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ET DE L’UTILITÉ DE LA RÉUNION DE CEUX QUI LES CULTIVENT

1 l existe un rapport si intime entre les sciences, les lettres et les arts libéraux, que leur langue et la plupart de leurs mots techniques ont une parfaite analogie. Malgré cette conformité , on ne peut se dissimuler cependant, que les connaissances relatives aux beaux-arts ne soient pas aussi universellement répandues que celles qui tiennent aux belles-lettres. Avant d’entrer en matière, il me paraît utile de chercher à déterminer les causes de cette différence.

Tandis qu’une multitude de personnes étrangères aux lettres, et les artistes eux-mêmes,

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peuvent porter un jugement sain sur les productions littéraires , pourquoi donc si peu sont-elles en état d’apprécier les productions des arts? Cette question me semble facile à résoudre. Examinons d’abord la marche de notre éducation. Nous commençons tous, ceux même qui n’ont fait qu’effleurer leurs études , par acquérir quelques notions de grammaire, de rhétorique et de littérature. Ceux qui ont poussé plus loin leurs études, ont pu former leur goût, dès leur enfance, parles vers d’Homère , d’Horace , de Virgile , et par l’éloquente prose de Cicéron. Des professeurs habiles leur ont appris, dans les classes, à distinguer les différens genres de beautés qui caractérisent les productions de ces auteurs célèbres. Tous les jours , les hommes qui n’ont reçu que leducation la plus ordinaire, sont à portée, soit au spectacle , soit dans les sociétés particulières , de discuter différentes questions sur la littérature; il est du bon ton même, de s’occuper de cette matière dans tous les cercles , de juger, d’analyser les ouvrages nouveaux, les pièces de théâtre ; l’homme le plus isolé , celui qui ne sort jamais de son cabinet , est encore stimulé, par la lecture des journaux, sur tous les objets qui intéressent la république

des lettres. En est-il ainsi de ce qui concerne les beaux-arts ? Non , sans doute.

Quelle ressource l’homme ordinaire et l’homme de lettres lui -même, nés avec le plus de goût pour les arts, ont-ils eu dans leur jeunesse , pour obtenir quelques notions dans cette partie? Aucunes. Quelques bonnes études qu’ils aient faites , ils ont acquis , peut-être , des élémens de physique et de mathématiques; mais jamais il n’ont entendu parler, dans leurs classes , des arts libéraux. Si quelques personnes ont étudié les principes du dessin par le moyen de maîtres particuliers, en général elles les ont étudiés fort mal , comme on les étudie dans les pensions. Deux causes principales y contribuent. La première , le peu de temps qu’on y emploie; la seconde, le peu d’importance qu’on y attache , ainsi que l’habitude de classer cette science dans le nombre de celles de pur agrément. Alors ce que l’on en apprend est insuffisant pour en donner une idée exacte, ou est bientôt oublié, faute de trouver fréquemment l’occasion de s’en entretenir. Pourquoi les Grecs en général, et surtout les philosophes de cette contrée , avaient- ils des connaissances aussi étendues sur les beaux-arts? C’est que chez eux, comme

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Uous l’avons déjà dit , l’étude de la diagraphie* faisait une partie essentielle de l’éducation.

Il n’en est pas ainsi des études relatives à la littérature. Celui qui se destine à la médecine , à l’art militaire , à la législation , au commerce ou aux beaux-arts, fait ordinairement les mêmes études que celui qui se voue spécialement aux belles-lettres ; il ne diffère de ce dernier que par la pratique: leur théorie est absolument la même. Ajoutez encore que les artistes, obligés par état, d’échauffer perpétuellement leur imagination par la lecture des chefs-d’œuvre de la littérature, acquièrent ainsi des notions particulières sur cette matière , tandis que l’homme de lettres croit pouvoir se passer des images sublimes que lui offrent Raphaël , Rubens et le Poussin.

