ET SUR LES JOUISSANCES PARTICULIÈRES DES ARTISTES
JL’expression est la seule partie de Part qui ne peut s’enseigner ; c’est lame qui l’inspire ; elle tient beaucoup à la conformation de l’artiste. L’homme instruit ne doit pas suivre strictement , et sans appel , toutes les observations qui ont été faites par les psychologistes et les anatomistes, sur les signes qui indiquent les passions et les différens caractères des hommes; mais il ne doit rien ignorer de tout ce qui a été écrit sur cette matière : il doit connaître l’intéressant ouvrage de Lavater ; même ceux de Gall et Parson , sur la conformation des os de la tête , et sur celle de ceux des pieds. C’est lorsque toutes ces connaissances auront été mûries
4l8 QUELQUES RÉFLEXIONS
par lexpérience et par une étude profonde de la nature , qu’il sera en état de comparer les nuances quelle lui indique , avec les préceptes de ces maîtres. C’est alors qu’il pourra espérer d’atteindre au plus haut degré de perfection ; c’est alors seulement qu’il pourra s’abandonner à l’impulsion de son génie, sans craindre de tomber dans le style barbare et dans le genre trivial.
L’artiste observateur saura saisir les différentes modifications que l’éducation et la politique amènent nécessairement, dans la manière de rendre l’effet des passions sur la figure des hommes de différentes classes. Il saura connaître, par la forme que la contraction habituelle des muscles a donnée à une figure, et par la manière dont la peau est sillonnée , quelles sont les affections de l’âme. Si, dans la dissimulation, les muscles ne sont pas contractés , leur mouvement gêné, joint à l’altération de la couleur, seront pour lui des indices suffisans. Que le fourbe et l’hypocrite tremblent à l’aspect d’un grand artiste : il saura lire dans leur âme ; il démasquera leur imposture.
Quand on envisage les arts du côté moral, il n’est pas étonnant qu’on donne la préférence à l’expression , sur les autres parties de la pein-
sur l’expression EN PEINTURE. 4 1 9 ture ; car rien ne lui résiste : elle est entraînante. Si la couleur trompe les yeux, l'expression va droit à l’âme. Mais comme dans la musique l’oreille ne peut être charmée que par l’harmonie des sons ; de même l’œil ne peut être satisfait en peinture , que par la parfaite harmonie de toutes les parties de l’art ; car l’expression ne doit les effets quelle produit qua la correction du dessin, qui est si bien identifié avec elle , que sans correction et sans coloris, il ne peut y avoir d’illusion durable.
Il en est de même de la composition; car dans un tableau représentant la douleur, il faut que l’ordonnance soit telle, que tout concourre au même but; il faut qu’on lise sur la figure, et dans l’attitude des spectateurs , qu’ils participent chacun , suivant l’intérêt qu’ils y doivent prendre , à l’action principale. Quels sont les artistes qui ont possédé à un plus haut degré que Raphaël et le Poussin , toutes les connaissances et toute la philosophie nécessaires à leur art !
Mengs se préparant à peindre une Annonciation , fut trouvé étudiant une sonate de Corelli , dans le genre de laquelle , dit-il , il avait l’intention de faire son tableau. Ce serait vainement qu’on voudrait expliquer à beau-