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Interprétation des Hiéroglyphes. — Recherches archéologiques et entomologiques sur le Scarabée sacré des Egj'ptiens, ses significations, ses attributs, ses espèces et ses variétés.
Î2POY AirOAAiîNOS ItpoyXuÇtitci. — Ori Apollinis de sacris notis et sculptiiris libri. Parisiis , Ken>er, i55i, in-8., X, 242, et un feuillet pour l'enseigne du libraire, qui représente un terme.
Il n'y a pas beaucoup à dire sur ce petit livre , ([uand on a répété, d'après tous les bibliographes, qu'il est difficile à trouver, et que ses gravui^es en bois sont fort jolies. Aussi n'est-il désigné ici, suivant mon usage, que pour servir de texte ou de prétexte à une discussion que je n'aurai jamais occasion de placer ailleurs.
On a beaucoup parlé depuis quelques années de l'interprétation des hiéroglyphes, et j'entends même assui^er que certains sa vans les lisent assez couramment. Je ne me suis jamais inform.é des moyens dont ils usent pour cela , et je ne sais même s'ils ont publié la clef de cette curieuse découverte; mais s'ils ont attribué aux hiéroglyphes une valeur phonographique, et s'ils ont cru parvenir par eux
INTERPRÉTATION DES HIÉROGLYPHES. 4og à l'iiitellii^ence d'une langue parlée, j'avoue sincèrement c{ue je n'ai rien compris jusqu'ici à la manière dont s'est formée l'écriture. Je m'imagine qu'elle n'a été au premier âge que la peinture de la pensée , comme la première écriture phonographique a été d'abord l'expression du son complexe ou de la syllabe, et cpi'elle s'est simplifiée par la combinaison d'un certain nombre d'images données t[ui se prétoient à la représentation d'un grand nombre de sens , comme l'autre par la figuration d'un certain nomlire de sons simples qui entrent en composition dans une multitude de sons radicaux. Ainsi, les peuples qui vivoient au temps de l'écriture réelle ou de l'idéographie, arrivèrent à l'hiéroglyphe, comme les peuples qui ont flori au temps de l'écriture syllabaire ou de la phonographie radicale, sont arrivés à la lettre. C'est donc, selon moi, une langue de pensées qu'il faut chercher derrière les hiéroglyphes , et non pas une langue explicite. Les témoignages unanimes de l'antiquité la présentent sous ce point de vue , et c'est ce cpii m'a fait penser autrefois qu'il falloit plus de tact et de discernement que d'érudition verbale pour en pénétrer le mystère. Je répète que je ne sais jusqu'à quel point il est dévoilé , et qu'en dernière analyse, je croirai volontiers les décow^reurs sur parole. Il n'y a pas à cela le moindre inconvénient.
La création du Musée Charles X fixa quelque
4io RECHERCHES SUR LE SCARABÉE SACRÉ temps l'attention, il y a trois ou quatre ans, sui* les antiquités égyptiennes. On vit quelcpies riches collections s'étaler comme en concurrence , et personne n'a oublié dans ce nombre celle de M. Caillaud. Je suis un peu honteux d'être obligé de convenir que toute la portée de ma science ne s'élevoit là qu'à la connoissance d'un chétif insecte, et c'est de cet insecte qu'il me reste à parler.
Le scarabée sacré est un des hiéroglyphes les plus multipliés de l'écriture monumentale. Il n'est pas moins abondant comime amulette ou comme m.om^ie, et c'est un fait très natuiel, car il exprime, suivant Orus Apollo, des idées qui, bien que fort imposantes, se reproduisent souvent; la naissance, le père, l'homme, le monde, le soleil, l'immortalité. Le scarabée sacré vaudroit donc la peine d'être reconnu par son nom véritable , et désigné par les caractères propres de son espèce , s'il constituoit une espèce caractérisée. C'est ce que M. Caillaud avoit entrepris , et sa découverte est , je crois , devenue classique en archéologie. Je n'ai certainement aucun intérêt à en contester l'importance, mais on va voir qu'elle se réduit à bien peu de chose.
1°. L'insecte que M. Caillaud a rapporté de Nubie n'étoit pas totalement inconnu des modernes, comme on l'a puljiié, et sa consécration hétérodoxe n'est pas même chose nouvelle. 11 en existoit un exemplaire dans le cabinet d'bert, et
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le rapport frappant de sa stature avec celle de Vateuchus sacer de Fabricius, détermina ce savant méthodiste à lui imposer le surnom de prof anus. y oyez Sfstema Eleutheratorum , tome I, page 56, édition de 1801.
