahit. La municipalité de Gisors, dont j'étais un des chefs, tint courageusement tête aux ennemis du dehors et aux fous du dedans. Notre ville ne capitula que sous le feu du canon. Pendant quatre mois, nous fûmes occupés et sans cesse réoccupés et, pour tout dire, nous avons subi le sort réservé aux environs de Paris. Au mois de février 1871, la paix était forcée. On procéda aux élections de l'Assemblée nationale. Le nom de Passy conduisait la liste des élus du département de l'Eure. Je sentais trop vivement l'honneur et le péril de mes nouveaux devoirs pour ne pas prendre conseil de
ceux qui étaient nommés en ma personne. Mon père Antoine Passy, et mon oncle Hippolyte Passy tombèrent d'accord pour m'engager, quoi qu'il advînt, à tenir toujours pour le parti de Tordre et à me consacrer à ces grands travaux qu'allait rendre nécessaires la liquidation de la guerre. C'était aller au-devant de mes sentiments et de mes résolutions. Si donc je me suis appliqué avec une opiniâtre persévérance, pendant plusieurs années, à la question si grave de la liquidation de l'Invasion dans les départements envahis, c'est que le département de l'Eure m'avait donné pour mission d'imiter et de remplacer ceux-là mêmes qui m'étaient chers et qui avaient passé leur vie dans les mêmes services et les mêmes travaux. Je trouvais aussi, dans cette tâche imposée par des souvenirs de famille, la consolation de venir au secours de mes compatriotes dont j'avais partagé les pertes et les souffrances et au secours des victimes innocentes de la guerre, de tous les cultivateurs de mon pays.