‹ Mélanges sur l'art contemporainChapitre 13 sur 20 · LE TOMBEAU DE LAUCHEVÊQUE DE PAUIS A NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE LAUCHEVÊQUE DE PAUIS A NOTRE-DAME

Lorsque après les journées de juin 1848 l'assemblée nationale décrétait l'érection d'un monument à la mémoire du prélat qui venait de sceller de son sang la fin de l'horrible lutte, elle ne recommandait pas seulement aux respects de l'histoire le souvenir d'un acte héroïque : elle proposait à l'art une tâche digne de lui, sous le rapport pittoresque aussi bien qu'au point de vue moral. Représenter ce combattant sans autres armes que son dévouement et sa foi, ce soldat de la charité s'aventurant, le crucifix à la main, les paroles de l'Évangile sur les lèvres, là oii chaque bras ne savait que lancer la mort, et chaque bouche l'imprécation, — voilà certes de quoi émouvoir et tenter le talent d'un artiste; mais encore fallait-il que la réalité fournît des moyens d'expression conformes à la majesté du sujet. On sait par exemple l'importance du costume en pareil cas et quels obstacles souvent insurmontables l'exiguïté ou la coupe bizarre de nos vêtements peut opposer à l'interprétation épique d'un fait. Dans les œuvres de la sculpture surtout, c'est-à-dire dans des travaux où l'harmonie et la beauté résultent absolument de la cadence des lignes et de la structure même des objets, la

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vérité contemporaine ne saurait être indi duite. A défaut de la forme nue, qui demeui ment essentiel de la statuaire, mais qu'il es d'utiliser en dehors des sujets empruntés à l'histoire antique, l'ampleur et la souplesse viendront des conditions nécessaires : si née sans ces ressources d'exécution, le thème h fond de noblesse et de vie dramatique peut i une lettre morte.

Qu'on se figure de nos jours un autre Mi en habit de ville les fureurs de l'émeute, ou Paul laïque accomplissant sa charitable tâc étriqué d'un bourgeois du dix-neuvième siè sans doute rien qui diminue le mérite de l'a mette la beauté morale, rien que la plume l'éloquence d'un panégyriste ne puisse fait prit sans dommage pour la dignité du héros qui parle aux yeux s'accommodera malaisér rie extérieure : ou il lui faudra travestir le l'ennoblir, et renouveler à propos des bon quelque chose de V idéalisme fâcheux qui av de Ganova, ou bien, en acceptant docileme lui offre, il devra se taire et s'effacer dev; derne. Nous insistons sur les dangers d'ui entre ces conditions contraires, parce que, d environ, bien des erreurs ont été commises bien des tentatives se sont succédé, qui, ei

de M. Marochetti, — l'auteur de cette statue équestn

d'Orléans qu'on voyait autrefois dans la cour du Lou\

sont condamnes h reproduire, au lieu de l'ample phy

des choses, les détails qui en définissent seulement 1

rences secondaires, les caractères tout matériels; 1(

ont affublé du costume antique des gens dont la vie e

rendent gloire à la civilisation chrétienne. Il en ei

comme Simart dans ses bas-reliefs du tombeau de Nap

qui se sont si bien défiés des artifices du vôtement, c

procédé àur ce point par la négation absolue. De peur

cession à la mode ou de méprise pittoresque, ils ont l

ment mis en scène leurs modèles sans vêtements (

sorte. Bien plus : n'a-t-on pas vu des œuvres issues d'i

atelier donner alternativement raison aux différentes (

qui divisent l'école, et le même artiste attribuer aux

nages dont il avait à retracer l'image tantôt les appare

roïquement nues des dieux de l'Olympe, tantôt la ten

ralement prescrite par les règlements militaires, ou le

bourgeois que nous portons dans la rue ou dans le

Ainsi, après avoir représenté sur leurs tombeaux Bonc

le général Foy aussi dévêtus qu'hommes puissent l'êtr

d'Angers, ne se rétractant pas à demi, nous montre

couvert de pied en cap de son uniforme d'officier gène

jour David se sera contenté de jeter sur le corps nu d(

un lambeau de draperie en guise de pourpoint et de ]

