VARIÉTÉS LITTÉRAIRES
Théorie complète des Éditions Elzeviriennes , avec tous les renseignemens nécessaires pour les discerner.
EutropI V. C Historiée romand, Lie. X. His additi Paulli Diaconi, Libb. IIX. Lugduni Batavorum, apud Ludoificum Elzevirium, anno cId. le. xcn. in-8. 2 feuillets et 169 pages ; mar. v. rel. par Vogel.
Lie volume est le premier où se trouve le nom cl'Elzevir (i). La figure qui sert d'insigne au frontispice représente un ange qui tient d'une main
(i) Le catalogue Cramayel cite une édition au nom d'Elzevir, antérieure à celle-ci : c'est le Cento Ethicus de Bleyenberg , Liigd. Baiav. i5go, in-8.j mais vérification faite sur cet exemplaire, il est daté de iSgg. L'impression n'en est d'ailleurs pas Elzevirienne , car il porte à la fin le nom de l'imprimeur, Christoforus Guyotius. Il n'a pas l'insigne de l'ange.
un livre et de l'autre une faux. M. Bcrard , ([ui ne croit pas certain que Louis V ait été imprimeur, rapporte cpie la marcjue habituelle de sa librairie étoit un aigle sur un cippe, avec un faisceau de sept flèches, accompagné de cette devise, où semlDle prophétisée la gloire de sa famille : Concordia res parvœ crescunt.
Isaac substitua à cet insigne l'orme embrassé par un cep chargé de raisins , avec le solitaire , et la devise : No7i sol us.
Daniel adopta pour marque Minerve et l'olivier, avec la devise : Ne extra oleas.
Les éditions anonymes ou pseudonymies de ce dernier imprimeur sont ordinairement distinguées par une sphère.
On trouve depuis 1629 , dans les livres des Elzevirs , en tête des préfaces , des épîtres dédicatoires et du texte , un fleuron où est figuré un masque de buffle. Dès le Salluste de 1 634 (^ )> ^'^ peut-être auparavant, ils en adoptèrent un autre, où l'on remarque la ressemblance d'une sirène ; ils employèrent probablement poui' la première fois page 216 de cette édition , un cul-de-lampe qui représente la tête de Méduse.
(i) C. Sallustius Crispas. Lugdiuii Batavorum, ex ùfficina Elzeviriana, anno i634, in-12. 8 feuillets y compris le titre gravé, 5io pages et 17 f. 1. r. mar. r. doub. de mar. r. rel. par Deseuille.
Supei'be exemplaire de la seconde édition , avec notes manuscrites de Moiellet.
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Cependant Daniel ne fut pas toujoui-s ficlèle à ces insignes. Dans le Térence de 1661 (i), par exemple , il substitua à la tête de buffle et à la sirène une guij^lande de roses trémières , qu'on retrouve dans un grand nombre de ses éditions. Dans le Perse de Wederburn (2), il adopta un large fleuron dont le milieu est occupé par deux sceptres croisés sur un écu. La Sagesse de 1662 (3) en représente un autre qui porte dans son centre un triangle, ou delta renversé, inscrit sur un X. Certaines de ses éditions anonymes de cette dernière époque portent, à la place de la Minerve ou de la sphère , un bouquet com.posé de deux grandes palmies croisées sur deux palmes courbées en ovale, avec quatre larges fleurs rosacées en losange, et une cinquième qui fait le milieu de l'ornement. La plupart de ses derniers volumes sont tout-k-fait sans fleurons.
(i) Pub. Terentii Comœdiœ sex, ex recensione Heinsiaiia. Atnstelodami , ex qfficina Elztviriana. Anu. 1661, in-12. 24 f. y compris le titre gi-avé , 3o4 pages et 4 f- v. fauve.
(2) Persius enucleatus , sive Commentarius exactissimus et maxime perspicuus in Persium, poctarum omnium difficilUmum. Studio Davidis Wcdderburni , Scoti, Abredonensis. Amstclodami , apud Danielem Elzevirium. cia loc lxiv. In-12. mar. r. rel. par Simier.
(3) De la Sagesse , trois livres , par Pierre Charron. A Amsterdam, chez Louys et Daniel Elzevier, 1662. In-12. 8 f. y compris les deux titres, 622 pages et 4 f • 1- r. mar. r. relié par Deseuille.
Superbe exemplaire.
Ces renseigiiemens sont bien imparfaits pour eoniioître une bonne édition Elzevirienne, mais ils pourront servir à nous diriger dans le dédale où les rédacteurs de bibliogi^apliies Elzeviriennes ont juscpiici engagé leurs lecteurs.
11 est sans doute surprenant qu'une collection cjiii fixe si particulièrement, depuis plus de cent ans, l'attention des amateurs, n'ait pas encore été décrite, et surtout limitée d'une manière convenable. Les catalogues des anciens bibliographes ne sont , pour la plupart, qiie la copie très servile de celui c[ue renferme X Art de désopiler la rate, et qu'on n'iroit pas chercher là. M. Adrj s'étoit fort occupé des Elzevirs , et on pouvoit attendre de ce savant recommandable un travail consciencieux et utile; mais ses manuscrits ont passé dans les mains de M. Sencier, qui paroît peu disposé à les publier. Le travail long-temps attendu de M. Bérard sera fort utile à l'historien de cette docte et ingénieuse famille; mais l'estime même que je porte à cet amateiu' distingué me fait un devoir de ne point dissimuler que son ouvrage n'a pas entièrement répondu aux espérances qu'on y avoit fondées. Restreint à la description d'une bibliothèque particulière, et conséquemment fort éloigné du complet, il manque d'ailleurs un peu trop de critique, et attribue aux Elzevirs une foule de productions étrangères à leurs presses. M. Brunet , dirigé par le tact presque infaillible qu'on lui connoît, a
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beaucoup plus approché de la vérité; mais il u'a pu entrer dans des détails que son cadre ne comportoit point, et il n'indique dans la collection Elzevirienne qu'une des nombreuses subdivisions fju'on peut y introduire. Enfin , cette partie de la iiibliographie est encore toute neuve à exploiter ; car il n'existe rien d'absolument satisfaisant dans les livres qui y ont rapport , si ce n'est la notice des Républiques y par Sallengre , et cette branche de la collection est précisément celle dont on ne se soucie plus.
Je parlois tout à l'heure des nombreuses subdivisions qu'exigeroit une bibliographie spéciale des Elze<^irSy ou plutôt des livres Elzeviriensj elles ne s'éleveroient pas à moins de hidt. Je vais essayer d'en donner une idée.
