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SUR

M. DUGHARTRE

Nous avons perdu, le o novembre dernier, notre regretté confrère, notre ancien Président, M. Duchartre. Il n'a pas voulu que des discours d'adieux fussent prononcés sur sa tombe; il a préféré le silence du deuil à l'explosion des regrets. Nous nous sommes inclinés, mais il me sera bien permis de venir promptement rendre hommage à celui qui a passé trente-trois ans dans notre Compagnie, et qui a présidé nos séances pendant deux années avec autant de bonne grâce que d'autorité. Sa vie a été laborieuse et simple : elle reste un exemple. Son œuvre est saine et féconde : elle est un enseignement.

Duchartre (Pierre-Etienne-Simon) est né le 27 octobre 1811, à Portiragnes, petit village de l'arrondissement de Béziers, situé entre l'embouchure de l'Orb et celle de l'Hérault. Son père était avocat à Béziers, et sa mère, Marie-Marguerite Gay, était la fille de Louis Gay, homme de loi à Vias, gros bourg des environs d'Agde. Ses ascendants paternels et maternels étaient propriétaires ruraux. Il commença ses études à Béziers et les

(1) Membre titulaire le 16 janvier 1891 ; — décédé le <5 novembre 1894.

4o2 NOTICE SLR M. DUCHARTRE.

acheva à Toulouse, où son père s'était établi en 1823, pour tirer de sa carrière d'avocat un profit nécessaire. Toulouse était alors le plus grand centre d'affaires et d'instruction de tout le Midi.

Duchartre termina ses études classiques avant 16 ans, et, comme il ne pouvait passer qu'à cet âge les examens du baccalauréat es lettres, il suivit les cours de Picot de Lapeyrouse qui avait succédé à son père, le célèbre Lapeyrouse, comme professeur d'histoire naturelle à la Faculté des sciences et comme professeur de botanique au Jardin des Plantes.

Depuis le xvm" siècle, depuis la fondation de l'Académie des sciences en 1729, la botanique, àToulouse, avait été tenue dans le plus grand honneur. L'Académie s'étant établie dans l'hôtel de la Sénéchaussée, on créa, en 1746, un jardin où les plantes usuelles furent rangées d'après leurs vertus, puis, un autre jardin consacré à toutes les espèces, suivant le système que Tournefort, le premier herborisateur des Pyrénées, avait publié en 1694. Picot de Lapeyrouse, nommé professeur de botanique, réussit à transporter ce Jardin des Plantes dans l'immense enclos des Carmes déchaussés. Telle fut l'origine du jardin actuel, où Duchartre fit ses premières études. Chaque année, dans la salle des Illustres, au Capitole, l'Administration municipale décernait des prix aux élèves qui, en suivant les cours du Jardin des Plantes, s'étaient distingués par leur assiduité ou leur intelligence. Le spectacle de ces distributions solennelles enflamma l'imagination du jeune Duchartre. En 1828, il travailla si bien qu'il obtint le second prix, et les volumes qui lui furent donnés contenaient les œuvres de Picot de Lapeyrouse. En 1829, il reçut

le prix de la division supérieure avec cette mention : « Prix unique avec éloges, » c'est-à-dire une série de volumes qui furent, pendant quelques années, sa seule bibliothèque scientifique; dès lors, il ne songea plus qu'à herboriser dans les Pyrénées. Ces premières herborisations furent des parties de plaisir, sous la direction d'un professeur qui ne connaissait pas le nom des plantes. Duchartre ne tarda pas à se séparer de ses camarades et courut seul les champs et les montagnes.

La plupart de ceux qui avaient étudié la flore des Pyrénées au xvme siècle s'étaient bornés à visiter certaines localités. Ainsi, Pourret et Gouan avaient herborisé sur le Laurenty et dans les Pyrénées-Orientales. Ramond dans le centre de la chaîne, Bergeret dans les Basses- Pyrénées; Lapeyrouse, seul, avait promené partout sa persévérance.

•Duchartre connaissait à fond l'histoire de Lapeyrouse ; il admirait l'ardeur avec laquelle ce savant gentilhomme avait consacré toute sa vie à découvrir et à tenter de faire connaître la flore des Pyrénées. En 1794, ce dernier avait publié la première décade de sa flore, contenant des espèces inédites et un discours préliminaire très remarquable; malgré sa fortune, il ne put continuer un ouvrage aussi dispendieux et, sur les conseils de Yillars, l'auteur de la Flore du Danphiné, il se résigna, en 1818, à publier une flore de ses collections, une description abrégée des plantes des Pyrénées. Cette publication, bientôt suivie d'un Supplément, contenait des erreurs, des lacunes, des fautes de détermination. Comment en aurait-il été autrement? Tous les botanistes réformateurs de son temps : Haller en Suisse, Allioni en Piémont, Pourret à Narbonne, Yillars dans

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