Nous avons la preuve de ce que j’avance ici, dans nombre d’ouvrages de mérite , sur toutes sortes de matières , sortis de la plume des ar^ tistes ; tandis qu’il existe très -peu de bons ouvrages sur les arts enfantés par un littérateur. Si l’on n’admettait pas les raisons que je viens de présenter de cette différence, il faudrait donc en conclure qu’il est plus difficile de faire un monument , un tableau , une statue , une estampe, qu’un poëme, qu’un ouvrage drama-

LUS LETfftES ÈT LES ARTS. 9A J

tique ou historique, ce que je ne prétends pas dire. Je prétends conclure seulement de cette assertion , que l’éducation seule établit cette différence, et que, par-conséquent, la réunion des hommes qui cultivent les sciences , les lettres et les arts , est avantageuse pour le progrès des uns et des autres, et peut réparer, en quelque sorte, le vice de l’àncienne éducation, que la nouvelle organisation des écoles centrales tend à améliorer aujourd’hui.

Il ne nous suffit pas d’indiquer les rapports généraux existans entre les sciences, les lettres, les arts et ceux qui les cultivent; il faut encore analyser les causes de ces rapports. Les arts tiennent aux lettres , et principalement à la poésie et à l’histoire , par sentiment et par besoin : par sentiment, à cause de l’analogie qui existe entre tous les ouvrages de génie , où la nature et les grâces président; ils y tiennent par besoin , relativement à la nécessité dans laquelle se trouve l’artiste d’enrichir sa mémoire , par l’étude des chefs-d’œuvre de la littérature, où, semblable à l’abeille, il va puiser sans cesse le suc de toutes les fleurs > tandis que le littérateur ne tient aux arts que par sentiment , ce qui ne suffit pas toujours. Si les arts différens ont entr’eux des rapports directs.

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ils en ont aussi de plus ou moins intimes avec les sciences.

L’architecte conçoit les grandes analogies des arts entr’eux; c’est lui qui assigne au peintre et au statuaire la place que leurs ouvrages doivent occuper dans un monument, la proportion des tableaux et des statues ; quelquefois même il peut se permettre d’indiquer la nature du sujet à traiter, relativement à la destination et à l’ensemble de son édifice. Mais que l’architecte sache s’arrêter à-propos , son empire est assez beau ; qu’il ne passe pas les bornes assignées à son art, relativement aux autres , et qu’il n’oublie pas que , pour l’observer dans toute sa latitude, il faut qu’il ait acquis des notions étendues sur la peinture et la sculpture ; qu’il ne perde pas de vue que souvent il a besoin lui-même de l’avis des peintres pour les grands effets pittoresques, et surtout pour la manière d’éclairer ses monumens. L’architecte a aussi des rapports trèsintimes avec les sciences mathématiques et physiques ; les premières , il doit les posséder en entier , et avoir des connaissances assez étendues dans les autres , pour analyser la nature des matériaux qu’il emploie, leur durée, relativement aux effets des élémens , à la place

qu'ils occupent dans un édifice , et à lobjet auquel on les destine.

Pour le peintre , le sculpteur et le graveur , comme l’imitation de la nature ( quoique chacun par des moyens différens) est le but qu’ils se proposent , il existe une grande analogie entre eux. Tous trois occupés, dès leur enfance, à étudier ensemble la nature dans les écoles publiques , à dessiner d’après les antiques , ils doivent donc avoir l’œil également exercé sur cette partie des arts. Le graveur, passant sa vie à traduire les productions du pinceau , doit être habitué à les analyser. Les parties de la gravure qui ont rapport au trait et à l’effet , doivent être appréciées par le peintre , qui lui-même, par un procédé tenant tout au sentiment et au dessin , transmet ses pensées sur le cuivre. Si, au premier coup-d’œil , le sculpteur paraît un peu moins familier avec ces deux arts, cependant, comme le dessin est la base de tous, il doit exister entre eux et lai une parfaite analogie. Quoique le peintre doive avoir des notions très-étendues sur l’architecture , qui forme le premier accessoire de ses tableaux, néanmoins il existe un rapport peutêtre plus sensible entre l’architecte et le sculpteur; cela est si vrai . qu’un grand nombre

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