‹ Mélanges sur l'art françaisChapitre 5 sur 31 · Arch. nat., F · texte numérisé non relu

Arch. nat., F

on ne savait que peu de chose de cette société révolutionnaire, dont l'importance, on ne le voit que trop, fut très réelle dès 1790. Restout et David, et Quatremère avec eux, n'auraient pas eu grande puissance s'ils étaient demeurés sans partisans dans les milieux artistiques. Leur force fut dans la création delà Commune des Arts, où ils groupèrent toutes les ambitions, et dont ils se servirent avec beaucoup d'intelligence, d'activité et d'à-propos.

L'Académie de Peinture ne cessa pas un instant de se défendre ou de se faire défendre contre la Commune des Arts en général, et, plus particulièrement, contre les sourdes attaques des meneurs : Restout et David, et aussi Quatremère. Voici, à ce sujet, une lettre très suggestive de Renou, secrétaire de l'Académie de Peinture :

Monsieur le Président,

Vous verrez par les détails de ma lettre que j'écris moins à M. le Président qu'à M. Verniaux. J'ai l'honneur de vous envoyer tout ce que nous avons fait pour éclairer l'Assemblée Constituante. Je vousjprie de lire surtout notre nouveau plan de statuts, et Y esprit des statuts, où j'ai déduit clairement les raisons de notre régime, qui n'a pour bases que l'ordre et l'émulation. Mais dans un temps d'anarchie, intermédiaire peut-être inévitable, avant d'arriver à une liberté bien ordonnée et soutenue par des lois fermes, parce que dans l'anarchie, dis-je, la moindre règle paroit un attentat à la liberté.

Il y a chez nous deux partis, celui des officiers auxquels se sont joints plusieurs académiciens, et celui des académiciens qui, se trouvant en trop petit nombre, ont appelé les agréés* Il faut vous apprendre que les

agréés sont "ceux qui ontaporté des ouvrages à l'Académie, et a qui l'on a ordonné un morceau de réception. Pour les presser de payer cette dette honorable pour eux, puisque c'est les inviter a déposer dans nos salles un témoin de leur talens, ils n'ont droit de séance, qu'après avoir donné leurs morceaux de réception; voilà ce qu'on appelle de la tyrannie. Mais ces artistes, quand le Sallon n'était pas ouvert à tous les barbouilleurs, y exposaient avec nous pêle-mêle, parce que nous sommes et avons toujours été empressés de faire connoître les jeunes talens; et cependant on nous traite de despotes.

J'oubliois de vous dire qu'il est un troisième parti, celui de M. David, qui, voulant régner seul, affecte une démocratie outrée pour mettre la multitude de son côté, or la multitude des mauvais artistes est grande. Hormis son talent, M. David est un homme nul; du reste, il est plein d'orgueil et de mépris pour ses confrères; il veut détruire l'Académie a force de calomnies, parce que le Roi ne l'a pas nommé Directeur de l'Académie de France à Rome, place qu'il est incapable de remplir, car cette place est presque diplomatique, puisqu'il suplée l'ambassadeur au besoin. Ce. poste ne peut donc convenir à un homme qui, passé son talent, ne sait ni se présenter ni parler comme il convient. M. Quatremer, qui le connoit, et qui est plus fier que lui, a flaté son ambition pour étayer la sienne, Ce M. Quatremer aspire a être a la tête des arts en France, ce qui seroit le plus grand malheur qui put leur arriver. Pour parvenir à ses fins, il a intrigué pour se faire nommer député ; il a fait un plan, qui, si on l'adoptoit, feroit fuir les plus grands artistes, parce qu'il les transforme en maîtres en gages.