2°. Le passage d'Orus Apollo qui a déterminé l'hypothèse de M. Cailkud sur l'individualité spéciale du vrai scarabée sacré , ne me paroit pas concluant. Le voici dans la traduction de Récpiier : (( Cette espèce rayonnante est ressemblante au <f chat ; elle est consacrée au soleil , tant à cause (f des rayons cpii semblent sortir d'elle , que parce (( que la prunelle du chat, à laquelle elle ressemble, « change avec le cours diurne de cet astre , s'allon- « géant à son lever, devenant ronde vers son m.idi, « et si petite lorscju'il est près de se coucher, cju'elle M se réduit presque à rien. C'est en conséquence (f de tout cela que la statue du soleil dans Hélio-^ K polis, avoit la figure d'un chat. » Or, rien ne ressemble moins h un chat que Xateuchus profanus , et je ne sais ce que le prétendu Orus Apollo entendroit par les rayons qui sortent de lui, car c'est peut-être le plus mat des coléoptères à reflets métalliques. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que le pédant cpii recueilloit avec peu de savoir ces bribes inintelligibles dans quelques manuscrits fort suspects , ne se comprenoit pas lui-même en écrivant cette étrange définition , et cela lui est arrivé fort souvent.
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3". La seconde autorité de M. Caillaud est celle cru'il tire des scarabées amulettes , parmi lesquels il s'en trouve quelques uns de dorés. De là cette conséquence : le scarabée sacré étoit donc doré. Mais il j a des scarabées amulettes , yerts , il y en a de bleus , il y fin a de rouges , il y en a de fauves , il y en a qui n'ont que la couleur naturelle à la terre du potier , et le plus grand nombre d'entre eux n'ont point d'analogues en couleurs parmi les espèces natiuTlles. 11 faut donc renoncer à cet argument, qui ne prouve rien parce (pi'il prouveroit trop. Nos églises regorgent de saints dorés, et personne n'imagine cpie saint Roch ou saint Maclou ait eu la cuisse d'or de Pythagore.
4°. Si M. Caillaud avoit pris la peine de relire cet endroit d'Orus ApoUo, il y auroit vu qu'Orus Apollo lui-même étoit très contraire à la théorie du scarabée sacré individualisé dans une espèce , puisqu'il désignoit trois espèces fort distinctes de scarabées sacrés , ce qui , au point où nous sommes parvenus , feroit perdre à la découverte dont il s'agit les deux tiers de son importance s'il lui en restoit encore. Récpiier observe naïvement là-dessus que Pline reconnoissoit plus de trois espèces de scarabées ; et il est prouvé par les hiéroglyphes , les amulettes et les momies, que les Égyptiens en avoient consacré plus de douze. Nous voilà bien loin du VÉRITABLE scarabée sacré.
La question étoit mal posée. Ce n'est pas une
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couleur que les Égyptiens ont honorée clans la consécration de leur sublime emblème du scarabée; ce sont des faits d'observation qui exprimoient intelligiblement des croyances solennelles. Le scarabée sacré, suivant les Égyptiens, s'engendroit d'un seul être, ce qui est, dans toutes les théories religieuses des peuples, le signe du plus haut degré d'organisation. 11 n'étoit pas porté dans le ventre d'une femelle, et toutes les générations ([ui dévoient procéder de lui résidoient dans une masse qu'il rouloit avec puissance , d'abord de l'orient à l'occident , et puis de l'occident à l'orient, pour lui faire prendre la figure du m^onde ou celle du soleil. Ceci étoit un double emblème de la création , celle de tous les êtres par l'androgyne , et puis celle du globe , destiné à devenir à lui seul l'habitation de tous les êtres produits. On me dispensera de dire que c'étoit là de la mauvaise physique , de la détestable zoologie. Les plus hautes philosophies qui aient éclairé les peuples , se sont appuyées quelquefois sur des systèmes plus absurdes encore.
