‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèqueChapitre 24 sur 85 · QUELQUES MODIFICATIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES MODIFICATIONS

qil'une bonne scène dans Cyrano. On pense bien que Somaize n'y legardoit pas de si près , et cjue pour lui toute expression est précieuse cpiand elle est nouvelle , toute phrase barbare quand elle n'a pas traîné dans les conversations et dans les livres ; il falloit un ju£*enient plus fin que celui de ce barbouilleiu" de papier pour en faire la ditlérence. Des locutions devenues très communes , parce qu'elles sont très commodes et très claires , comme une beauté sous les armes y faire figure dans le monde, les bras me tombent de surprise, y sont impitoyablement condamnées. C'étoit parler précieux que de dire, une femme dune vertu sévère, et le joli adverbe aimablement, si affectionné de saint François de Sales , de Bourdaloue , de Fénelon , de madame de Sévigné, est accompagné par le rigoureux Somaize d'une note de proscription ; c'est peut-être par égard pour son autorité qu'on l'a etïacé du dictionnaire de l'Académie.

C'est ainsi que l'abbé Desfontaines réprouvoit, il y a cent ans, dans le Dictionnaire néologique , les beaux mots agreste, bienfaisance , célérité, délice , détresse , érudit , fallacieux , frivolité y insidieux , popularité , et vingt autres qui n'ont cessé d'être employés depuis par les meilleurs écrivains. Je pose en fait cpie si l'usage avoit pu être réglé par les pm-istes et les critiques de profession depuis qu'il forme la langue et qu'il la modifie, nous n'aurions jamais eu un poète.

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