‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèqueChapitre 37 sur 85 · RECTIFIÉES · texte numérisé non relu

RECTIFIÉES

(le Beniiicasa n'est pas flatteuse pour madame la comtesse des Ursins, qui a signé ce Hatc de ses initiales, et qui , dans un feuillet gra^é ajouté à mon exemplaire, s'est même entièrement dévoilée. En voici le contenu : « A Catherine II, impératrice de « TOUTES LES RussiES. J. Wjnuc , comtcssc des (( Ursins et Rosemberg. Sublinii feriam sidéra « vertice. Hor. 22 janvier 1788. » Cette femme distinguée, dont le souvenir n'est pas effacé au nord de l'Italie , devoit être à l'abri d'une pareille supposition. Elle a produit d'autres ouvrages sans le secours du comte de Benincasa, et peut très bien être auteur de celui-ci, qui porte partout le sceau du t-alent et de l'imagination d'une femme.

« Il n'offre rien de bien neuf » , disent les mêmes écrivains , pour lesquels on connoit sur tout autre point ma sincère déférence. Ce livre, qui n'offre rien de bien neuf, est le tableau le plus piquant et le plus vrai des moeurs les plus originales de l'Europe, et j'ose dire qu'il n'existe rien d'aussi complet en aucune langue sur cette matière. (( La suite naturelle des événemens dans une (( famille Morlaque , dit l'auteur, va nous m.ettre « au fait des moeurs et des usages de la nation , (( d'une manière plus sensible que la relation (( froide et métliodicjue d un voyageur. On n'a pas (( cru avoir besoin de recourir au romanesque ou « au merveilleux. Les faits sont Yrais, et les détails «nationaux fidèlement exposés. Moeurs, habi-

(( tudes, préjugés, caractèi'es , circonstances locales, (( tout résultera des événemens et des personnages (( mêmes mis en action. C'est peut-être la plus « agréable façon de donner l'idée juste d'un peuple (( qui pense , parle et agit d'une manière différente « de la nôtre. » Ce peu de lignes contiennent tout le plan de l'ouvrage , et , si je ne m.e trompe , elles donnent une idée satisfaisante de son intérêt, car les Morlaques ont des mœurs aussi tranchées, aussi singulières, aussi pittorescjiies , si l'on peut s'exprimer ainsi , et cependant mille fois m.oins connues que celles de ces peuples sauvages de la mter du Sud, dont l'histoire jette un attrait si vif sur les Voyages de Cook. et de ces Natchezde l'Amérique, dont M. de Chateaubriand nous a si poétiquement retracé les usages. Avant madame de Wynne , personne n'avoit donné à la langue françoise des renseignemens développés sur cette intéressante nation, et l'extrême rareté de son livre n'a pas permis qu'ils devinssent très populaires. Il seroit donc difficile de ne pas les trouver neufs. Jusqu'à elle, on ne connoissoit que l'abbé Fortis cpii se fût occupé avec un peu de détails des habitans de la Dalmatie , et de cette poésie d'institutions et de croyances qui les distingue aujourd'hui entre toutes les races européennes; aussi, dans un temps où l'ouvrage de madame de Wynne ne m'étoit connu que par son titre , je me permis d'en parler, avec toutes les réserves d'une

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