chausses; quelques années plus tard, il copiera avec i

lité impitoyable l'habit d'Armand Carrel ou la redin

P.ncîmif nolnvîoTin

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sionomie, du costume? llien de plus difficile que la tjlche imposée aux sculpteurs en pareil cas. Quelques-uns d'entre eux ont su l'accomplir, sinon avec une habileté magistrale, au moins avec un louable sentiment des convenances ; on peut dire toutefois que le problème n'a pas été encore complètement résolu. 0 liant aux tentatives pour réformer de haute lutte la sculpture monumentale et y installer, à titre de principe esthétique, l'imitation sans réserve de la réalité, nous n'avons pas à en faire justice : il suffira d'en rappeler les résultats et de renvoyer ceux qu'une semblable théorie aurait pu séduire à certaines statues érigées sur les places de Nancy, du Havre et de quelques autres villes. En face de ces ouvrages au moins imprudents, ils comprendront que les brutalités du style n'en font pas la force, que la naïveté qui s'affiche devient une grimace ou un mensonge, et qu'en matière d'art la vérité elle-même cesse de paraître telle, lorsqu'elle n'est plus qu'une vérité d'exception et d'accident.

En modelant la statue de l'archevêque de Paris, M. Debay n'avait à craindre ni ces exagérations ni ces pauvretés pittoresques. Sans parler du goût personnel de l'artiste et des habitudes judicieuses qui caractérisent son talent, le programme qu'il s'agissait de remphr était assez fécond en soi, assez noble dans les termes, pour exclure tout recours aux vieilles conventions académiques aussi bien qu'aux exemples, plus naturalistes que de raison, donnés par quelque moderne Valentin de la statuaire. La taiUe régulièrement proportionnée du modèle, les traits de son visage, sans beauté proprement dite, mais non sans charme et sans grâce virile, la forme simple, les lignes aisément souples du costume, — tout, à ne considérer que les éléments extérieurs du travail, venait ici en aide au sculpteur, et ne pouvait manquer d'encourager sa main. Suit-il de là qu'un autre eût aussi sûrement que lui tiré parti de ces ressources? La besogne était-elle si facile qu'il suffît, pour rencon-

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trer l'expression juste, de la chercher dans l'assemblage fortuit de ces éléments une fois donnés? Rien ne serait moins exact qu'une pareille conclusion. La valeur particulière de l'œuvre de M. Debay est garantie par les circonstances mômes qui en ont précédé l'achèvement, puisque c'est à la suite d'un concours où figurait l'esquisse de cette œuvre que l'artiste a été choisi de préférence à ses rivaux. Et d'un autre côté, si l'exécution matérielle n'exigeait que peu d'efforts en raison des ressources offertes, d'oii vient qu'avant d'aborder le marbre, M. Debay ait consacré environ dix années à retoucher son modèle en terre, à le bouleverser plusieurs fois de fond en comble, à le recommencer sur place, dans cette humide chapelle oii il a, dit-on, laissé sa santé? Nous ne prétendons tirer ni de cette ténacité, ni de cette courageuse lenteur, un argument plus décisif qu'il ne convient : nous savons que, dans le domaine des arts comme dans celui des lettres, l'estime oii il faut tenir un ouvrage ne se mesure pas aux efforts de patience qu'il a pu coûter ; mais lorsqu'au mérite même du travail s'ajoutent des souvenirs honorables pour celui qui l'a mené à fin, lorsqu'un homme en quête du vrai et du beau sacrifie à cette recherche tout ce qu'il peut donner de ses facultés et de ses forces, il y a là pour les artistes une leçon, pour tout le monde un exemple de désintéressement et déloyauté qu'il n'est pas inutile de noter, au moins en passant.

