II
de douleur et d'amour, les uns disent pour leDauphin? les autres pour Louis XIV lui-même.
Avant de quitter cet écrivain aimable, gentil, fin, ingénieux et dont les mérites ont été trop vite outragés par un oublie injuste, je veux citer, pour l'intérêt des dates et des idées, quelques passages de la préface de son second roman, le Bal sons Louis-Philippe.
« Un livre et une romance s'achètent aujourd'hui, non pour le texte, mais pour les vignettes; et M. Dumont qui ne veut pas me faire faire de vignettes ! Mon livre ne se vendra pas. Ah.'monpauvreami Delangle,oùêtes-vous avec votre Tony Johannot qui dessinait si bien les folies du Roi de Bohème'. Mon cher Delangle, vous qui m'avez si bien imprimé ma Louisa, qui eûtes l'esprit d'y ajouter le dessin d'une jolie femme, grâces vous soient rendues, à vous et à Tony Johannot... » — « Vous avez pris la peine d'écrire une œuvre touchante et vraie,le public ne vous en tiendra nul compte; il s'en moquera, ou, ce qui est pis encore, il n'y donnera aucune attention. Maisqu'un beau matin vous vous avisiez d'écrire : « Bonjour, monsieur; comment vous portez-vous? Avezvous bien passé la nuit? » Ah ! le beau roman, criera t-on, que cela est touchant ! Jean-Jacques Rousseau et Chateaubriand n'ont rien de pareil. Et les femmes pleureront... — Moi qui ne mérite pas la justice de la postérité, et qui n'attends pas celle de mes contemporains, je n'écris que pour M. Dumont, l'honorable M. Dumont qui paye bien et comptant, qui change contre de l'or à l'effigie de la République, de l'empereur ou du Roi les
— ir9 — chiffons de papier que mon père jetait au Lu quand j'étais à Dijon, et dont aujourd'hui ma cuisinière ne voudrait pas pour envelopper le manche d'un gigot. Si M. Dumont me dit que j'ai de l'esprit, que m'importe ce que diront les gens auxquels je n'ai pas affaire? C'estlui qui m'importe, et après lui mon caprice; c'est lui qui m'inspire, c'est à lui que je veux plaire ! On m'accusera d'avoir fait un livre avec les cinquante-six journaux de la capitale? M. Dumont l'a permis; d'avoir pris l'impudence pour franchise et gaieté? M. Dumont l'a permis; d'avoir traité l'histoire par-dessous jambe? M. Dumont l'a permis! »
Régnier-Destourbet avait encore publié dans la Revue de Paris (t. XXX, 1801 une nouvelle, Sophie, petite anecdote vertueuse de huit pages, qui est comme une contre-partie de Manon Lescaut ; et dans la même année , une histoire de la loterie en deux articles (t. XXX et XXXI).
Son drame de Charlotte Cordajy, joué après la révolution de juillet au Théâtre-Français, obtint un succès honorable. C'est l'événement vu par le côté domestique et intime. Mais le ton en paraîtrait aujourd'hui un peu pâle et, pour tout dire, quelque peu enfantin. Il y aurait aussi plus d'un compte à demander à l'auteur pour les libertés qu'il a prises avec l'histoire. Maratet son temps son actuellement trop bien connus pour qu'on s'accommodât de ses amours avec une marquise. On trouve un compte rendu de cette représentation dans la Revue de Paris, 1 83 1, t. XXVI, p. 72. — La pièce imprimée a
paru chez Dumont et Barba, in-8, de 86 pages, avec une paire de ciseaux en fleuron.
R. Destourbet a donnné au tome VI des Cent et un les Demoiselles à marier, — une boutade de célibataire endurci. M. Jules Janin a une fois encore manifesté son amitié pour lui, en lui consacrant quelques lignes dans la Nécrologie des cent et un, au tome XIVe de la collection.