La PREMIÈRE CLASSE comprcud tous les livres imprimés et signés par les Elzevirs ; celle-là n'offre pas de difficulté, quand on la distingue delà seconde.
La SECONDE CLASSE Comprend les livres imprimés sous le nom^ des Elzevirs, mais qui ne sont pas sortis de leurs presses, et ces livres sont en assez grand noml^re. Je citerai le Baudii Amores (i),
(i) Dominici Baudii Amores , edente Pelro Scriverio, inscripti Th. Graswinckelio , equiti. Lugduni Batavorum , apud Fraii ciscos Hcgerum et Hackiwn. cio id c xxxviii, in-ia. 6 f. 5i8 pages ft un feuillet final porlant : Lugduni Batavorum , tjpia Géorgie dbrahami vander Marse. cip lo c xxxviii. Mar. r. rel. par Bozérian jeune. La plupart des exemplaires portent, sur le titre : apud Ludoi'icwn jEIze^'iriuin .
qui est de Valider Marse ; le Cloçis de Desmarels ; le Suétone de Du Teil (i) ; le Thucydide de Perrot d'Ablancourt , etc. , c[ui ont dû être imprimés à Rouen. La moindre habitude suffit pour reconnoitre ces pseudo-Elze\ irs à la différence des caractères et des fleurons.
La TROISIÈME CLASSE est beaucoup plus difficile à distinguer ; c'est celle des Elzevirs anonymes ou pseudonj mes , mais conformes d'ailleurs , par les fleui'ons et les caractères, aux éditions signées. On va voir qu'on doit s'y tromper quelcpiefois.
La QUATRIÈME CLASSE cst cellc dcs livres conformes aux éditions signées, par les fleurons et les caractères , et qui toutefois n'ont pas été imprimés par les Elzevirs, mais bien par des imprimeurs munis des mêmes caractères et des mêmes fleurons, et auxquels il ne manquoit , pour lutter en tout point avec les Elzevirs, que leur érudition et leur goût. Ainsi, François Foppens, de Bruxelles, est bien le véritable imprimeur de l'édition des Mémoires de Marguerite (2) , qui porte son nom ,
(i) Svetoiie, des Vies des dovze Césars, emperevrs romains. De la traduction de monsieur Dv Teil, aduocat en parlement. A Amsterdam, chez Loïds et Daniel Elzevier {Rouen). In-ia. 12 f. et 589 pages; raar. lie de vin, rel. par Vosjel.
(2) Mémoires de la Reyne Mar^veritc. A Bruxelles, chez François Foppens. M. dc. lviii. In-12. ipy pages; mar. rouge.
La vignette du texte est la tête de buffle. Le volume est terminé par un fleuron t[ui représente un cocj.
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t[uoi(|u'il soit impossible d'y méconuoitre des caractères et des lleurons parfaitement identiques avec ceux que les Elzevirs ont employés dans leurs productions les plus remarquables. Je n'hésiterois pas davantage à lui attribuer la jolie édition Elzevirienne de la Satire Ménippée (i), bien qu'imprimée sous un autre nom , et je suis de ceux qui lui font honneur du Montaigne de i65g (2). M. Bérard oppose , il est vrai , à cette hypothèse une autorité assez spécieuse , celle de Roland Desmarets, qui écrit à Chapelain : t aide mihi jacunduni est , qiiod exornandœ Michaelis Montani scriptorum editioai , quam Elzevirii parant , elogia et testinionia eoriuii, qui de illo aliquid niemoriœ prodiderunt colligis, et hac opéra tanti vîri nostratis gloria: pro virili parte çonsidis.
(i) Satyre Ménippe'e de ta P'eriu du Cathoticon d'Espagne. A Ratlsbonne , chez Matthias Kerncr. 1664, in- 12. avec trois figures, dont une pliéc. 8 f. et 336 pages. Edition sans errata; inar. bleu.
(2) Les Essais de Michel, seigneur de Montaigne. A Bruxelles , chez François Foppens, libr. et imprimeur, m. dc. lix. 3 vol. in-12. Tom. 1 , 26 f. y compris le frontispice gi'avé et le titre , et 468 pages ; toni. II, 2 f . et 708 pages; tom. III, 2 f. 5io pages, et 5g f. de table , avec le portrait de Montaigne , gravé par Fiquet , avant la lettre; mar. bleu àcompartimens, doublé de tabis, rel. par Simicr.
Cette édition réunit la tête de buffle , la sirène , les palmes croisées, et autres fleurons communs aux Elzevirs et à Foppens. Il en a été probablement tiré des exemplaires sur diffcrens papiers, car ils varient de cinq pouces cinq ligues de hauteur à cinq pouces onze lignes.
Tain elegantibus enim scriptis id hactenus déesse Didehatur y ut tant elegantibus tjpis excuderentur y etc. Mais il me semble qu'en j réfléchissant un peu , on trouvera que cette lettre prouve précisément le contraire de ce que M. Bérard a voulu prouver. Les Elogia et les Testinionia, dont il est question ici, n'ornent point l'édition de Foppens, à laquelle il est évident que Chapelain n'a pris aucune part. Tout ce cpi'on peut conclure, c'est que les Elzevirs ont, en effet, préparé une édition de Montaigne , et qu'ils ne l'ont pas publiée : il n'y a rien de plus commun en librairie. Autant vaudroit tirer l'induction cpi'ils ont réimprimé tous nos vieux classicjnes françois , de cette phrase de leur Épître dédicatoire des Mémoires de Commines (i) à M. de Montausier. (( — Nous avons résolu de travailler désormais à H l'impression exacte et correcte de plusieurs livi-es (( fi^ançois qui ne se trouvent plus qu'avec peine , (( ou qui se trouvent fort mal imprimez et remplis «d'une infinité de fautes. » Est-il présumable, d'ailleurs, qu'après avoir donné dans ce joli form^at qu'ils avoient adopté, et qu'ils n'ont délaissé que dans des occasions très rares (car le Boileau et le
(i) Les Mémoires de Philippe de Commines, seigneur d' A viienton. A Leyde , chez les Eheviers, 1648, in-12. 12 f. y compris le titre gravé, 'jQ5 pages et 9 f. de table; niar. bleu à corapartimens, doublé de tabis, rel. pai' Siniier.
Cet exemplaire a été vendu avant reliure, 70 fr. Firmiii Didot.
