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Le projet de loi avait été déposé par MM. Georges

LE DROIT D'ENTRÉE DANS LES MUSÉES

des musées, et enfin le produit de la chalcographie du musée du Louvre et de l'atelier des moulages. C'est, au total, en y comprenant la subvention désignée au chapitre 34, une somme de 400 000 francs environ 1 dont disposent le comité Consultatif et le Conseil des musées nationaux. Il faut le dire, jamais revenus ne furent mieux utilisés, et vraiment c'est miracle qu'un budget aussi réduit permette des acquisitions aussi importantes que celles de ces dernières années. Quels résultats n'atteindrait-on pas le jour où la Caisse des musées serait enfin dotée comme il conviendrait qu'elle le fût ?

Nous n'avons pas à rééditer ici les doléances de tous les amis des musées nationaux français. Que l'installation de nos galeries soit trop souvent défectueuse, que les œuvres d'art n'y soient pas exposées dans les conditions de sécurité, de confort et de mise en valeur qu'on pourrait désirer; que nos collections ne s'enrichissent pas avec le même bonheur, ni dans la même fièvre, que les musées d'Allemagne et d'Angleterre; enfin que le personnel de nos musées, directeurs, conservateurs, attachés et gardiens, soit ridiculement rétribué : cela hélas ! apparaît manifeste et depuis trop longtemps déjà. Insister sur les conditions pénibles où l'administration des Musées est placée vis-à-vis de ses concurrents dans les grandes ventes publiques, souligner encore l'infériorité évidente du département de la peinture au musée du Louvre par rapport aux primitifs français,

Leygues, Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, et Raymond Poincaré, Ministre des Finances.

1. Rapport du budget de l'exercice 1901 {Service des beauxarts), par M. Georges Berger, rapporteur, p. 126.

MÉLANGÉS SUR l'aut FRANÇAIS

allemands et flamands, à l'école espagnole ou à l'école anglaise, est-ce bien utile, et qui en ignore après les vives discussions de ces dernières années et les rapports annuels présentés au Parlement sur une situation aussi réellement lamentable que cellelà ? Nous pourrions rappeler que, dans le passé, les musées nationaux français n'eurent même pas de représentant aux ventes de la galerie San Donato, de la galerie Strozzi, à Florence, de la collection Gastellani, à Rome l. Et Dieu sait si, en ces temps-là, on eût pu, grâce à quelques crédits bien employés rapporter une ample et noble moisson de chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne ! Aujourd'hui, si nos musées nationaux s'enrichissent clans une mesure modeste, mais à peu près honorable, on ne le doit

i. On connaît aussi les exemples cités par M. E. Richtenberger. Rappelons-les pour ceux qui les auraient oubliés.

En 1874, le musée de Berlin a acheté 1 250 000 francs une partie de la collection Suermondt, entre autres le fameux Homme à V œillet, de Van Eyck; en 1890, le portrait d'Holtzehuher, par Durer, payé 450 000 francs; en 1892, à la vente Dudley, la Vierge, de Crivelli, au prix: de 186 000 francs ; une simple esquisse de Rembrandt pour la modeste somme de 06 000 francs et enfin, pour le Cabinet des estampes, la bibliothèque Hamilton, qui renfermait les célèbres dessins de Botticelli pour la Divine Comédie, adjugée plus de 1 500 000 francs.

La National Gallery, à la vente Hamilton, en 1883, a payé 120 000 francs le Paradis de Botticelli; à la vente du duc de Malborough, 1 750 000 francs, la Vierge des Ansidei ; à la vente du duc de Landsdown un portrait d'amiral par Vôlasquez, un portrait d'homme parMorone, les Deux Ambassadeurs, par Holbein, formant un total de 1 500 000 francs.

A la vente Van Praët, le musée d'Anvers a acquis, pour 205 000 francs, un Rembrandt et un Franz Halz.

Que faisait la France dans ces grands tournois ? Elle les regardait de loin, n'ayant jamais le moyen d'y prendre part. — La Caisse des Musées (1894), pp. 29-30.

LU DROIT DENÏRÉE DANS LES MUSÉES

qu à la prévoyante sagesse de ceux qui les administrent, des comités qui fonctionnent bénévolement et avec un dévouement si louable, et enfin aux amis qui se sont ligués autour de nos grands établissements d'art.

Quoi qu'il en soit, tout le monde est d'accord sur ce point que la dotation annuelle des musées nationaux français est absolument insuffisante. Comment y remédier ? C'est tout le problème. Il est trop ancien pour que nous n'ayons aucune peine à convenir que la solution n'est pas très aisée, si chacun n'y met du sien.

Le Parlement a fait son devoir quand il a voté la subvention annuelle de 160 000 francs. Peut-être ne lui serait-il pas impossible de porter à 200 000 francs ce chapitre 34 du budget de la direction des beauxarts ; mais les besoins d'une administration qui a consenti tous les sacrifices dans l'intérêt général ne permettent guère de réductions par ailleurs. Il importe donc de ne pas réclamer davantage de l'initiative parlementaire.

Les particuliers, d'autre part, ne connaissent pas suffisamment l'existence de la Caisse des musées ? Il est trop certain, en tout cas, que les legs en espèces sont rares, et cependant les musées nationaux jouissent des bénéfices de la personnalité civile depuis 1895 i. De ce côté, il est permis d'espérer :

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