‹ Melchior Grimm, Thomme de lettres, le factotum--le diplomate, avec un appendice sur la correspondance secrète de MétraChapitre 16 sur 18 · AU MELCHIOR GRIMM · texte numérisé non relu

AU MELCHIOR GRIMM

Madame de Bueil c s'est enfin hasardée à rentrer dans le gouffre >, c'est-à-dire qu'elle est revenue à Paris, le il janvier. Elle va à la cour (Lettres à Catherine, p. 397).

Grimro, en mai, était à Paris avec l'intention d'alJer passer trois semaines à Bourbonne, puis d'aller de là à Francfort, et, à la fin de juillet, à Aix-la-Chapelle pour les eaui (Corr. litt.f I, 30. Lettres à Catherine, p. 425).

En effet, nous le trouvons en juillet à Francfort {Lettres de Catherine, p. 552), et en septembre à Coblence, près des princes {Ibid., p. 563).

Il revient en octobre à Paris pour faire sortir de France les lettres de Catherine (Corr, litt.y t. !•% p. 30).

Le comte de Bueil quitte la France vers la fin de Tannée (Corr, litt.y t. !•% p. iO).

Au mois de mai 1791 (Lettres à Catherine, p. 455) Grimm écrit : c Sa Majesté Impériale est suppliée de lire avec beaucoup de recueillement le chapitre n* 261 des Actes des Apôtres. Elle verra à quelles tribulations son souffre-douleur se trouve exposé à propos de bottes. > Ce numéro du journal de Peltier renfermait le texte de la circulaire de Montmonn aux ministres de France à l'étranger, du 23 avril 1791, et la réfutait sous la forme d'une prétendue lettre de Grimm à Catherine. Il dut être particulièrement désagréable à Grimm de voir son nom et ses relations avec l'impératrice recevoir ce genre compromettant de publicité.

Dans le n® 280 du même journal, sous le titre Vlntrigue du cabinet, il est question d'un plan de conduite pour le roi, c ouvrage de quelques Français et d*un étranger fameux par ses talents politiques >. Ne serait-ce pas de Grimm qu'il s'agit?

MELCHIOR GRIMM. 4fô

Entrevue de Grimni avec madame Elisabeth et relatioDS indirectes avec la reine {Corr. litt.^ l. 1", p. 32).

Catherine, au commencement de cette année, accorde à Grimm 6,000 roubles pour ses protégés {(bid,, p. iO).

En février, Grimm quitte définitivement la France et se rend d'abord à Bruxelles {Ibid,, p. 30, 32). État de sa fortune à cette époque {Ibid. y p. 44).

Au printemps, il va à Carlsbad, et de là à Francfort, où il assiste au couronnement de l'empereur François II (le 14 juillet). De là il rejoint à Âix-la-Chapelle madame de Bueil et ses enfants {Ibid., p. 40. Lettres de Catherine, p. 577. Reichârd, Selbstbiogr., p. 272).

Désastre de rarniéc de la coalition. Goethe rencontre Grimm et madame de Bueil à Dusseldorf, entraînés dans le mouvement de retraite (Gœthe, Campagne in Frahkreich, dans les Werke^ édit. de 1840, t. XXV, p. 164).

Sur la violation du domicile de Grimm après son émigration, et Fhistoire de sa fidèle domestique, Antoinette Marchais, voyez Lettres à Catherine, page 636 et suivantes. Sur l'inventaire des livres et objets d'art saisis chez c Grimm et de Bueil émigrés >, et sur les papiers provenant du séquestre, voyez Correspondance littéraire, t. I",p.43, n.t.XVI,p.542etsuiv.

Sur la lettre de Volney à Grimm et la réponse fabriquée sous le nom de Grimm, dans un pamphlet de 1792, voy. Barbier, Examen critique et complément des dictionnaires historiques, p. 492, et Tourneux, t. XVI, p. 262.

On trouve, dans la correspondance de George Forster {Sàmmtliche Schriften, Leipzig, 1843, t. Vill, p. 211), une lettre de Grimm à Reichard (An den Kriegsrath Reichard). Elle est datée de Francfort, 7 août 1792, et a trait à.

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la publication d*un grand ouvrage avec planches, pour lequel Forster voulait obtenir le secours de Catherine. Il demandait une gratification de deux à trois cents louis, pour vivre pendant le temps que prendrait sa publication, et de plus le prix des planches (il s'agissait de dessins da plantes). Grimm consent à se charger de la commission, mais il veut savoir exactement ce que demande Forster et ce que coûteront les planches, et il déclare qu'il ne paiera les dessins qu'à mesure qu'ils seront livrés, c Je ne puis, dit-il, renoncer au vœu so-^ lennel que j'ai fait, il y a^ nombre d'années, de ne jamais rien payer d'avance. Un homme du mérite et de la réputation de M. F. ne peut être blessé par ce vœu, et n'y doit voir qu'un homme qui a sans cesse été attrapé par les artistes qu'il a cherché à obliger. » M. Uhde, l'éditeur de l'autobiographie de Reichard, suppose que cette lettre se rapporte à un projet de Dictionnaire agronomique, qu'avait entrepris Reichard luimême, et auquel Grimm avait, en effet, intéressé Catherine. Il faudrait, dans ce cas-là, admettre que M. F. signiûe mylord Findlater(Voy. Selhsthiographie^ p. 252); mais la supposition de M. Uhde me parait exclue, soit par le contenu même de la lettre de Grimm, qui s'adresse à Reichard comme à on simple intermédiaire, soit par le fait que la lettre s'est trouvée dans les papiers de Forster.