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Mézeraj (i) ne sont pas plus d'eux que le Montaigne), peut-on croire, dis-je, qu'après avoir publié , dans cette dimension consacrée par tant de chefs-d'œuvre, le Commines et le Charron, ce dernier surtout, avec lequel Montaigne doit faire collection , ils auroient adopté ce grand in-i 2 , qui n'a presque point d'analogues parmi tous leurs livres? Cette édition enfin, tout imprimée qu'elle soit avec des caractères et des fleurons Elzeviriens , n'est pas digne des Elzevirs ; son aspect seul décèle d'autres presses et un autre typographe.
La CINQUIÈ3IE CLASSE renferme les livres imprimés avec des caractères analogues à ceux des Elzevirs, mais non avec les mêmes fleurons. Telles sont les charmantes éditions de Fricx , de Bruxelles , qui n'ont de commun avec les leurs , en fait d'insigne, qu'une large guirlande de roses trémières ; telles sont la plupart de celles qui portent le nom. de Maire , d'Hegerus , de Leers , de Boom ; de Graaf , à la Tortue; de Blaeu, à la Sphère. Telles sont, surtout 5 celles d'Abraham Wolfgang, remarquables
(i) Abrt'^é chronologique de l'Histoire de France, par le sieur de Mezcraj. A Amsterdam, chez Abraham JFolfgang , 1675, 6 vol. in-i2. Tom. I, 10 f. y compris les deux titres et le portrait, 4i4 pages et 12 f. de table; tom. II, 2 f. et pages 4i5 à 847, 19 f- de table; tom. III, 2 f . 55 1 pages et i5 f. de table. La 35i« page est marquée 35o; tom. IV, i feuillet, pages 35 1 à 723, i3 f. de table; tom. Y, 2 f. SSy pages, 21 f. de table; tom. VI, 2 f. 455 pages et i5 f. de table; mar. bleu, rel. par Simiei .
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par l'insigne de cet habile imprimeur, qui représente un loup découvi'ant une ruche dans un tronc d'arbre creux, avec la dcA'ise : Quœrendo. (Remarquons ici en passant, mais comme une chose fort digne d'attention dans la cjuestion , cpie cet insigne est l'armoirie parlante de Wolfgang, ce nom se composant , en hollandois , de deux mots qui signifient loup marchant ou courant^ et que cette manière d'imager son nom étoit fort commune chez les imprimeurs , témoin le bûcher enflammé qu'on remarcjue dans le Philippe de Commines et dans le Charron des quatre éditions, les élémens du nom. de Elze vir ou Else wur pouvant signifier feu d'orme. Ne seroit-il pas fort étrange que les Elzevirs eussent arboré , au titre de ces précieuses éditions dont ils étoient si jaloux, le rébus d'un libraire obscur? Leur considération littéraire, et leur fortune indépendante , ne permettent pas ce soupçon. ) Sauf la guirlande de roses trémicres que Wolfgang emploie comme les Elzevirs, il diffère d'eux dans tous ses fleurons : l'oiseau perché au pied d'un mât à banderoles , la rose sucée par deux abeilles , l'écureuil accroupi , le renard , le chat, le chien cjui fiente dans un violon, ne se sont jamais vus dans aucun volume authentique des Elzevirs. M. Bérard, cpii persiste à attribuer aux Elzevirs les éditions au nom de Wolfgang, n'oppose à l'hypothèse que nous venons d'établir, (|u'une raison qui mérite considération ; c'est celle
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qu'il tire de la jolie édition de la Logique de Port- Rojal (i), où la sphère Elzevirienne est substituée au Quœrendo. Eh bien! nous lui accordons très volontiers ce point, car nous sommes porté h regarder cette jolie édition comme véritablement Elzevirienne, et cependant nous ne fondons cette induction que sur les caractères et le tirage , l'identité de la sphère , enseigne commune de tous les libraires et marchands de cartes géographiques hollandois, non plus que celle de la guirlande de roses trémières dont Wolfgang a fait souvent usage, ne nous paroissant nullement décisive. Mais pourquoi les Elzevirs n'auroient-ils pas imprimé quelquefois pour Wolfgang, qui étoit libraire aussi-bien qu'imprimeur? C'est une chose qui se voit tous les jours dans le commerce, et les Aniores Baudii viennent de nous prouver que, tout imprimeur qu'il fut, Louis Elzevir avoit fait imprimer chez Vander Marse ; voilà donc cette difficulté vaincue. Quant à l'objection que M. Bérard tire du privilège du Mézercif, dont nous avons parlé tout à l'heure , elle est de peu d'importance. Si Wolf-
( I ) La Logique ou l'Art de Penser. A Amsterdam , chez Abraham Wolfgank {*). cio loc lxxv. In-12. 55Q pages et ^ï. de 'table. Première reliure en vélin de Hollande.
(*) Cet imprimeur écrit sou uom indifféremment, Wolfgaug, Wolfgank, ou Wolfganck. Nous l'orthographions dans notre texte suivant la leçon de l'édition dont nous parlons.
gang y est qualifié libraire et non imprimeur, c'est cju'il est de protocole d'accorder le privilège au com^merçant et non au fabricant; si on s'y sert indistinctement , en parlant de lui , des miots imprimer ou /aire impiimer^ c'est qu'ils sont, en effet, fort indiffërens; car M. Bérard , qui luim^ême remarque judicieusement, à la page qui précède , qu'il n'y a rien de plus commun que de voir un auteiu^ ou un éditeur écrire , j'ai imprimé telle chose , ne disconviendra pas davantage qu'il n'y a rien de plus commun que d'entendre un imprimeur dire, je Jais imprimer tel livide; il est même évident qu'il ne peut dire, je l'imprime ^ que fîgurément. Il étoit natiuel, d'ailleurs, que Wolfgang fît exprimer, dans son privilège , la faculté de faire imprimer au besoin; car miille raisons pouvoient l'empêcher diim,prim.er lui-même, dans le sens figui^é que nous aA^ons admis ; une surcharge d'entreprises, une nouvelle combinaison d'édition, la cessation même de cette partie de son industrie. La preuve déduite par M. Brunet d'une Épitre dédicatoire des OEm>res de Quinault (i), où se
(i) Le Théâtre de M. Quinault. A Amsterdam, chez Anlniiic Sclielte. M. DC. xcvii. 2 vol. in- 12. fig. ; mar. bleu, relié par Purgold.
