‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèqueChapitre 55 sur 85 · DE MILLEVOYE · texte numérisé non relu

DE MILLEVOYE

rable encore , et c'étoit , à la vérité , la seule dont ce brillant esprit se fut jamais avisé , celle de surprendre par des riens cadencés , comme on en rimoit alors, le suffrage routinier d'un auditoire académique , empêchèrent Millevoye de parvenir k tous les succès auxquels il pouvoit prétendre. Aucun homme, peut-être, ne sera moins apprécié par la postérité à la valeur de son véritable talent , parce qu'aucun homme n'a cédé avec une docilité plus passive à l'empire de la routine. C'est la dernière fleur cpie l'ancienne école ait étouffée à son aurore ; mais , pour continuer à me servir de leur langage, il n'y en a point qui se soit développée avec plus de grâce et qui ait promis de plus beaux fruits.

Je n'ai plus besoin, après ce que je viens de dire, d'expliquer ici quel intérêt ma fidèle amitié a pu attacher à ces feuilles fugitives, éparses comme celles de la Sibylle, et dont je ne suis pas même parvenu à former un tout bien complet ; elles ont pour moi l'avantage inexprimable de remettre sous mes yeux les traits d'une main que personne n'a pressée avec plus de tendresse, les travaux d'un esprit toujours incpiiet sur ses ouvrages, et qui ne dédaignoit pas de s'accoster du mien dans les secrets les plus intimes de l'étude; la révélation tout entière , enfin , des opérations d'une pensée active et laborieuse dans l'art difficile d'écrire , et dans l'art plus difficile encore, s'il n'est tout-à-fait impossible, de traduire les poètes.

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