Les lettres de Grimm à Catherine de cette année (aoûtdécembre) sont datées de Gotha, où Grimm réside dorénavant. Sur son dénûmont et sa demeure dans cette ville, voyez Lettres à Catherine, page 790.

M. Grot, dans la préface des Lettres de Catherine à Grimm, avance que l'impératrice avait confié à son correspondant le poste de ministre de Russie dans les États de la basse Saxe,

M£LCUIOtt GRIHM. UT

uvec résidence â Goilia. Ce doit èitt une erreur ', je oe trouve nulle pari trace de cette nomination.

Les auteurs de la Jeunesse de madame d'Épinay m'ont écril : f En classant certains documents fonrnis par la Taraille d'Épiiiay, nous avons retrouvé quelt|ucs lettres relatives à l'organisation, par l'impéralncc Callierine, d'un service régulier de secours pour les émigrés. Grimm était chargé de la dislribulion Je ces secours en Allemagne, et continua de remplir ce iitinislère marne apris la mort de CalUerino, cet événement n'iiynnt pas mis Dn aux lib<!ralilés delà cour de Russie. Cette caisse de fîmi^rafion fonctionna jusqu'en 1805 >. Voyez sur les secours de Callierine aux émigrés les Lettres de Grimm à elle, p. 705, 711, 759, et sur les occupations accablantes que lui causaient les demandes de l'émigration, Ibid., p. 771, 775, 812 el 813.

La correspondance de Grimm et de Catherine renferme peu d'allusions à la mésintelligence croissante qui régnait entre la tsarine et son ÛU. C'était un sujet délicat sur lequel la souveraine n'avait garde de s'appesantir. Il lui échappe pourtant des accès de mauvaise humeur, ;d'em porte meut même. Paul et son épouse sont alors designés par le nom de Secondai, appliqué quelquefois aussi, par une allusion dtQcrcnle, i divers souverains dits deuxièmes du nom, Frédéric II, Joseph II et François II. Hais c'est bien du grand-duc béri< lier qu'il s'agit dans une lettre de l'impératrice de novembre, 1787. » Depuis trois fois vingt-quatre heures, écrit-elle, je suis étrangement assaillie. Je reçois deux ou trois lettres par jour de M. et Mme de Secondât, qui i toute force veulent aller à l'armée. A lui je lui permets, mais à elle, comment y consenIir?Cela est impossible, el la bonne dame a une léte inflexible à la raison, et très incommode A dire vrai... Ma cependant il faudra bien qu'elle se range à la raison. > Une autre lettre de Catherine, qui parait avoir été égarée ou supprimée, exprimait, en 1793, des griefs bien autrement sérieux.

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La réponse de Grimm nous permet de conclure que sa correspondante, après avoir vanté le bonheur de son petit-fils Alexandre, récemment marié, avait fait le tableau le plus fâcheux de la conduite du tsarowitz envers sa femme, c Qui pouvait s'attendre à y voir figurer (dans la lettre de l'impératrice) M. de Secondât d'une manière si sinistre? Quanta moi, j'en étais à mille lieues. Qui pouvait s'imaginer de trouver l'enfer avec toutes ses fureurs à côté de ce paradis, si divinement esquissé en trois ou quatre coups de pinceau ? Que je plains l'illustre victime tombée du comble du bonheur dans l'abtme du malheur, sans que je puisse lui supposer Tombre d'un tort ! Mais si Tenfer la persécute» il n'a pu l'arracher au bonheur, puisqu'elle respire près de Tinmiortelle et nécessairement sous son égide > (Lettres à Catherine ^p.A99)»

Au commencement de cette année, Catherine envoie à Grimm 20,000 roubles c pour faire aller la marmite > (Corr. litt; t. P% p. 48). État de ses affaires à cette époque (Ibid.).

Au printemps de cette année, raconte Reichard (Selbstbiih' graphie,]^, 388),lorsque les Autrichiens étaient devant Landrecy et qu'on se réjouissait déjà du succès de l'entreprise, Grimm secouait la tète : c Ce sont toujours les mêmes honunes ^ui sont à la tète, disait- il, et avec les mêmes préjugés. Le vieil ordre de choses est vermoulu, et ils travaillent à achever de le ruiner. Avec ces gcns-là, l'expérience d'aujourd'hui est perdue pour le lendemain. »

Notable prophétie de Catherine, dans une lettre à Grimm du 10 février : c Si la France sort de ceci, elle aura plus de vigueur que jamais; elle sera obéissante et douce comme un agneau; mais il lui faut un homme supérieur, habile, courageux, au-dessus de ses contemporains et peut-être du siècle

même. Est-il né, ne Test-U pas, viendra-t-il?Tout dépend de cela > (Lettres de Catherine, p. 592).