Ce sont les éditions du fonds de Wolfgang, qui avoit cesse d'imprimé)', et qui probablement étoit mort à la fin de 1690. Antoine Schclte lui succéda, et publia plusieurs \olumes sous la
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lisent ces paroles de Wolfgaiig : Ce sont les œuvres de M. Qidnaiilt que je vous offre, en qualité de
iTicme enseigne, et avec les mêmes caractères, toutefois fort usés. Aussi recherche-t-on peu les livres qui portent son nom, et qu'on ne peut attribuer qu'à lui.
Les pi'éliminaires de Schelte (*) occupent ici six feuillets ; les pièces sticcèdent dans l'ordre suivant: la Mort de Cyrus, suivant la copie de Paris, cio idc lxii, 4 f- 65 pages; le Mariage de Cambjsc, en idc lxh, 4 f- 66 pages; le Feint Alcihiade, cia loc Lxn, 4 f- ^^ pages; les Coups de l'Amour et de la Fortune, ciD IDC LXII, 4 f- QQ pages; Amalasonte , cid idc lxii, 4 f- &Q pages; Stratonicc , cio loc lxii, 4 f- 66 pages, la Comédie sans Comédie, M. Dc. Lxi., 5 f. 8y pages; le Fantasme amoureux, cid lac lxii, 4 f. 77 pages, pour le tome premier. Le tome II est composé ainsi qu'il suit : le frontispice gravé de Schelte ; la Généreuse ingratitude, CI3 IDC lxii , 5 f. 74 pages; l'Amant indiscret, ou le Maistre estourdi , cio idc lxii, 4 f- 78 pages; les Rivales. A Amsterdam, chez Antoine Schelte, m. dc. xcvii , 2 f. 70 pages; Agrippa, roi d'Albe, ou le Faux Tihérinus. A Amsterdam, chez Antoine Schelte, m. dc. xcvii., 4 f- ^^ pages; Bellérophon , m. dc lxxi. , 4 f. 61 pages; la Mère Coquette, ou les Amans brouillez, CIO IDC Lxvi, 5 f. 80 pages; Astrale, roj de Tyr, cid idc lxv, 4 f . 65 pages; Pausanias. A Amsterdam, chez Antoine Schelte, M. DC. xcvii. , 4 f- 61 pages.
Chacune de ces pièces est précédée d'un frontispice gravé que j'ai compté dans les feuillets liminaires. J'ai cru inutile de répéter pour toutes l'indication suivant la copie, qui n'est remplacée par le nom de Schelte que pour les trois pièces qu'il a imprimées , les Rivales, Agrippa et Pausanias. M. Brunet ne connoît pas Tédition de Bellérophon à la date de 1671. Il l'indique sous celle de 1 688 ; il est probable que cette nouvelle publication de Schelte n'est pas tombée sous ses yeux.
(*) On conçoit que dans celle pseudo-édition nouvelle , Schelle a supprimé les anciens préliminaires, ce qui fait que VEpitre dédicatoire de Wolfgang, annoncée par M. Brunet; no se trouve pas dans mon exemplaire.
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celui qui les a ramassez et imprimez j cette preuve, dis-je, subsiste donc dans toute sa force. Pour que le système de M. Bérard, qui est aussi, à la vérité, celui de M. Renouard et des anciens c atalo guis tes , eût une apparence d'autorité, il faudroit c|ue la dernière des éditions signées de WoLfgang, ou marquées de son insigne et de ses fleurons, eût concouru avec la mort de Daniel Elzevir, et c'est ce qui n'est point arrivé. Les éditions de Wolfgang ont continué à paroitre précisément comme si Daniel Elzevir n'étoit point mort; et pour croire à l'identité de Daniel Elzevir et de son prétendu masque , il faut supposer que ce grand typographe s'est survécu à lui-même au bénéfice d'une librairie privilégiée. Par exemple, X A^aïU-Clo^^is de Mézei'ay (i) , qu'il faut réunir à l'édition dite Elzevirienne de cet historien, n'a paru qu'en 1688, et rien n'est changé ni à l'insigne, ni aux fleui'ons , ni aux caractères, quoique l'imprimeur auquel on attribue les six volumes précédemment publiés eût cessé de vivre depuis huit ans. 11 est probable que M. Bérard a senti cette difficulté ; mais il s'y est dérobé en la passant sous silence, ou en feignant de la considérer comme résolue dans l'opi-
(i) Histoire de France avant Clovis , par le sieur de Mezeray. A Amsterdam , chez Abraliam Wolfg,ang , l'an 1688, ia-i2. 4 fy compris les deux titres, 5Qi pages et i5 f. de table; mar. bleu, )el. pai" Siniiei'.
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iiion. C'est pour cela , qu'en parlant de la jolie édition de Racine, imprimée , en 1678, par Wolfgang, et selon lui par Elzevir, il s'exprime ainsi : « Fort peu de temps après la mort de Daniel Elze- « vir, en 1682 , on a réimprimé les pièces de Racine « avec les mêmes caractères et en employant les « mêmes figures. Cette nouvelle édition n'est guère « moins jolie que l'autre ; mais elle est moins re- (( cherchée, ne poui^ant pas être attribuée au même « imprimeur, n D'abord , il est assez difficile de savoir comment on peut démontrer qu'une édition imprimée avec les mêmes caractères, et sous la même enseigne , n'est décidément pas du même imprimeur , quand rien dans le livre ne justifie cette supposition j ensuite , on comprend plus difficilement encore le bizarre caprice des curieux qui rechercheroient moins cette édition de Racine, de 1682 (i) , pour peu qu'on ait eu occasion de les voir l'une à côté de l'autre. Leur similitude est si
(i) OEuvres de Racine, suivant la copie imprimée à Paris , ciD ijc Lxxxii, 2 vol. in-i2. fig. m. bronze, rel. par Thouvenin.
Tom. I, les deux titi'es et l'avis du libraire, Q {.; la Théhdide, ou les Frères ennemis, i683, 69 pages; Alexandre-le- Grand , 1678, 70 pages; Andromaque , iG85, 71 pages; Britannicus , 1682, 82 pages; les Plaideurs, 1678, 67 pages.
Tom. II, les deux titres; Bérénice, i685, 70 pages; Bajazet, 1682, 83 pages; Mithridate, i683, 72 pages; Iphigénie, i685, 82 pages; Phèdre et Hippoljte, 1678, 72 pages.
Superh» exemplaire , de la plus parfaite conservation. On sait qu' Esther et Athalie ne peuvent pas se trouver dans cette édition.