Le Sailon tel qu'il est, ou l'on admettoutes les drogues de l'art, est un projet souflé par MM. Quatremer et David. Dans ce moment cy : les officiers et académiciens se sont réunk pour faire notre pétition. Elle a été adoptée à l'unanimité, M. David excepté. 11 etoit venu à notre assemblée pour nous troubler ou nous insulter. Quand il a vu son projet échoué, il s'est mis avec

M. Restout. notre transfuge, a la tête de la Commune des Arts. Pour barrer notre pétition, M. David s'est rendu vendredy dernier, comme chef d'une deputation, au Club des Jacobins. Là on a délibéré. Sans doute que M. Restout, plaideur de son naturel, vous adresseroit la lettre que l'assemblée nationale n'a pas voulu entendre.

Il est a craindre que l'Assemblée, qui veut le bien, ne soit abusée par les intrigues. Vous n'avez dans l'Assemblée nul artiste pour vous éclairer, car vous desirez l'être. Je pense donc que si on veut opérer le bien des arts, il faudroit nous communiquer, je ne sais de quelle manière, les plans de M. Quatremer, pour en démontrer les vices, avant de prononcer. Si l'assemblée Nationale regarde notre académie comme une Compagnie qu'il faut détruire nous nous séparerons, mais le lendemain, au nom de la liberté acordée à la pensée et par conséquent au génie, nous nous reunirons pour exercer notre art, l'enseigner, et nous en entretenir à notre gré : et dans ce faisceau d'artistes renaîtra l'Académie. L'assemblée ne prétend pas sans doute nous enseigner les moyens de bien Peindre et de Sculpter. Tout ce qu'elle feroit à cet égard seroit une violation de la liberté; et cette marche conduiroit à la ruine des arts. Il seroit bien singulier que nous, qui avons été les seuls libres sous le pouvoir arbitraire, nous devinssions esclaves sous la liberté; c'est pourtant ce qui arrivera.

L'assemblée Constituante trompée par MM. Quatremer et David, qui intriguoient dans les Comités, a rendu un décret [une tache, illisible] les Gens de Goût pour une exposition Générale, qui conduit par suite tous les habiles génies à rester chez eux et a y montrer leurs ouvrages séparément et par conséquent à oter a l'école f rançoise tout son éclat. Si l'assemblée séduite encore par eux, nous divise; les tisons une fois séparés, le foyer s'éteindra. Supprimer l'Académie ou Société des arts, comme on voudra l'apeller, le nom n'y fait rien ; c'est avoir le projet pour exciter une belle jeunesse a bien tirer de Parc, oVoter le but et retrancher le prix.

Pardonnez moi, Monsieur, le Président, toutes mes reflexions Je ne eroyois en commençant ma lettre ne vous écrire qu'un mot mais toutes mes idées ont malgré moi découlé de ma plume, mais ce dont vous devez être assuré, c'est que je n'ai rien exagéré. Je crains la chute des arts, par amour pour les arts même et non par aucun intérêt particulier.

Je suis avec respect, Monsieur le Président, Votre très humble et très obéissant serviteur.

Renou,

Secret, de I'Acad. de Peinture.

P. S. D'après les reflexions du journal de Paris, où M. de Condorcet dit que nous avons emprunté la peinture de Venus pour séduire Jupiter, m'ais qu'il nous repondra tel est l'arrêt des destinées; le député préjuge un décret de destruction. Est-ce bien de le dite avant le Sénat de la France ! Sera-ce un bien de nous détruire! Sur cela je me tais i.

Cependant, l'Académie survivait aux coups de ses adversaires, mais les trois cents artistes de la Commune des Arts avaient obtenu gain de cause pour le Salon. Cette fois il s'agissait d'obtenir que les travaux donnés par la Nation, dans toute l'étendue du royaume, le fussent non plus aux privilégiés de l'Académie, mais aux artistes qui auraient fait leurs preuves dans un concours public. Une première pétition, puis une seconde firent connaître à l'Assemblée nationale les desiderata des intéressés. Les artistes se plaignaient vivement que les anciens abus ne fussent point détruits, et que l'on eût confié des travaux en dehors de tout principe d'égalité : la décoration du Panthéon, par exemple, l'église du

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