Le AŒRiTABLE scorobée sacré , ce n'est donc pas une espèce particulière, choisie en raison de sa ressemblance fort éloignée avec des animaux d'un autre genre, ou en raison de sa couleur; ce qui a été sanctifié en lui , c'est une faculté ou un habitus que possèdent en commun beaucoup d'espèces de
44 RECHERCHES SUR LE SCARABÉE SACRÉ scarabées , et qui consiste à enfermer leurs œufs dans une masse de matière stercorale roulée en boule , qu'ils conduisent sans de gi-ands efforts aux endroits les plus propres à favoriser le développement de leurs larves , ou à leur fournir une retraite. Le scarabée sacré , c'est donc, quel qu'il soit, le scarabée orbwoh'C., et les Egyptiens en reconnoissoieut , comme je l'ai dit , une douzaine d'espèces qu'ils ont figui'ées en amulettes ou conservées en momies.
De tous les scarabées orbivolves, il n'y en a point de plus commun dans ces régions transméditerranées que Yateuchus sacer et Vateuchus laticollis de Fabricius , qui ne diffèrent l'un de l'autre que par une particularité très sensible dans les amulettes; c'est que le premier a les élytres lisses , et tout au plus marqués de quelques points rares , tandis que l'autre le5 a régulièrement sillonnés. Ces deux espèces, que l'on voit perpétuellement occupées à rouler dans les sables un globe d'un noir opacjue , ont dû frapper les premières l'attention du peuple , et prêter avant aucune autre , aux prêtres philosophes de ces âges poétiques , le sujet d'un de leurs emblèmes. C'est cette considération qui a déterminé les méthodistes à imposer au premier des deux le nom de sacer ^ non comm.e individualité spéciale et absolue du scarabée sacré, mais comme son type le plus vulgaire. Il n'est pas
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naturel de penser en effet que les Égyptiens soient allés recueillir bien loin d'eux un insecte très rare, pour figurer une idée cpi'il iraportoit de faire tomber sous les sens de tous les hommes, quand ils en avoient l'équivalent multiplié par millions sur les bords de leur fleuve, et sur les grèves de leur raier. Or, Yaieuchus profanus est peut-être l'espèce la plus rare de cette famille. L'exemplaire d'Isert ne venoit pas d'Egypte ; il venoit de la côte de Guinée.
Que si l'on objecte qu'il est naturel au peuple d'honorer et de diviniser les objets en raison de leur rareté, je répondrai que tel n'étoit pas du moins le caractère de la religion égyptienne, où tous les emblèm.es sont figurés sur les êtres les plus fréquens, et d'après les notions les plus répandues. Nos antiquaires n'ont pas été réduits à chercher au fond de la Nubie le type du chien, du chat, de la cigogne, de l'ibis et du crocodile.
Après ces deux espèces , il y en a dix autres , je le répète, qui ont offert le même caractère, ou auxquelles on l'a attribué , et qui figurent parmi les momies et les amulettes. M. Passalaccjna n'avoit qu'un scarabée morme , qui étoit annoncé comme scarabée sacré. C'étoit la femelle du copiais emarginatus , qui est bien une espèce analogue aux ateuches , mais qui ne leur est pas congénère. Les scarabées momies du Musée Charles X que j'ai
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vus jusqu'ici , sont des femelles de copiais emargi-
natus et de copris Junaris.
Les scarabées amulettes ditrèrent entre eux comm.e les scarabées chirographiés des hiéroglyphes, et comme les scarabées momies des tombeaux. Le plus gi-and nombre offre des formes assez précises poiu' cpi'on puisse y reconnoitre distinctem^ent l'espèce, car l'artiste égyptien se piquoit d'exactitude , et ses figui^es l'emportoient quelquefois en précision sur celles des insectes factices si malheureusement inventés en Angleterre ou en Allemagne, à la honte de la science. Il est donc de toute évidence qu'il y avoit autant de scarabées sacrés reconnus en Egypte, (pi'il y a de figures diverses dans les amulettes; car il faudroit supposer, pour établir le contraire, que leurs variétés sont le fruit d'un simple caprice de l'ouvrier, et c'est ce qui est insoutenable, puisque tous les caractères spéciaux ont été soigneusement conservés dans ces fidèles imitations. Il n'y a pas de foible étudiant en entomologie, qui ne puisse reconnoitre dans les scarabées amulettes, outre ceux que j'ai nommés , Yateuchus pillularius , Yateuchus flagellatus j Yateuchus vol<^ens , le geotrupes punctatus , et au moins un onitis. Les traits spécifiques sont si marqués , qu'Orus Apollo en a tiré par hasard une induction fort singulière cjui se trouve juste. « Cette espèce de scarabée, dit-il, en