HISTOIRE D'UN LIVRE DE SAINT-JUST
sançon , et livrée à M. Noël, habile relieur de cette \i\\e , cjui finit par la mettre à la raine. J'ai été témoin et presque complice de sa mutilation , sans m'en réserver alors un exemplaire, car j'étois encore loin de l'âge des manies et m^êm^e de celui des passions. Je dois l'exemplaire cjui m.e fomniit ce chapitre, à la bonté de M. Fa jolie, qui ne s'en étoit consei^é que deux. Les Fragmens d'institutions républicaines de Saint -Just sont donc une véritable et insigne rareté , mais cette rareté sera leur moindre mérite aux yeux de la postérité , s'ils parviennent jusqu'à elle. Elle y trouA'^era le témoignage d'une des m^onomanies les plus étranges et les plus contagieuses qui aient jamais tourmenté l'imagination de l'homme, le besoin d'une perfectibilité sociale indéfinie à laquelle on ne pouvoit arriver qu'en brisant tous les élémens qui existoient , et qu'en recomposant un monde nouveau pour essayer une théorie. Dieu sait toutefois si ces extravagances furieuses ne méritent pas plus de pitié que de haine. Entre ces sophistes funestes et tant de sophistes qu'on admire, il n'y a eu qu'une différence : le pouvoir.
Folies étymologiques. Antiquités de rAnjou.
Edom , ou LES Colonies idvméanes , par Pierre le Loyer, Paris, Bi^on, 1620, in-8. , i4 L 249 et i^\ P^g^s, 6 f. de table, 1 f. (V errata; mar. bleu.
Très rare.
Une des grandes infirmités de la raison de rhomme , c'est qu'il n'y a point d'idée tellement absurde qu'on ne puisse l'appuyer par des inductions qui ont une grande apparence de vraisemblance , et qui sont quelquefois prescjiie aussi spécieuses que la vérité elle-même; comme il n'y a point de vérité qu'on ne puisse également altérer par de fausses inductions, et rendre aussi dangereuse dans ses conséquences que le m^ensonge le plus pernicieux. Ainsi, entre un système très admissible et une folie très ridicule, il n'y a quelcpiefois que la place d'un paradoxe. Il seroit très curieux de mettre en présence , dans un tableau synoptique de l'esprit hum.ain , les conquêtes de la pensée de l'homme avec ses aberrations ; je suis persuadé cpi'on seroit surpris du petit nombre de nuances cpii les séparent , et de la facilité avec
laquelle un esprit passablement judicieux et exercé a pu s'éi^arer dans des déviations absurdes, en partant d'une donnée probable. Il ne faut poui' cela qu'une transition mal saisie , qu'un pas mal engagé, qu'une distraction, qu'une méprise. Et qui peut se flatter d'échapper à tant d'inconvéniens presque inévitables dans les travaux de l'esprit ?
Pendant que la plupart des savans de son époque s'efforçoient de lier à l'histoire un peu douteuse de la guerre de Troie la fondation d'un grand uombre de nos villes , et pour ainsi dire les commencemens de notre société, P. le Loyer alloit chercher ces origines dans les livres saints ; et suivant les colonies d'Idumée à travers l'Asie mineui'e et l'Europe , il les retrouvoit dans toutes les antiquités , dans toutes les traditions , dans toutes les et jmologies : il faut le lire , et ce n'est pas un petit efïort , pour se faire une idée des incroyables tortures qu'il a été obligé d'imposer à la langue , dans l'intérêt de quelques résultats équivocjnes , dont il se glorifie toutefois comme d'autant de triomphes. Ce n'est pas seulement, comme le pratiquent les étymologistes vulgaires, dans l'apocope, dans la contraction , dans l'extension , dans la métathèse , qu'il va prendre ses autorités; il ne dédaigne ni l'anagramme la plus bizarre , ni la consonnance la moins sensible , ni la nuance la plus fugitive entre les idées , ni le rapport le moins apparent entre les mots. Ainsi, Ésaû ou Édorai est évidemment le
même qu'Eiidymion ; et tout le monde conviendra que cet Ésaû a donné son nom à l'Isaurie , qu'Esus en descend directement par Ussoïs ou Hercule , et que les chiens Agases ou Agasiens, dont il est parlé dans Oppien, remontent à un chien d'Esaii, dont ils retiennent la dénomination dans la combinaison , assez compliquée depuis , des lettres qui composent la leur. Que dis-je! Ahalibe , femme d'Esaii, n'a-t-elle pas nommé le fleuve de Labinie? et Tancien nom du lac do Benace , qu'on appelle aujourd'hui le lac de Garde , ne rappelle-t-il pas bien distinctement celui de Gaâtham , dont il est si facile de faire Benaca? Mutine ou Modène vient en ligne directe des Madianites , à moins que vous n'aimiez mieux qu'il vienne d'Hamadan , fils de Rishan ; cela est cependant moins prouvé que l'étymoîogie de Spolette , où il est impossible de méconnoître Eliphaz. Si l'auteur a singulièrement forcé ces origines étrangères , on peut juger de ce cpi'il a fait pour celle de la France , de son pays d'Anjou et de son village à'Huillé; celui-ci est d'Ahale ou Ohole d'Ézéchiel , qui est Ada ou Gada , femme d'Esaii et mère d'Éliphaz. Jgnerelles, près à'HidUéy doit être AIN HA ROUEL, OU la foutaiue d'Hercule. Le nom des Her.sonnières vient de celui de Rithan, qui est par anagramme la même chose que N évite ; et celui de la Taharderle, d'Hadar, fils de Madian. La description de l'antre des Nymphes, dans Homère, cadre à merveille avec les îles fjui sont entre
Ignerelles et Chauffour; mais Homère a porté plus loin la ponctualité; il a désigné dans une des inspirations de cette prévision de trois mille ans , qui rappelle Cassandre et la Pythie , jusqu'à le Loyer lui-même. Qui ne le reconnoitroit dans ce vers :
SON A'OTnnTIS EXEI KAAON FEPAS AA' AP' HXHA02,
c'est-à-dire , comme on n'en peut douter,
nETPOi: AnEBios; anae'nkags faaags ïaei'h. Pierre le Loyer, Angevin Gaulois d'Huillé ?
11 est vrai qu'il y a trois lettres dans le vers d'Homère qui n'ont pu trouver place dans son anagramme; mais ces trois lettres numérales A, X, K, désignent clairement l'an 1620, où notre savant Angevin a fait cette curieuse découverte, et qui n'avoit pas été moins pré^ue que le reste par l'auteui' de l' Odyssée. Fiez-vous , après cela , aux étymologistes et aux étymologies !