La composition d'un monument à la mémoire de M^' Afi*re laissait le choix entre deux partis également autorisés par la religion et par l'art, également conformes au caractère et à l'esprit du sujet. Fallait-il faire de ce monument une sorte de châsse sous laquelle le corps du martyr, solennellement proposé à la vénération des fidèles, apparaîtrait dans la calme majesté de la mort, dans tout l'appareil de la dignité épiscopale? ou bien, au lieu de ce repos déjà conquis et de cette pompe du lendemain, devait-on figurer le moment de l'action et la lutte

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même, représenter Tapôtre avant sa canonisation, pour ainsi dire, et nous montrer les pavés de la barricade où il succombe de préférence à son lit de parade? Si la question eût été posée à Florence et au quinzième siècle, nul doute que les émules ou les disciples d'Antonio Rossellino, de Mino da Fiesole, et de tant d'autres maîtres curieux avant tout de l'élégance et de la sérénité linéaires, ne l'eussent résolue dans le premier sens. En France, avec les traditions et les instincts propres de tout temps à notre école, avec ce goût pour l'expression dramatique que le mouvement des idées actuelles a plutôt développé qu'amoindri, il était naturel que des deux données on n'hésitât guère à choisir la seconde. Nous nous rappelons toutefois, parmi les esquisses présentées au concours de 1848, celle qu'avait exposée M. Baltard, et dans laquelle, par une exception digne de remarque, l'artiste s'était franchement rallié à ces principes italiens que nous indiquions tout à l'heure. A ne considérer que les convenances architectoniques, l'harmonie de l'ensemble et l'accord qu'il importait d'établir entre les lignes du monument et celles de l'édifice où il devait être placé, peutêtre ce projet, récompensé d'ailleurs d'un second prix, offraitil quelque chose de moins prévu dans la forme, de moins épisodique dans les intentions qu'aucun autre. Le projet de M. Debay n'accusait pas des qualités du même ordre, il laissait quelque peu à désirer dans l'agencement des parties d'ornement et au point de vue de l'invention pure ; en revanche, il avait cet avantage de traduire clairement le fait, d'en définir la signification particulière par l'attitude, le geste, la vraisemblance historique du personnage représenté. A ce titre, il répondait mieux aux exigences de notre goût et aux sentiments qui avaient dicté la décision de l'assemblée nationale en 1848 : il méritait donc d'être préféré. Reste à savoir si l'exécution de l'œuvre a donné tout à fait raison aux suffrages des premiers juges, et si, en complétant l'expression de sa pensée, le sculp-

teiir a réussi à conquérir un nouveau et plus vaste succès.

Nous avons dit que dans le tombeau de l'archevêque de Paris, tel que l'avait conçu d'abord M. Debay et tel qu'on le voit aujourd'hui à Notre-Dame, la part faite à l'architecture était bien restreinte, sinon presque nulle. Un sarcophage en marbre décoré, pour tout ornement, d'un bas-relief et supportant la statue, une stèle s'élevant derrière celle-ci et le long de la muraille oii elle s'appuie, — voilà en effet à quoi se réduisent les éléments de la composition monumentale. Ni richesse, ni élégance, ni nouveauté dans les profils ; peu ou point de diversité dans la couleur des matériaux employés. Je sais que, pour animer l'aspect de l'ensemble et pour en corriger l'aridité ou la lourdeur, M. Debay s'est proposé, dès l'origine, de couvrir de peintures les murs qui avoisinent l'œuvre de son ciseau. Sous le rapport de l'impression morale comme pour la satisfaction des yeux, il y aurait tout avantage à compléter ainsi l'effet du monument, et l'on doit désirer que les intentions de l'artiste sur ce point puissent bientôt se réaliser. En attendant, c'est à un morceau de sculpture, et de sculpture dans la plus stricte acception du mot, que nous avons affaire : car on dirait que M. Debay, qui était peintre avant de devenir sculpteur, a pris à tâche ici de ne rien laisser survivre de ses habitudes passées, et que sa main, accoutumée au luxe et au mouvement pittoresques, a craint, en taillant le marbre, de paraître prodigue ou trop agile. De là cette sobriété excessive dans l'ordonnance des détails décoratifs, cette application systématique à concentrer tout l'intérêt sur la statue ; mais de là aussi, dans ce morceau principal, la fermeté du style et l'exacte appropriation des moyens à l'effet qu'il s'agissait de produire.

