DE LEIBNITZ
£;erbicrs entre eux par une suite de gerbes séparées de chaque tas , ce qui en hébreu s'appelle sanah , comme la queue des i^nards , et ce que nous appellerions très bien aussi une queue, car il n'y a rien de plus naturel cpie cette figure. Il n'eut plus ensuite qu'à allumer un des gerbiers pour les enflammer tous , expédient infiniment plus facile que celui des renards. Quant à cette expression , chasser les renards , qui se lit en effet dans l'hébreu, elle signifie proverbialement, punir ou tromper les trompeurs , et s'applique par conséquent à merveille à la juste vengeance de Samson. Ce ne seroit point non plus des corbeaux qui auroient apporté , du pain au prophète Élie avec une exactitude si fidèle, sur les bords du torrent de Crit. Il est facile de pourvoir à leur ministère d'une mianière plus naturelle, et sans recourir à un miracle inutile, le torrent de Crit sur les bords duquel Élie s'étoit réfugié , baignant les campagnes qui entoui^ent la ville d'Oreb , Orbo ou Aorabi , dont les habitans portent un nom qui peut se confondre par homophonie avec celui des corbeaux. La grande et terrible énigme de l'Antéchrist, n'embarrasse pas davantage notre scepticpie interprète de l'Ecriture. Le chef et les autres présidens des Juifs , de leur république et de leur église, avec tout le sénat de Jérusalem et tout le peuple hébreu, sont, suivant lui, l'unique Antéchrist dont le Nouveau Testament fasse mention, soit directement, soit indirec-
tement. « Enfin , V Apocalfpse tout entière , dit- « il, décrit uniquement une idée de la haine (( judaïque contre Christ et son Église, et du châ- (( timent très juste qui s'étend jusc[u'à l'entière u ruine de la ville de Jérusalem et de la reipublique (.( (sic) des Juifs; de sorte c[ue l'histoire faite par u Josèphe , touchant la destruction de cette ville et (( de la dispersion du peuple juif, est le meilleur (( commentaire de V Apocalypse. »
Je ne savois sur cette cjnestion que ce que je viens de dire , et c'est là que se seroit bornée ma notice , si certaines études ne m'avoient forcé dernièrement à faire des recherches dans l'excellent catalogue des ouvrages de Leibnitz , qui se trouve à la suite de sa vie par M. de Jaucourt , en tète des Essais de Théodicée (i). Je copierai ici la note extrêmement curieuse que j'y remarquai sous le n° CLI , persuadé cjue tous les lecteurs en auroient tiré la même induction que moi.
« Histoire de Bileam. Brochure de théologie, cjni contient ig pages d'un petit in-12, sans nom. d'auteui' , d'imprimeur, ni du lieu de l'impression, et sans date. Ignorant le temps où elle a paru, je la range ici pour faire la clôture des ouvi-ages qu'a
(i) Essais de Théodicce sur la boute de Dieu, la liberté de l'Homme, et l'origine du mal, par M. Leibnitz. Nouvelle édition, augmentée de l'Histoire de la vie et des ouvrages de l'auteur, par M. le chevalier de Jaucourt. A Amsterdam , chez François Chauguion , 174?; 2 vol. in-8. raar. vert-d'eau, rel. par BradcU
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donnés M. Leibnitz pendant sa vie. 11 s'agit de V Histoire de Balaam (prophète ou devin de la ville de Petlior sur l'Euphrate), rapportée dans Y Ecriture Sainte, au Livre des Nombres, chapitres XXII, XXIII, XXIV, etc. M. Leibnitz l'a intitulée Histoire de Bileam , en lisant le mot hébreu à la façon des Massorètes. Mais la difficulté n'est pas dans la manière de lire le nom de Balaam , cela importe peu; elle consiste dans l'explication de l'histoire même, qui partage tous les commentateurs de \ Écriture, anciens et modernes. On demande si ce cpie raconte Moïse, de Balaam, et principalement de son dialogue avec l'ânesse, est arrivé réellement, et à la lettre, comme le texte semble le marquer, ou si c'est une allégorie, une vision, un songe. M. Leibnitz, sans entrer dans la discussion de ces deux sentimens , embrasse la dernière interprétation , et croit qu'il n'y a rien dans les paroles du texte qui y soit conti aire. ^) {Préliminaires des Essais de Théodicée, édition de 1747, p. 277-278, tome I.)
Rien de plus analogue au travail anonyme du prétendu Von der Hardt, et pour le choix du sujet," et pour l'esprit dans lecpiel il est traité , que cette rare dissertation de Leibnitz ; m^ais rien n'empêchoit toutefois que deux savans, contemporains et compatriotes , eussent écrit dans le même temps , et quoique étrangers, dans la même langue françoise, sur des questions qui se touchent. Il falloit, pour
résoudre ce problème , trouver V Histoire de Bileam; et où chercher ces dix-ueuf pages que le biographe même de Leibnitz avoit à peine aperçues? Qu'on juge de ma satisfaction, quand le hasard fit toraJ^er dans mes mains le volume dont je vais donner le titre.
Histoire de Bileam. Renards de Samson. Mâchoire d'Ane. Corheaus d'Elie. V Antéchrist; petit in-i2, sans nom de lieu ni d'imprimeur, et sans date.
Ces différentes dissertations ne sont donc point de Von der Hardt; elles sont de Leibnitz. ■^\^
\J Histoire de Bileam est ici telle qu'on en a pu juger par l'analyse, mais non certainement de l'édition dont il est parlé dans le Catalogue des Ouvrages de Leibnitz. Elle se compose seulem.ent de six feuillets ou douze pages non chiffrées , dont la pi-emière occupe le verso du titre. Les Renards de Samson occupent i6 pages chiffrées sans com.pter le titre; Mâchoire d'Ane ^ 24, le titre compris; Corheaus d'Elie , le même nombre , et de la même manière; \ Antéchrist , 54, le titre aussi compris. L'auteur n'a point inséré dans ce volume les Quatre Monarchies ^ qui ne sont pas annoncées sur le titre général ; le papier, les caractères , les vignettes , les fleui'ons , les lettres grises , sont parfaitement identiques dans les deux éditions, mais il est très difficile de déterminer quelle est la pi^raière; l'in-S. a de plus la dissertation sur les