PHILOTHÉE O'NEDDY
Feu et Flamme, par Philothée O'Neddy; Paris, librairie orientale de Dondey-Dupré, i833, in-8 ; imprimerie de Prosper Dondey-Dupré, rue Saint-Louis, au Marais (i)
Frontispice eau-forte de C. Nanteuil : — groupes de femmes et d'anges, reliés entre eux par des arabesques encadrant un cartouche estompé sur lequel le titre est inscrit. Signé: Célestin Nanteuil, i833. —'Dix Nuits et six Fragments en vers, précédés d'une préface en prose. Les épigraphes sont tirées des œuvres de Pétrus Borel, Théophile Gautier, Alphonse Brot, Victor Escousse, et principalement des œuvres inédites de Théophile Dondey.
Pour paraître dans le courant de l'année prochaine :
— Entre chien et loup, roman, i vol. in-8.
— La Lame et le Fourreau, roman poétique, in-8. Ce livre, où l'on consomme considérablement de
(i) Tiré à trois cents exemplaires.
punch et d'opium, est un des plus rares de la série romantique. La signature, Philothée O'Neddy, est l'anagramme de Théophile Dondey, nom qui se trouve au bas de quelques-unes des épigraphes du volume. Théophile Dondey était le neveu ou le cousin de Prosper Dondey-Dupré, l'imprimeur de l'ouvrage, et qui fit les choses en parent, car l'exécution matérielle est d'une beauté remarquable : le frontispice de C. Nanteuil est un des meilleurs et des plus heureux de cet artiste.
L'auteur de Feu et Flamme appartient au romantisme bousingot. Pétrus Borel, le chef de l'école, le nomme parmi les membres de sa camaraderie, Alphonse Brot Auguste Mac-Keat, Napoléon Thomas, Vigneron, Joseph Bouchardy [graveur au cœur de salpêtre), Théophile Gautier, Gérard, etc., etc. Les Mosaïques, par Philothée O'Neddy, sont annoncées sur la couverture de la première édition des Rhapsodie?, (Levavasseur, i832), Seulement, Philothée (il avait dû inverser ainsi son nom pour se distinguer de Théophile Gautier), qui n'était qu'un enfant de cœur dans la synagogue, outre naturellement les allures et le langage des grands rabbins. Son livre est précieux, comme une caricature, par l'exagération.
A quiconque voudrait aujourd'hui se renseigner sur l'idéal de la jeunesse française en l'an de grâce de i833, savoir ce qu'on prétendait être en ce temps-là, au prix de quels excès sans limite on était résolu à fuir la platitude et le commun, il suffirait de lire lapremière pièce
— i38 - Pandœmonium (première Nuit), et de prendre là, sur le fait, les aspirations des jeunes hommes au front capace, au teint mat, au sang léonin, qui festoient dans le sombre atelier de Jehan le statuaire.
— Que veulent-ils, ces incendiaires et ces forbans? A qui s'adresse la menace de leurs bras musculeux et de leurs poings toujours fermés ? Ils hurler.*, ils tempêtent, ils sacrent, ils blasphèment; les poètes vocifèrent, les peintres écument, les architectes lèvent le pic, les sculpteurs brandissent le marteau. On croirait assister à une séance du tribunal du Saint-Vehmé, conspirant la mort des rois et la ruine de l'État; et, à les entendre fulminer contre le mensonge social, contre l'impureté du mariage, et organiser la croisade contre les institutions civiles et politiques, quelque révolutionnaire de nos jours serait peut-être tenté de les prendre pour les précurseurs du socialisme.
Mais il faut y prendre garde, Pétrus Borel et ses amis auraient eu horreur d'une organisation sociale basée sur le travail manuel, et que ne dominerait point le culte de la poésie et des arts. La société qu'ils voulaient démolir, c'était la société boutiquière et maltôtière, non pas même la bourgeoisie, mais le bourgeoisisme, l'autocratie des chiffreurs, pour employer un mot qui revient souvent dans les vers de notre O'Neddy. Au vrai, la forme du gouvernement leur importait médiocrement, et quant à l'économie politique, c'était bien vraiment le cadet de leurs soucis. Le catéchisme bousingot, tel qu'il est ex-
posé dans la préface de Philothée, n'est pas bien rigoureusement défini ; mais le dogme fondamental s'en dégage çà et là dans ses vers assez formellement pour ne laisser aucun doute, tantôt par des vœux délirants, comme dans cette strophe:
Amour, enthousiasme, étude, poésie !
C'est là qu'en votre extase, océan d'ambroisie.
Se noîraient nos âmes de feu!
C'est là que je saurais, fort d'un génie étrange, Dans la création d'un bonheur sans mélange,