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parfaite, que Foeil le plus délicat n'en peut faire aucune différence; et les pièces réimprimées ne sont, en effet, que des copies très exactes, replacées dans le fonds de la librairie au fur et à mesure que les originaux s'épuisoient , pour tenir au complet la collection de l'auteur, de manière que les exemplaires datés de 1682 ne se trouvent jamais sans mélange de pièces datées de 1678. Il y en a trois dans le mien; et si un amateur de l'opinion de M. Bérard parvient à les distinguer de leurs voisines autrement que par la date, je passe condamnation. Convenons que l'envie d'agrandir la collection des Elzevirs au-delà de toute proportion, et de lui donner l'importance d'une bibliothèque exclusive et spéciale , est entrée pour beaucoup dans ce système d'envahissement. Cependant, telle qu'elle est, cette collection est assez vaste pour faire foi du zèle extraordinaire des artistes qui l'ont composée , et pour suffire aux patientes investigations d'une longue vie bibliographique. Les travaux des Elzevirs , réduits à leurs exactes dimensions , embrassent «ncore en effet la presque totalité des classiques latins et italiens, beaucoup de bons écrivains françois , et une foule de livres piquans sur l'histoire de Tépocpie où ces habiles imprimeurs ont fleui4. Pourquoi vouloir surcharger cette liste déjà si nomibreuse en volumes difficiles à réunir , des richesses rivales de leurs plus heureux émules? Rien n'empêche qu'on ne fasse de ceux-ci
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d'excellentes et curieuses collections qui tiendront leur place fort honorablement à côté de celle des Elzevirs, mais il est injuste de les dépouiller, et de considérer leurs noms comme s'ils n'avoient jamais existé. Décidons-nous donc à rendre à Elzevir ce qui appartient à Elzevir, et h Wolfgang ce qui appartient à Wolfgang. La portion de celui-ci ne sera pas peu intéressante, surtout pour les amateurs de notre ancien théâtre, car c'est à la contrefaçon de ce genre de productions littéraires qu'il paroit s'être adonné avec le plus de goût et de succès, et indépendamment des jolis recueils de Racine et de Quinault dont nous venons de parler, il j a bien peu de nos auteurs dramatiques auxquels il n'ait prêté la recommandation de ses types élégans, et des figures hardies et pleines de feu du fougueux Schoonebeck. Mais ce n'est pas à ses éditions , je le répète , que se bornent les usurpations officieuses des bibliographes Elzeviriens. Blaeu a plus d'un volume à réclamer sur eux , et un typographe beaucoup moins connu , parce qu'il a probablement exercé très peu de temps , se voit appauvri en leur faveur des seuls titres que ses travaux trop peu multipliés lui aient donnés à l'estime des bibliomanes. J'entends parler de Nicolas Hercules, de Leyde, qui, à la manière du temps, avoit choisi pour enseigne parlante le dieu dont il portoit le nom, avec la devise : Gloria merces mriiitis. Ses très petits caractères, qui rivalisent avec
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ceux des Elzevirs de finesse et de netteté, n'ont pas moins contribué que l'identité de c|uelcjues unes de leurs vignettes, et entre autres de la tête de buffle, à faire naître cette méprise aujoui^d'hui si consacrée, que je ne l'attaque pas sans défiance. 11 n'en reste pas moins évident pour m^oi que c'est à lui que nous devons l'élégante contrefaçon des Négociations du président Jeannin (i), dont le frontispice porte son insigne , et plusieurs autres petits volumes très analogues à celui-là sous tous les rapports. Je ne suis pas éloigné de croire que ses types et ses fleurons passèrent après sa mort à Hooghenhuysen de Niraègue , qui a publié en 1 660 une jolie édition de Voiture.
La SIXIÈME CLASSE dcs Ha res , à bon droit ou abusivement compris dans la collection Elzevirienue , renferme ceux qui sont imprimiés avec des fleurons analogues h ceux des Elzevirs , mais non avec les m^êmes caractères , en quoi elle diffère de la précédente , où l'analogie est dans les caractères, et la différence dans les flem^ons. La célébrité des
(i) Les Negotiations de monsieur le Président Jeannin. Jousle la copie, à Paris, chez Pierre le Petit, 1609, 2 vol. in-i2; mar. rouge, rel. pai- Simier.
Tom. I, 17 f. y compris le portrait du président Jeannin (le 3" feuillet est signé 4 dans tous les exemplaires que j'ai vus) ; ^44 pages, et au bas de la dernière, la réclame Propos.
Tom. II, 715 pages, y compris le faux titre ; 9 f. de table.
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EIzevirs dut donner à beaucoup d'imprimeurs l'envie d'avoir au moins ce rapport avec eux, et, comm^e ce genre d'ornement ne pouvoit constituer une propriété exclusive, il est tout simple d'ailleurs que le dessinateui' ou le graveur en ait fourni autant de personnes qu'il a trouvé d'acquéreurs. On croiroit cependant qu'il est convenu maintenant que tout livre où se rencontre une tète de buffle, une sirène , une guirlande de roses trémières , doit prendre place sur la somptueuse tablette où l'on range les EIzevirs , portàt-il la date de Paris , et les noms de Le Petit ou de Savreux , de Coignard ou de Cramoisy, qui mériteroient à d'autres titres cet honneur signalé , et qui ne le devroient en pareille hypothèse, qu'à, une ressemblance fortuite dans le choix de certaines vignettes. Telle est sans doute la considération qui a valu à Y Histoire de la Chine y par Baudier (i), une double et brillante riiention dans le catalogue de M. Renouard, et dans V Essai de M. Bérard. J'ai recueilli quelques volumes du même genre, qui ne sont pas moins recommandables par leur extrême rareté, et qui ne s'éleveroient pas sans doute à un prix moins
(i) Histoire de la Cour du Roy de la Chine, par le sieur Michel Baudier, de Languedoc. A Paris, chez Estienne Limoysin, 1668, in-i2. III pages, y compris le titre ; mar. citron à compartimens, rel. par Vogel.
Avec la tête de buffle et la sirène. M. Renouard dit qu'il n'a point existé à Paris d'imprimeur du nom de Limoysin.
exorbitant si le hasard les présentoit dans quelque vente (i), et je ne blâme en rien l'intérêt qui s'attache à ces curiosités , considérées comme spécimen tjpographicjues , ou comme complément d'une collection dans laquelle on ne veut rien laisser à désirer ; mais si les Elzevirs doivent leur renomm.ée à la perfection cjn'ils ont portée dans l'exécution des Hatcs les plus choisis, je demande quelle importance littéraire peuvent offrir des livres entièrement insignifians , exécutés en mauvais caractères, sur mauvais papier, avec la plus grande négligence , et qui ne rappellent les Elzevirs que par des ornemiens arbitraires dont le type appartient à tout le monde?
