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dénonciations personnelles commençait. On ne s'en prenait pas exclusivement aux institutions anciennes mais aux individus, et les ministres étaient tenus d'entendre les délégués de la Commune des Arts, comme ceux d'une association puissante. Nous savons, en outre, par une lettre du sieur Lucotte luimême, que l'union la plus intime ne régna pas toujours dans la Commune des Arts. Cette lettre est récemment entrée par hasard aux Archives Départementales de la Seine. Datée du 11 janvier 1792, elle est évidemment adressée à un collaborateur du Ministre de l'intérieur, qui avait nommé M. Lucotte commissaire du bureau de Consultations. Cette lettre montre enfin que la Commune des Arts n'avait pas le privilège exclusif des dénonciations. Elle le partageait tout au moins avec la société du Point Central.
Monsieur,
Le Ministre de l'intérieur m'a nommé commissaire du Bureau de consultation. En cela il a fait usage du droit que l'Assemblée nationale constituante lui a donné par son décret. Lorsqu'il m'a nommé comme membre de la Commune des Arts, je l'étois alors et je le suis encore. Depuis cette nomination, cette Société s'est désunie. Il me semble qu'ayant été reçu par les deux divisions, et devant tenir également à l'une et à l'autre, il étoit de mon devoir de n'adopter aucune d'elles particulièrement, mais de rester uni à l'une et à l'autre.
On me mande, Monsieur, parce que je suis resté inviolablement attaché à ces principes qui me paroissent de toute justice, vous devés me demander ma démission. J'ay l'honneur de vous observer qu'ayant été nommé par votre prédécesseur pour occuper une fonction publique entièrement désintéressée, vous ne
MÉLANGES SUR i/ART FRANÇAIS
pouvez me destituer sans me faire perdre la réputation que mes travaux m'ont acquis dans les arts et conséquemment la fortune que j'ay droit d'en espérer ; sans me faire faire mon procès pour cause de malversation ou d'incapacité. J'attendray donc que les tribunaux prononcent : car je ne pense pas que l'on doive jouer d'une manière légère avec la réputation et la fortune des citoyens.
J'auray l'honneur de vos observer encore, Monsieur, que les sollicitations que quelqu'intrigans font faire près de vous par plusieurs membres de la Commune des Arts n'ont été déterminé que par le succès qu'a déjà obtenu, par de semblables moyens, la Société du point central et que sa démarche a privé le bureau de consultation des lumières de M. Derotz, artiste extrêmement distingué, que le bureau n'a certainement point remplacé par les nouveaux que la Société lui a nommé et que le bureau remplacera difficilement.
Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Lucotte,
Archilecle-mécanicieii rue Royale, place de Louis Quinze.
11 janvier 1792.
Il faut le dire à son honneur, le Ministre de l'intérieur ne parut pas s'émouvoir outre mesure des réclamations de la Commune des Arts sur l'incident Lucotte. Ce dernier ne se borna pas à écrire. Il agit directement, et si le Ministre ne le reçut pas, il s'en excusa dans l'incertitude du jour où il pourrait trouver un moment favorable, ajoutant qu'un de ses collaborateurs se tenait à sa disposition. Quelques jours plus tard, le Ministre écrivait à la Commune des Arts que M. Lucotte lui avait remis copie d'une pièce qui prouvait sa qualité de membre de ladite société. « Ce certificat, disait-il, a été col-
lationné dans mes bureaux sur l'original qu'il a rapporté, ainsi cette copie est parfaitement exacte, et on devra la regarder comme telle. »
Enfin, pour ce qui était du local réclamé, le Ministre de l'intérieur faisait savoir à M. Restout, « Président de la Commune des Arts au Louvre », que l'autorisation qu'il donnait avait un caractère essentiellement provisoire. La Société du Point Central n'avait pas obtenu cette faveur. Le Ministre ajoutait en tout cas que « les sociétés particulières admises à s'assembler dans le Louvre ne peuvent se faire un titre de cette grâce momentanée ». Cette réserve acquise, le Ministre ne voyait pas d'inconvénient (( à ce que la Société de la Commune des Arts profite de la faveur accordée à d'autres sociétés semblables de se réunir dans la salle des Pairs1 ».
La Commune des Arts, on le voit par cette lettre, n'avait pas réussi à en imposer absolument aux pouvoirs publics, et on savait encore répondre avec quelque dignité à ses injonctions parfois un peu trop hautaines,
Le 17 octobre 1792, David avait été élu député à la Convention par l'assemblée électorale de Paris. L'Académie de Peinture ne devait pas tarder à s'apercevoir que l'ennemi était à ses portes. David à la Convention, cela signifiait que les artistes entendraient parler de lui s'ils tentaient de se soustraire à sa dictature prochaine. Un jour, ses collè-