La statue sculptée par M. Debay permet au regard d'en embrasser les contours sans hésitation ni temps d'arrêt. Pour nous servir d'un terme du métier, les diverses parties qui la composent « font bloc entre elles ; » cela veut dire qu'elles se

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relient de manière à ne morceler ni le modelé intérieur, ni la silhouette, par des saillies ou par des vides trop multipliés : mérite indispensable, mais assez rare aujourd'hui, même dans les travaux de sculpture monumentale, et que, — sans parler des statues dont on a peuplé le Louvre de Pierre Lescot et de Jean Goujon, — on ne rencontrerait pas toujours dans les groupes qui ornent les pavillons du nouveau Louvre. A cette plénitude résultant du jet et de la construction môme de la' figure s'ajoute, comme élément pathétique, la justesse de l'expression et du geste. Renversé sur les pavés oii il était venu conjurer une guerre fratricide, frappé d'un coup qu'il sait mortel, l'archevêque semble disputer aux convulsions de la souffrance les restes de cette vie qui peut empêcher d'autres crimes et désarmer encore les meurtriers. Son bras droit se roidit dans un effort suprême pour élever, pour arborer, en face des fusils qu'on recharge, le rameau d'olivier, tandis que son bras gauche, fléchissant sous le poids du corps, maintient le crucifix en contact avec ce corps qui succombe, avec ce cœur qui va cesser de battre. Les jambes, que la mort envahit déjà, ont glissé Tune sur l'autre et s'allongent sous les plis de la soutane, dont l'effet pittoresque est rehaussé par l'extrémité flottante du manteau que soulève le bras droit. Quant aux traits du visage, ils résument et précisent avec une remarquable énergie ce combat entre la douleur physique et la volonté, ce double cri de l'âme et de la chair qu'ont fait pressentir l'attitude et les intentions générales. Les lèvres entr'ou vertes d'où s'échappe, en même temps que le dernier soupir, une supplication dernière, les muscles contractés du front et de la face, le regard tourné vers le ciel comme pour en appeler à Dieu des fureurs humaines et lui offrir avec le sang de la victime une prière pour les bourreaux, — tout exprime les angoisses de l'agonie aussi bien que l'ardente piété du mourant. Tout atteste ainsi l'émotion qu'a éprouvée l'artiste et la foi que lui a inspirée son sujet ; mais,

dans cette partie du travail comme dans le reste, nul excès de zèle ne vient compromettre les droits du goût et agiter outre mesure ou surcharger ce qu'il n'importait pas moins de traduire avec le respect du beau qu'avec le sentiment du dramatique.

Nous le répétons, malgré la vie secrète et la passion qui l'animent, la statue modelée par M. Debay a des dehors rigoureusement conformes aux lois sévères de la sculpture. Rien n'y est donné au hasard de l'inspiration ou à la bonne fortune de la pratique ; partout l'art est présent, et un art qui raisonne et qui calcule. Peut-être même ces calculs, ces procédés presque scientifiques ne laissent-ils pas çà et là de s'accuser un peu trop. 11 n'est pas difficile de s'apercevoir, par exemple, que les lignes de la figure ont été combinées en vue principalement du demi-raccourci qu'elles devaient présenter au spectateur placé en dehors de la chapelle. Rien de mieux, puisque, de ce côté, un heureux résultat a été obtenu, et que d'ailleurs la disposition des lieux et de la lumière autorisait les préférences du sculpteur pour ce point de vue un peu oblique. Fallait-il toutefois y subordonner si bien les autres aspects, que certains détails perdissent leur finesse, leur opportunité même, là oii ils se modèleraient dans un sens moins explicitement recommandé au regard? Certains partis pris devaient-ils servir à résoudre la première moitié du problème, au risque de laisser la seconde douteuse ou inutilement compliquée? Ainsi le grand pli transversal de la soutane qui va de la hanche droite au genou gauche pouvait avoir cet avantage d'aider au raccourci des formes et de définir le mouvenient. Vu delà place oii nous supposons que M. Debay voudrait surtout qu'on s'arrêtât, c'est-à-dire du bas côté de l'église, il est en parfaite harmonie avec les lignes avoisinantes, parce que celles-ci, en s'enroulailt les unes dans les autres, semblent continuer l'intention qu'il exprime et se mouvoir dans une direction analogue; mais, lorsqu'on examine la statue en face, l'unité de l'aspect n'existe plus, et l'œil