(ï) Le Journal amoureux. A Paris, chez Claude Barbin [Hollande), 1671 , trois parties en un vol. in-12. mar. bleu, rel. par Thouvenin.
1"^^ partie, 184 pages en tout ; II' partie, 12g pages; III^ partie, 176 pages.
Avec la tète de buflle, la sirène et les palmes croisées.
Les différentes Moeurs et Coustumes des anciens peuples. A Amsterdam, chez Isaac van Djck, 1670, in-12. 3 f . 126 pages et 2 f. de table; mar. brique, rel. par Vogel.
Avec la sirène, les palmes ci'oisées, etc. Volume rai-e.
Dialogues oii les fables les plus curieuses de l antiquité sont expliquées d'une manière fort as,réable. A Cologne, chez Pierre du Marteau, 1671 , in-12. 4 f- y compris les deux titres, et 547 pages; V. fauve, rel. par Vogel.
Avec la sphère, la guirlande de roses trémières, el les palmes croisées. Volume rare , et assez joliment imprimé.
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Nous venons de parler d'éditions admises dans la collection Elzevirienne , qui ne portent pas le nom d'Elze\ir; nous en avons examiné d'autres qui, également privées de cette recommandation, n'y suppléent, dans les unes, que par l'identité des fleurons, dans les autres , que par la ressemblance des caractères.
La SEPTIÈME CLASSE cpic nous y avons établie, est tout autrement disgraciée. Elle se compose, puisque les bibliographes nous obligent à la reconnoître, de prétendus Elzevirs qui n'offrent ni le nom , ui les caractères , ni les fleurons des Elzevirs, et qui quelquefois en diffèrent même par le format. Telle est la série innombrable des livres qu'on annonce aujourd'hui dans les catalogues sous l'indication de la sphère, et que des amateurs peu difficiles accueillent avec un empressement que ne justifient le plus souvent ni la matière de l'ouvrage, ni son exécution typographique ; or , nous avons déjà dit que cette sphère, cpi ne se trouve que dans certaines de leurs éditions anonymes, n'est point d'ailleurs un insigne spécial des Elzevirs , et qu'elle est au contraire commune à presque toute la librairie d'Amsterdam. Telles sont nombre d'éditions encore plus apocryphes, s'il est possible, qui ne portent pas même la sphère , et qui ne sont considérées comme Elzeviriennes , qu'en raison de la fantaisie d'un bibliographe capricieux, ou de la crédulité d'un amateur pris poui' dupe. Du
premier ordre est le Recueil de madame de la Suze (i), indiqué pour la première fois sous le nom d'Elzevir dans VEssai bibliographique ^ et qui est évidemment imprimé à Rouen; du second sont les fameuses Prophéties de Nostradamus (2), qui ont été placées de tout temps dans la collection Elzevirienne, quoiqu'il n'en fallût pas aller chercher bien loin l'imprimeur, puisqu'il a signé cette édition digne de ses presses, qui le cédoient peu en célébrité à celles de ses illustres rivaux. Les deux volumes que je cite au hasard dans cette catégorie, méritent certainement d'ailleui^s toute la réputation dont ils jouissent auprès des bibliophiles, mais ce seroit mal à propos qu'on feroit reposer leur valeur sur la renommée des types Elzeviriens, qui n'ont pas plus contribué à l'un qu'à l'autre, quoique ceux du Nostradamus s'en rapprochent davantage. Le fleui^on du frontispice ,
(i) Recueil de pièces galantes , en prose et en vers, de madame la comtesse de la Suze, d'une autre dame, et de monsieur Pe'lisson. Sur la copie; à Paris, chez Gabriel Quinet {Rouen), 1G78, in-12, 5 pai-ties en un vol. 617 pages; mar. citron à compartimens , rel. par Ginain.
Le verso de la 617^ page est occupé par le privilège, qui est répété trois fois. Ce volume est fort rare.
(2) Les vrayes Centuries et Prophe'tics de maistre Michel Nostradamus. A Amsterdam, chez Jean Jansson a Waesberge , l'an 1668, in-i2. 16 f. y compris les deux titres (le portrait de Nostradamus occupe le verso du quatrième), i58 pages; mar jougc, rel. par Thouvenin.
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qui représente une eonsole portée sur un bouquet de fruits, et ornée de deux glands, rappelle aussi un fleuron Elzevirien extrêmement analogue , sans être identiquement le même.
La HUITIÈME CLASSE, qui contient les livres imprimés avec les caractères et les fleurons des Elzevirs , ou avec leurs caractères sans leurs fleurons, ou avec leurs fleurons sans leurs caractères, après la mort de Daniel, fait naître des questions assez curieuses. En quelles mains passa le fonds d'imprimerie de Daniel après sa mort? En cjnelles mains passa son fonds de librairie? Quels imprimeurs exploitèrent cette glorieuse succession ? Quels sont ceux du moins qui méritèrent par quelques productions recommandables , de fournir quelques volumes à la collection Elzevirienne ? Daniel Elzevir, si connu par son incroyable activité, n'a-t-il réellement imprimé en 1679 et 1680, que les quatre ou cinq volumes authentiques de cette date qu'on peut rapporter à ses presses ? Dans le cas où il en existeroit davantage, et où les acquéreurs du fonds auroient dénaturé les titres pour s'attribuer la gloire de son travail, à quoi pourroit-on reconnoitre ces éditions posthumes? J'avoue que de longues recherches ne m'ont pas conduit à la solution de celles de ces difïicultés que je crois avoir éclaircies. Je la dois tout entière au hasard.
Il y a quelques années, qu'assistant à la vente de la jolie bibliothèque de mon ami M. Mazoyer, mort
à Lyon dans la force de l'âge, et explorant quelques éditions à moi peu connues, je tombai sur celle de la P'^ille et République de Penise^ par Saint-Disdier, qui porte la date de La Haye, le nom d'Adrian Moetjens, et l'an i685 (i). Comme le nom de Moetjens jouit d'une certaine considération parmi les amateurs d'éditions Elzeviriennes , qui estiment à l'égal des Elzevirs eux-mêmes son Alcoran (2) et son Marot (5) , et que cet exemplaire de la Ville de Venise étoit d'ailleurs dans toutes ses marges , je le feuilletai avec un peu plus d'intérêt qu'un pareil livre n'en semble mériter d'abord , et je ne fus pas peu sui^pris d'y reconnoitre, autant que ma
(i) La Ville et la République de Venise, par M. le chevalier de Saint-Disdier. Quatrième [troisième] édition, reveue et corrigée par l'auteur. A La Haye [Amsterdam ) , chez Adrian Moetjens (Daniel JEhevir), iG85 (1680), in-12. 10 f. 4i8 pages, et i5 f. de table ; v. bleu, rel. par Simier.
