‹ Mélanges sur les beaux-artsChapitre 30 sur 46 · M. MONDOR · texte numérisé non relu

M. MONDOR

Ah ! Messieurs , ces choses-là sont bien sensibles , sur-tout à un homme comme moi ; je partage d’autant mieux vos tribulations, que j’en ai éprouvé de toutes les couleurs. Mais je

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vous prie, M. Bonnaire, de nous conter votre aventure.

M. BONNAIRE

Si cela peut vous intéresser, Messieurs , je ne me ferai pas prier. Après la fête dont M. Grippart vous a fait le récit, l’aîné de mes enfans, à qui j’avais cédé ma maison, une maison que j’avais formée et dans laquelle j’avais fait de si bonnes affaires! l’aîné, dis-je, n’y faisant pas merveilleusement les siennes, venait souvent me trouver pour que je vinsse à son aide; le cadet, qui avait fait ses classes et tous ses exercices , voulait absolument être militaire, et me tourmentait pour lui acheter une sous-lieutenance; ma fdle me carressait sans cesse pour l’unir à un jeune homme, fort joli garçon , mais fort paresseux et un peu libertin ; moi , qui aimais mes enfans comme j’avais aimé défunte leur pauvre mère , je n’eus pas la force de résister à leurs désirs. Peu-à-peu ma fortune se trouva tellement diminuée, que ne pouvant plus tenir ma maison , je me trouvai forcé de me mettre dans une petite pension.

Le chagrin de ma situation , bien plus encore celle de mes enfans , et sur-tout leurs injustes reproches, m’eurent bientôt mis au tombeau. C’est votre faiblesse pour vos garçons, me

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disait ma fille, qui vous a mis dans cette situation. Si vous n’aviez pas rétabli deux ou trois fois Taine , et tant dépensé pour donner au cadet la tournure d’un petit seigneur dans son régiment, vous pourriez venir au secours de votre fille. Si vous n’aviez pas donné une aussi forte dote à notre sœur, et réparé tant de fois les sottises de son mari, me disaient mes fils, vous laisseriez quelque chose après vous.

Mes enfans qui avaient cru , malgré leurs reproches, que j’avais caché quelques débris de ma fortune, n’ayant presque rien trouvé à mon décès, ne pensèrent pas plus à mon portrait qua l’original, et il fut vendu avec mon petit mobilier, sans qu’aucun d’eux songeât à le réclamer.

M. GRIPPART

Ouf ! que c’est triste ! M. Mondor , à votre tour.

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