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s'étonne do cette lii^ne violente qui s'interpose lirnsquenient entre le haut et le bas du corps. Ailleurs au contraire, — et ce défaut est surtout sensible dans le bras qui agite la branche d'olivier, — le modelé, à force de prétendre h la largeur, s'arrondit jusqu'à la mollesse, ou se simplifie jusqu'au vide. Enfin le bas-relief sculpté sur le devant du sarcophage et représentant le commencement de la scène dont on lit plus haut le dénoûment, ce bas-relief est traité avec une négligence évidemment calculée, mais que n'autorisaient suffisamment, à, notre avis, ni plusieurs exemples anciens, invoqués peut-être parle sculpteur, ni certains sacrifices nécessaires pour assurer à la statue une importance principale.

A quoi bon insister au surplus sur ces imperfections de détail? Après les avoir analysées une à une, il faudrait, pour être juste, relever aussi chaque mérite partiel, chacune des qualités qui recommandent tel ou tel fragment du travail ; il faudrait, entre autres morceaux bien traités, signaler k draperie à côté des pieds, le bras reployé qui soutient le corps sans abandonner le crucifix, et surtout les mains, où le sentiment est aussi expressif que l'exécution matérielle est délicate. Un semblable examen toutefois mènerait loin le lecteur et la critique. De peur de n'aboutir qu'à la fatigue ou de s'attarder en chemin, le mieux sera de s'en tenir aux appréciations générales.

Le monument dédié à la mémoire de l'archevêque de Paris, ou plutôt la statue à laquelle ce monument un peu trop simple ne sert guère que de piédestal, est un bon spécimen de ce que la sculpture nous doit et se doit à elle-même dans la représentation des sujets contemporains. Exempt d'ostentation archaïque comme d'affectation à reproduire les vérités vulgaires, le ciseau de M. Debay ne parodie pas plus les formules grecques ou romaines qu'il n'entre en complicité avec les jactances du naturalisme moderne. Sans doute il sait se souvenir des grands exemples, sans doute il sait aussi le respect dû aux enseigne-

mcnts de la réalité ; mais il n'exagère, fort heureusement pour nous, ni cette mémoire du passé jusqu'à la manie des citations pédantesques, ni ce culte du présent jusqu'au fétichisme. Objectera-t-on contre le mérite de l'œuvre les éléments exceptionnellement favorables qu'elle comportait et ce que nous avons dit nous-meme des ressources fournies ici par le sujet, par le costume? Nous reconnaissons de nouveau et nous estimons à son prix l'utilité de pareils secours. Certes il était moins malaisé d'ajuster à souhait les plis d'une robe et d'un manteau que les maigres plis d'un pantalon et d'un habit. Il eût été autrement méritoire, j'en conviens, de trouver les secrets du beau dans les arides contours d'un uniforme ou de nous émouvoir en traitant un sujet moins bien pourvu que celui-ci de signification pathétique. C'est quelque chose pourtant, c'est beaucoup que d'avoir réussi à nous rendre fidèlement cette noble scène, et, traduction pour traduction, mieux vaut après tout l'art, relativement peu coûteux, de conserver à un texte sa richesse propre et son éloquence naturelle que l'effort, même habile, pour en déguiser l'indigence sous les périphrases ou sous les ornements d'emprunt.

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