Exemplaire non rogné.
(2) L' Alcoran de Mahomet, traduit d'arabe en français, par le sieur du Rycr, sieur de La Garde Malezair. A La Haye, chez Adrian Moetjens [Daniel Elzevir), i685 (1680?), in-i2. 6 f. 486 pages, et 2 f. mar. bleu, rel. par Courteval.
Exemplaire très grand de marges.
(3) Les OEuvres de Clément Marot, de Cahors. A La Haye, chez Adrian Moetjens, 1700, 2 vol. in-12. mar. bleu, rel. par Padeloup.
Tom. I, 8 f. 5i8 pages; tom. II, le titre, 52i à ySa, et 8 f.
Ce magnifique exemplaire est orné d'un très beau portrait par Harrewyn , qui paroît fait pour l'édition, et qui ne s'y trouve jamais.
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mémoire pouvoit me servir, l'édition de Daniel Elzevir (i), purement et simplement renouvelée des feuillets préliminaires. Ma conviction n'étoit toutefois pas assez formée pour m.'engager dans la chance d'une accfuisition coûteuse , mais le volume dédaigné me fut adjugé à vil prix, et j'eus le plaisir de vérifier, un instant après, la parfaite authenticité d'un Elzevir broché de la plus belle condition , qui ne m'avoit pas même été disputé par un des nombreux connoisseurs présens à cette vacation.
Daniel Elzevir, qui avoit imprimié cet ouvrage en 1680, mourut peu de mois après. Ce livide , publié dans des circonstances si malheureuses, avoit eu sans doute peu de débit. C'est aussi un des plus rares des Elzevirs , comme c'est incontestablement un des plus élégans et des mieux imprimés. Adrian Moetjens crut augmenter la valeur de l'édition, en la donnant pour quatrième j il se contenta pour cela de réimprimer les dix feuillets liminaires (je ne sais pourquoi M. Bérard n'en compte que neuf), en annonçant une quatrième édition au frontispice, et en jetant quelques variantes dans l'avertissement et la préface. Il n'en falloit pas davantage , •quant au texte, pour dissimuler sa supercherie,
(i) La Ville et la République de Venise, par le sieur T. L. E. D. M. S. de Saint-Disdier. A Amsterdam, chez Daniel Elzevir, 1680, in-i2. 10 f. 4i8 pages, et ï5 f. de table ; mar. ronge, ici. par Derome.
car j'ai dit cpie Daniel Elzevir avoit renoncé aux fleurons, sur la fin de sa vie, et on n'en trouve point dans la faille de Venise. Cependant , comme l'indication à^ édition quatrième ne se seroit pas conciliée avec \ errata placé à la suite de la table, et où sont corrigées les fautes de cette troisième édition, Moetjens réimprim.a aussi le carton de deux feuillets signés V, et supprima \ errata, dont il ne s'étoit pas servi , comme on le pense bien , pour une correction impraticable ; de sorte qu'on peut , cet errata à la main , retrouver dans la cpiatrième édition toutes les fautes de la troisième, ce qui constateroit l'identité la plus manifeste , si la comparaison des deux volumes ne suffisoit pas pour la constater au premier coup d'oeil. Moetjens n'a donc de part à ce petit chef-d'oeuvre typographique , que l'application de son fleuron et de sa devise : Amat lihrariœ curam. Le soin de sa librairie ne lui aiu-a pas donné cette fois une grande peine. Cette innocente falsification a du reste l'avantage assez picpiant de fixer le véritable nom de l'auteur, qui est nommé en toutes lettres sm' le titre, le chevalier de Saint-Disdier. M. Brunet regardoit ce nom comme celui de la patrie d'un auteur anonyme , et la manière dont il est énoncé dans la troisième édition rendoit cette supposition probable.
Il est évident, d'après ce que je viens de tlii-e, (juc le fonds du livre intitulé la Ville et la Repu-
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hlique de Venise, fut acheté par Adrian Moetjens, libraire de La Haye ; mais cette notion n'étoit pas suffisante pour établir qu'Adrian Moetjens eût remplacé en nom Daniel EIzevir dans un grand nombre d'éditions du même genre, si nous n'avions trouvé une preuve incontestable à l'appui de cellelà dans le catalogue des livres du fonds de Moetjens, imprimé à la suite des Cérémonies et Coustum.es des Juif s j traduit de l'italien de Léon de Modène , par de Simonville (masque de Richard Simon), à La Haye, chez Adrian Moetjens, 1682, in-12. Ce catalogue comprend en effet, parmi les livres en nombre , les éditions les plus récentes de Daniel EIzevir (i), et je ne doute pas que plusieui^s d'entre
(i) Je citerai ici les principaux volumes Elzeviriens qui, au témoignage de ce catalogue, passèrent dans le fonds de Moetjens, et qui pourroient bien avoir subi la même métamorphose que l'ouvrage de Saint-Disdier. Ce renseignement suffira pour dissiper les doutes des amateurs qui en auroient de pareils en leur possession.
Affaires qui sont aujourd'hui entre les maisons de France et
d'Autriche.
Aimable mère de Jésus.
Alcoran de 3Iahomet.
Art de parler.
Balzac, Lettres choisies.
— Lettres familières à Chapelain.
— Lettres à Conrart.
— « Aristippe, ou de la Cour.
— OEuvres diverses.
— Entretiens.
a8 THÉORIE
elles n'aient été renouvelées comme l'ouvrage de Saint-Disdier, et ne figurent aujourd'hui parmi les titres typographiques de l'heui'eux plagiaire. Ce petit volume a lui-même une physionomie assez
Benjaminis Itinerarium.
Berger fidelle.
Cardinalismo di Roma, 5 vol.
Catéchisme des courtisans.
Coups d'Etat de Naudé.
Don Carlos, nouvelle historique.
Essais de Morale de Nicole, 4 vol.
Heinsius, de Constructione tragica.
Morale pratique des Jésuites.
Odes d'Horace en vers burlescjues.
