‹ Mélanges sur l'administrationChapitre 83 sur 134 · XI. EXPOSÉ · texte numérisé non relu

XI. EXPOSÉ

son de quelques, caractères, commencent immédiatement à apprendre les livres classiques, puis passent aux livres canoniques. Or ces livres, étant d'un style relevé et traitant de théories spéculatives et abstraites, sont au-dessus de la portée des enfants. On leur en fait néanmoins apprendre par cœur le texte avec quelques parties choisies de commentaire, sans qu'ils y comprennent rien. C'est comme si des enfants européens, avant d'étudier la langue latine, apprenaient par cœur les écrits philosophiques de Cicéron ou de Sénèque. Quand ensuite leur intelligence s'est plus développée, ils entendent l'explication de ces livres et lisent le commentaire avec ses développements, uniquement en vue de la composition '^d'amplifications." Les textes auxquels sont joints des commentaires selon la doctrine de Tchou Hi :^ ^ et même les commentaires plus étendus tirés d'ouvrages spéciaux de disciples de ce maître, n'offrent que des théories vagues, ol9scures et sans lien, et par suite les lecteurs se contentent d'en obtenir une intelligence superficielle et de retenir quelques phrases qui puissent leur servir pour composer des "amplifications." Car la manière de faire des étudiants chinois est bien exprimée par le proverbe Hao-tou-c/iou pouk^eou-chen-kiai jl? H $ >F ^ îëf j$^ "celui qui étudie bien les livres ne les approfondit pas trop." De fait le commun des lettrés, particulièrement dans l'étude de la doctrine de Tchou Hi ;^ ^, ne ressemble nullement aux Sinologues, européens qui cherchent à éclaircir les points obscurs, à trouver un sens précis dans des expressions vagues et un lien entre des phrases sans connexion, et donnent un sens déterminé à des paroles ambiguës, supposant que les auteurs de telle doctrine auraient parlé ainsi s'ils avaient voulu écrire d'une manière vraiment philosophique. L'expérience prouve que si un lettré chinois, possédant une langue européenne, lit une bonne exposition de la doctrine de Tchou Hi :^^ dans cette langue, il la trouve exprimée beaucoup plus clairement que dans le texte original chinois et qu'il ne l'a jamais entendu expliquer par des lettrés, des licenciés et des docteurs de grande réputation, ni même par ceux qui ont fait une étude spéciale de cette matière [10].

[10] Parmi les ouvrages sur le Tchouhisme, ^^ Le philosophe Tchou Hi" (l mérite une mention spéciale. L'auteur, le B.P. Stanislas Le Gall S. J. a traité ce sujet savamment et d'une manière développée

(1) V. Variétés sinologiques N°. 6.

Page 1