‹ Mélanges sur les beaux-artsChapitre 31 sur 46 · M. MONDOR · texte numérisé non relu

M. MONDOR

Pour moi, Messieurs, c’est différent ;• mon fils, mes petits-fils avaient été ennoblis; j’avais gagné beaucoup d’argent dans diverses opérations de finances ; et voulant laisser à mon fils, avec une grande fortune, un rang distingué dans le monde, j’avais acheté une charge

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de secrétaire du roi : cette fortune et cette noblesse le mirent à portée de s’allier à une grande famille. Mon épouse avait désiré avoir mon portrait: j’avais choisi pour la satisfaire un peintre alors en grande réputation. A mon décès , mon fils voulait placer ce portrait dans son salon; mais ma bru, qui, en raison de sa haute naissance , traitait son mari comme un petit garçon . exigea de lui que préalablement il le fît décorer d’un grand cordon rouge ; ce qui m’allait assez bien , car j’ai toujours eu l’air martial. Mais le peintre, peut-être par malice, n’avait peint ce cordon qu’en détrempe , de sorte que quelques années après, mon fils ayant voulu faire nétoyer le tableau , le cordon disparut, et je fus rendu à mon état primitif. Il avait bien dessein de faire réparer cette bévue ; mais pendant son abscence, sa femme fit porter mon portrait au grenier. J’avais deux petitsfils, qui dans leur enfance m’avaient témoigné beaucoup d’amitié : l’aîné, ayant appris un peu à dessiner, était devenu ce qu’on appelle un protecteur des arts, et possesseur d’un cabinet de tableaux d’une certaine célébrité. A la mort de son père , à qui il avait entendu dire que ce portrait était l’ouvrage d’un peintre célèbre, son premier soin fut de se le faire apporter pour

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enrichir sa collection ; mais sa vue s’étant fixée sur la signature , et ayant aperçu le nom d’un artiste passé de mode : Qu’on m’ôte cette croûte de devant les yeux , dit-il.

Que voulez-vous, Messieurs? on n’y conçoit plus rien ; tout est bouleversé. Une croûte ! le portrait de M. Mondor, qui avait coûté mille écus, une croûte!

M. GRIPPART

Epargnez- donc ; imposez-vous des privations; compromettez votre santé, votre salut même , pour amasser du bien à vos enfans , à vos neveux; voilà la récompense. Ah! si jamais je reviens au monde, je mangerai tout.

Le dialogue en était là, lorsque plusieurs amateurs sont entrés dans la boutique du brocanteur pour y faire leurs emplettes. Un maître perruquier a fait l’acquisition du buste de M. Grippart pour monter ses perruques; un savetier s’est emparé du portrait de M. Mondor, pour orner son échope, et le séparer de la frutière , avec laquelle il est en communauté de loyer; enfin, M. Bonnaire est devenu le partage d’un bourgeois de Fontainebleau, qui en a fait une girouette pour effaroucher les moineaux qui dévastaient ses treilles.

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Le bon M. Bonnaire termina la séance par cette phrase, qu’il prononça d’un ton sentimental :

Faites sans cesse du bien à tous ceux qui vous entourent , quelque chose qui puisse arriver, vous en trouverez toujours la récompense dans vos cœurs!

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