Odyssée d'Homère.
Oracles divertissans , in-8.
Po-schalius de Legatis.
Putanismo romano.
Rappel des Jésuites en Fi'ance.
Recueil des Pièces pour servir à l'Histoire de Henri III.
Réflexions sur la Miséricorde de Dieu, par madame de la
Yallière.
Relation de la conduite présente de la cour de France. Rhétorique françoise de Barry.
Rome ridicule, par Saint-Amant.
Servilius in Tacitum.
Senault, de l'Usage des Passions.
Traité de la Cour, par de Refuge.
Ville de Venise, par Saint-Disdier.
J'aurois pu en indiquer jJusieurs autres qui me semblent offrir le même caractère d'authenticité, ou pour mieux dire, j'aurois pu tout citer sans hasarder beaucoup , mais je m'en suis tenu aux éditions Elzcviriennes bien constatées cl que j'ai sous les yeux.
DES ÉDITIONS ELZEVIRÏENNES. 29
Elzevirienne , mais je le crois seulement imprimé par Moetjens, avec les caractères des Elzevirs. Quant à \ Alcoran que Daniel avoit déjà imprimé en 1672, il est probable que la réimpression étoit près de paroitre quand il mourut, et que Moetjens n'eut à s'occuper que des liminaires pour la faire passer sous son nom en i685 et i685 , car ces deux éditions n'en font qu'une. 11 doit en être de même de beaucoup d'autres livres, mais j'abandonne cette induction à ceux qui voudront en étendre l'application, et cjui se trouvent des objets de comparaison sous la main. Quant aux caractères de l'imprimerie, il paroit qu'ils éprouvèrent le même sort que le fonds de la librairie, car on ne trouve plus le nom de la veuve Elzevir sur aucun volume après 1 68 1 . Il suffit de remarquer peutêtre qu'à dater de cette époque, Moetjens, encore peu connu, rivalise tout à coup d'élégance avec Wolfgang, jusque vers l'année i6g4, où Schelte succède à ce dernier; avec eux finit la gloire de la typographie Elzevirienne, qui brille encore de tout son éclat dans le Marot de 1700. Le nom des Elzevirs se retrouve cependant depuis sur quelques volumes, mais c'est leur nom seulem^ent, et il n'atteste là que l'extension qu'avoit prise cette famille industrieuse, qui a produit tant d'imprim:eurs qu'elle en a même produit de mauvais.
Ce seroit abuser de la patience du lecteur, que de perdi^e du temps à le prémunir contre le titre
3o THÉORIE
de certains livres très postérieurs aux Elzevirs , et dont les imprimeurs n'ont pas craint d'usurper ce nom si difficile à porter. Telles sont les Satyrœ de Sectanus, imprimées à Naples en 1700, sous la fausse indication d'Amsterdam; tel est aussi cet Aloîsia de Chorier, qui n'auroit jamais dû paroître, et qu'ont reproduit les presses élégantes de Grange. De nos jours, on a copié tous les fleurons des Elzevirs dans de petits volumes assez gi^acieux, qui malheui'eusement sont encore bien loin de disputer aux Elzevirs l'avantage de la correction et de la netteté. Le public ne s'y méprendi^a pas.
Le livre qui m'a fouinii le sujet de cette longue discussion, n'est pas plus mal exécuté (jiie les autres éditions hollandoises de cette époque. Il doit être rare, car je ne l'ai découvert dans aucun catalogue. Son principal mérite est d'ailleurs tout-à-fait relatif; il consistoit, comme je l'ai dit , à ouvrir à peu près la série des éditions Elzeviriennes, qni finit en 1681 , quelques mois après la mort de Daniel, au supplément du Traité de la Nature et de la Grâce de Malebranche (1), qui
(i) Traite, de la Nature et de la Grâce, par M. Malebranche , de l Oratoire. A Amsterdam, chez Daniel Elsevier, 1680, 3 f. et 268 pages. — Esclaircissement, ou la suite du Traite' de la Nature et de la Grâce, par M. Malebranche , de l Oratoire. A Amsterdam., chez la veuve Daniel Elsevier, i68i , 68 pages ; deux parties «11 un vol. in-i'2. 1. r. mar. rouge, rel. par Deseuille.
Superbe exemplaire. IM. Renouarcl cite le Traité de la Nature
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a été si long-temps inconnu des bibliographes, (i)
et de la Grâce , comme un des plus rares volumes francois imprimés par les Elzevirs, mais il ne connoît pas VEsclaircissement, qui est bien plus rare encore , et qui n'a jamais paru dans aucune vente ( 1827).
N. B. Je désigne partout le petit format des Elzevirs comme in-i2, mais il est à remarquer que ces éditions de 1680 , le Malebranche et le Saint-Disdier, sont tirées sur un papier plus gi-and. Un Elze\ir broché des années précédentes a cinq pouces trois ou quatre lignes de hauteur. Ceux-ci auroient plus de six pouces.
(i) M. Motteley, qui a fait sur les Elzevirs des recherches fort curieuses dont nous ne tarderons probablement pas à recueillir le fruit, et qui tombe d'accord avec moi sur presque tous les points que j'ai touchés dans cette discussion , a découvert dans ses voyages, des éditions Elzeviriennes fort postérieures à la mort de Daniel , et même au court exercice de sa veuve , qui portent le nom d'Abraham : j'en donnerai ici le titre, quoique je ne les possède point :
Frid. Spanhemii de corruptis siiidiis oratio , recitata in Acad. Lugd. Batav., etc. Lugduni Batavorum, Abraham Elzevier, Académies tjpographus , 1690, in-4.
Dissertationes theologico-philosophicœ de incestu , etc. , juxta gcrmatiicorum mentem, auctore Henr. Hottengero. Lugdiini Batavorum, Abraham Ehevier, Academiœ tjpographus, 1704, in-4.
Dissertationes theologico-philosophicœ, de constitutionibus juris jurandi, ex R . Mosis Maimonidis , etc., auctore Christ. Dithmaro. Lugduni Batavorum , Abraham Ehevier, Academiœ tjpographus, 1704, in-4.
Le genre de ces trois opuscules, qui sont des discours ou des thèses universitaires, et le titre qu'Abraham Elzevier prend au frontispice, donnent lieu de penser qu'il avoit restreint à des publications très bornées et pui-ement scholaires l'emploi de ces presses jadis si célèbres. On ne reconnoît plus d'ailleurs dans les éditions que je viens d'annoncer, les caractères élégans, la per-