‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantiqueChapitre 21 sur 39 · IXION · texte numérisé non relu

IXION

Sur une roue infatigable, Qu'emporte un vague tourbillon, Je vois rouler comme le sable Au vent fougueux de l'aquilon, Autour de moi, voûtes brûlantes, Spectres confus, ombres volantes,

(r) Poésies de Jean Polonius. Paris, 1827, in-S. — Empédocle, vision poétique, suivie d'autres poésies. 1829, in-iS.

Hymnes funèbres, chants hideux ... Et toujours la roue inflexible Qui tourne, tourne irrésistible A travers l'abîme orageux 1

Quels oiseaux, en troupes bruyantes, A grands cris la suivent dans l'air ?

Est-ce vous, hydres effrayantes, Chiens terribles de Jupiter ?

J'entends des ailes dans le vide ; Aux rayons de l'orbe rapide.

Je crois voir s'attacher des mains...

Est-ce vous, noires Euménides ?

Venez-vous dans mes flancs livides Plonger vos ongles inhumains ?

Vaines paroles ! à ma vue Tout fuit, tout passe sans repos ; Autour de moi, dans l'étendue, Formes, couleurs, tout est chaos.

De mes cheveux le vent me fouette ; Mon cerveau bat contre ma tête ; Mon cœur bondit ; et tout mon sang, Comme un liquide qu'on secoue, Des pieds au front, suivant la roue, Tour à tour monte et rédescend.

Quel supplice ! Et naguère encore, Enivré du nectar des cieux, Sur les nuages de l'aurore

Je pressais la Reine des dieux.

Nous mêlions tous deux nos haleines ;

Je sentais couler dans mes veines

Le feu divin de son regard ;

Quand soudain sur ma bouche avide

Se brisant, le fantôme vide

N'a laissé qu'un amer brouillard.

Ah ! reste, reste, douce image !

Daigne encore échauffer mon cœur.

Quoi ! tu n'étais qu'un vain nuage, Qu'air glacé, qu'infecte vapeur !

Quoi ! ces yeux, ce regard humide, Ces cheveux flottant dans le vide, Ces traits souffrant de volupté, Ces transports, cette vive étreinte, Tout n'était qu'ironie et feinte D'un spectre en mes bras avorté ?

Illusion ! fatale amie !

Qu'il est divin, ton court sommeil !

Mais sur le sein d'une furie

On se retrouve à son réveil.

Tu nous berces de rêve en rêve,

Ton flot sublime nous enlève

Jusqu'au cintre des cieux ouverts ;

Puis soudain l'onde se retire,

Et nous restons, comme un navire,

Couché nu sur des bancs déserts.

Mais qu'un autre pleure sans gloire

Sur ses rêves évanouis :

Je veux au fond de ma mémoire

En éterniser les débris.

Mon cœur s'attache à leur image

Comme la voile dans l'orage

Au mât parla houle emporté.

Oui, mon bonheur ne fut qu'un songe ;

Mais qu'importe, si le mensonge

Valut pour moi la vérité !

Je fus heureux! moment d'ivresse, De mon sein tu ne peux sortir.

Je fus heureux! dieu ni déesse Ne sauraient plus t'anéantir!

Que Jupiter sur toi s'attache!

Que sa main du passé t'arrache!.... Du passé, rebelle à sa loi, Feuille éternelle, ineffaçable, Ton souvenir impérissable Est à moi, pour jamais à moi.

En vain, des sombres Euménides

Le fouet sanglant brise mes os;

En vain cent flammes homicide

Autour de moi roulent leurs flots;

De tes baisers, céleste amante,

La volupté toujours vivante

Se mêle encor dans mes tourments Au son des fouets, au bruit des ailes, Au feu cuisant des étincelles Que sur ma chair chassent les vents.

Tu croyais donc sur cette roue.

Tyran des cieux et des enfers, En enchaînant un corps de boue Charger l'âme des mêmes fers?

Elle se rit de ta puissance, Cette âme altière; elle s'élance Jusqu'au pied de ton trône d'or.

Elle vole, à ta main jalouse Arrachant ta divine épouse, Sous tes yeux l'embrasser encor.

Oui, dans ces gouffres de misère

Où ton pied m'a précipité,

Je jouis plus de ma chimère,

Que toi de la réalité.

Seul possesseur de ta déesse,

En ses bras la langueur t'oppresse;

Et, roi suprême, être éternel,

En vain tu cherches dans ton âme

Une étincelle de la flamme

Qui dévora l'humble mortel.

Ahl toi-même, ô dieu trop sévère, En mon sein pourquoi Rallumer,

Cette flamme que sur la terre Rien d'humain ne pouvait calmer?

A mon regard pourquoi toi-même Offris-tu la beauté suprême Dont l'Olympe admire Ls traits ?

Si Junon m'était défendue.

Fallait-il à ma faible vue Révéler ses nobles attraits ?

Ris, triomphe, insulte à mes peines !

Ce captif courbé sous ta loi, Ce ver écrasé sous tes chaînes Eut un cœur plus noble que toi.

Dévoré d'une ardeur grossière, Tu viens sans cesse sur la terre Chercher la basse volupté :

Et moi, faible enfant de la poudre J'ai volé, jusque sous ta foudre, Ravir l'immortelle beauté !

Le recueil de i832 s'ouvre par la pièce d'introduction des Feuilles d'Automne (ce siècle avait deux ans...). Les noms nouveaux s'y produisent: Théophile Gautier, Gérard, Petrus Borel, Léon Gozlan. La pièce de Petrus Borel, intitulée Heur et Malheur, n'est qu'un extrait du Barde, déjà inséré dans les Rhapsodies. Théophile Gautier a donné la Demoiselle ; Gérard, la pièce, tant de fois réimprimée, Sur un air ancien:

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Webre...

Il faut citer pour leur rareté une charmante pièce d'Ernest Fouinet, la Magie de la voix, et une jolie romance de Régnier-Destourbet :

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