RECTIFIÉES
conjecture modeste, comme de la paraphrase un peu étendue d'un chapitre du Viaggio in Dalmazia, et ma témérité fut aigrement relevée par un savant bibliographe qui voulut bien apprendre à l'univers que ce livre étoit tout bonnement un roman. On vient de voir cpie mon illustre critique s'éloignoit pour le moins autant que moi de la vérité , et madame de Wjnne , qui me paroit avoir toutes les cjualités suffisantes pour décider entre nous deux , semble s'être appliquée à éclaircir cette difficulté en terminant sa préface. (( Les circonstances singulières d'un fait tragique « arrivé parmi des Morlaques à Venise , il y a « quelques années, excitèrent, dit-elle, de l'in- (f térêt et de la cuinosité sur cette nation si peu {( connue. Les informations de plusieurs parmi (( ceux que les emplois publics ou les affaires parce ticulières ont fait demeurer dans cette contrée \ « quelques conversations avec les Esclavons des (( contrées voisines; la lecture du peu d'anciens r< écrivains sur ce sujet; et celle d'un excellent (( moderne, M. l'abbé Fortis, dans son Voyage (f en Dalmatie, ont été les sources où Von a u puisé. » Il est évident d'après cela que je n'étois pas tombé dans une erreur trop grossière : et voilà justement comme on écrit l'histoire et la bibliographie.
11 ne me reste plus à parler que du style des Morlaques , cjue la Biographie dit mal écrits.
192 MÉPRISES BIBLIOGRAPH. RECTIFIÉES.
J'avoue que je ne serois pas étonné qu'une dame étrangère , cpii a bien voulu prendre notre langue poui' interprète de ses pensées, ne se fût pas accjuittée de cette tâche avec la correction et l'élégance d'un écrivain de profession, et cette considération m'aui'oit peut-être assez disposé à l'indulgence poui' que je dissimulasse volontiers une partie des outrages cjne son inexpérience auroit faits à la grammaire, si j'avois été appelé à juger son livre. Je n'aurois donc osé déclarer qu'il étoit mal écrit y qu'après m'étre bien assuré qu'il ne raéritoit réellement aucune pitié. Il s'en faut de beaucoup que les Morlaques justifient une pareille rigueur. Ce livre n'est sans doute pas exempt de cette simplicité souvent un peu triviale , et de cette pompe souvent un peu affectée , qu'il est si difficile d'éviter dans la prose poéticjue, surtout quand on emploie une langue dont on ne possède pas toutes les ressources; mais ces défauts ne sont pas tellement dom^inans, qu'on ne puisse lire l'ouvrage avec beaucoup de plaisir. Les morceaux de poésie esclavonne sont généralement bieu choisis, et le style de la traduction a quelque chose de la naïveté, du nerf et de la couleur de l'original. Il seroit à souhaiter que nous eussions de tous les pays qui peuvent nous intéresser par l'originalité de leurs mœurs, et fournir à nos muses fatiguées de nouvelles inspirations, des tableaux aussi fidèles et aussi agréables; et je pense qu'on seroit moins