‹ Melchior Grimm, Thomme de lettres, le factotum--le diplomate, avec un appendice sur la correspondance secrète de MétraChapitre 15 sur 18 · MEL€H10R GRIMM · texte numérisé non relu

MEL€H10R GRIMM

diète de Francfort et le premier coup d'œil jeté sur le vaste monde. A vingt-cinq ans, le coup de lêle : Grimm part pour Paris. Il y entre d'emblée et comme parmi ses pairs dans la plus brillante société intellectuelle; cet étranger arrivé d'hier fait tous les éclats, remporte tous les succès à la fois : la brochure qui est un événement, le duel chevaleresque, la maîtresse disputée et conquise. Peu à peu, cependant, après ces effervescences de jeunesse, la raison et le travail s'emparent de sa vie. La Correspondance liUérairey qui assurera plus tard une place à Grimm dans notre littérature, rend son nom familier à la moitié des cours de l'Europe, tandis qu'une Uaison, désormais consacrée par la fidélité, lui prête quelque chose du bonheur domestique. Mais le propre des ambitions est de s'élever à mesure qu'elles sont satisfaites et de se déplacer en s'élevanl. Grimm, qui se sent la vocation des affaires publiques, proGle des relations que lui a créées la Correspondance pour s'introduire personnellement dans les cours; il s'y fait connaître et apprécier par des voyages répétés, devient le factotum et le confident des princesses. Le fils du pasteur de Ratisbonne avait fini par être une sorte de diplomate ofGcieux et de cliargé d'affaires cosmopolite ; il avait visité toutes les capitales de l'Europe; il avait assisté à l'élection et au couronnement de trois empereurs d'Allemagne;- il était

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minislre plénipolentiaire, avait él6 baronisé, porlail un ordre sur sa poitrine; il avait ses entrées -à Versailles, était reçu avec disiioctioD par Frédéric et jouissait près de Catherine d'une Faveur extraordinaire. GrimiD, enGn, possédait maintenant plus que l'aisance, la fortune, et ayant su se refaire un intérieur après la mort de madame d'Ëptnay, il pouvait déji^ se voir coulant tranquillement ses dernières années dans la retraite rurale du château de Varennes.

C'est sur ces entrefaites que deux catastrophes, coup sur coup, jetèrent bas l'édiûce de bonheur que Grimm avait mis quarante ans à élever. La Révolution le chassa de Paris, sa patrie d'élection, et le dépouilla de tout ce qu'il possédait. Une chose lui restait néanmoins dans ce désastre, Catherine et les bienfaits de Catherine, des générosités qui le mettaient au-dessus du besoin cl un intérêt qui le rattachait à la vie. Mais non, un second coup, encore plus fatal que le premier, lui enlève subitement sa protectrice. Alors, et pendant les dix années qu'il lui reste à vivre, l'infortuné vide jusqu'à la dernière lie la coupe de l'adversité. Il a conservé sa pension, mais le toit qui l'abrite, les meubles dont il se sert, la vaisselle dans laquelle il mange, lui sont prêtés. Les infirmités vont naturellement en s'aggravant. sa vue afTaibhe ne lui permet plus d'écrire et ses

doigls ankylosés ne peuvent plus se promener sur le clavier. L'ennui de la petite ville le consume. Enûn, et pour surcroît d'amertume, la Révolution triomphe. L'ordre de choses que Grimm avait connu et goûté, après s'être écroulé dans les convulsions du jacobinisme, achève de disparaître sous répée de Napoléon, et quand l'octogénaire sort de la léthargie de ses derniers jours c*est pour entendre tonner le canon d'Âusterlitz ou d'Iéna, ou pour apprendre la paix de Tilsitt. Véritablement, la mesure était comble et la tragédie de cette existence consommée.

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