M. Charavay a mis en vente, le 10 mai i8S6, une collection d'autographes, dans laquelle figurent une cinquantaine do lettres de Grimm au comte de Findlater. Ces lettres ont été achetées, nous dit-on, par M. Alfred Morrison, de Londres, et font aujourd'hui partie de la riche collection de cet amateur; mais le catalogue de la vente a donné une analyse des pièces principales et nous permet d'en apprécier l'intérêt. Les premières sont de i79.i, et traitent de l'entrée des Russes en Pologne et de la paix que la Hollande se préparait à signer avec la France. En 1705, le désastre de Quiberon, qui, écrit Grimm, c m'a donné le coup de grâce >, les progrès de Pichegru et la paix de fiâle. Grimm se félicite des nouvelles résolutions du ministère anglais, mais non sans exprimer son indignation contre Pitt. c S'il avait exercé sa place sous le ministère de feu son père, il y a beau temps que celui-ci lui aurait fait faire son procès et qu'il n'aurait plus sa tête. Voilà l'homme qui vous manque et à nous aussi. Si nous l'avions eu, il se serait arrangé avec Catherine dès le commencement; ils auraient fait marcher tout le monde; jamais l'anarchie française n'aurait menacé la paix de l'Europe. > En 1796, et déjà dans les lettres précédentes, quelques détails relatifs à l'émigration ; Grimm a mis le cotnte d'Avaray et Louis XVIII en relation avec Romanzof. Les dernières lettres sont de 1800; on y voit paraître le nom de Bonaparte. Grimm voudrait mourir à Gotha, mais il craint que les armées françaises ne l'en chassent, c Toute l'Europe a pris un ton lugubre et sinistre. > Il oublie son ancienne admiration pour Souvarof, dont il compare les prétendues victoires avec Marengo et llolienlinden ; il est c allé, dit-il, faire pénitence de sa honteuse campagne dans l'autre monde >.

Le même catalogue annonçait la vente d'une collection de lettres de Nicolas Romanzof, l'ami do Grimm, au comte Find-

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later. Parmi ces lettres, il en est une datée de Pétersbourg, 31 janvier 1797. d'après laquelle rimpératrice, femme de Paul I^*, était opposée au voyage de Grimm en Russie , persuadée, disait-elle, que le plus grand malheur de récrivain était € de s'ennuyer et de ne pouvoir soutenir la vie hors de France >.

Grimm est toijgours à Gotha avec madame de.Bueil et ses filles. Au mois d'avril, voyage à Dresde {Lettres à Catherine^ p. 586, 597) ; en septembre, à Gobourg {Ibid.t p- 6t9).

Antoinette Marchais, la fidèle servante de Grimm, le rejoint (Corr. litt, 1. 1*% p. 51).

Grimm prend le parti de léguer sa famille à Catherine {Ibid., p. 49). Elle lui envoie 10,000 roubles {Ibid., p. 50).

Sa qualité d'étranger ayant été reconnue, le séquestre sur sa fortune est levé en France. Liquidation ; les manchettes de dentelle 1 (Corr. litt., 1. 1*% p. U, 53. Lettres de Grimm à Catherine, p. 708, 728 et suiv. — Gœthe, dans les Annalen^ sous l'année 1801). Cette histoire des manchettes avait frappé le poète. Voy. ses Conversations avec Eckermann, traduct. de Délerot, t. II, p. 178).

Grimm donne çà et là à Catherine, en ces années 1795 et 1796, quelques aperçus de la vie qu'il menait à Gotha, c En venant ici, je me suis fait la règle invariable de m'enierrer tout vivant dans le taudis consacré au culte perpétuel de l'immortelle, et le duc a assez d'amitié pour moi pour ne s*aUendre de ma part qu'à des apparitions très rares et qui dépendent entièrement de moi » (Lettres à Catherine, p. 656). Oans certaines occasions, lors de la présence à Gotha de quelque prince qu'il a connu, c je ne puis me dispenser de rompre la clôture de mon ermitage et de dîner à la cour > (p. 707. Cf. 672). 11

risque, en restant à Gotha, c de crever d'ennui et de désespoir » (p. 734).

Catherine établit la c caisse des émigrés >, en avril 1795, avec 10,000 roubles (Lettres à Catherine, p. 771).

Au commencement de cette année, Grimm fait à Catherine un long exposé de sa condition, et sollicite la permission d'aller lui présenter sa famille à Pétersbourg, pour aller ensuite s'établir à Vienne, ou dans quelque ville de l'État de Venise ou du Milanais {Lettres à Catherine, p. 687 et suiv.).

Il pense même à aller en Amérique {Ibid., 756).

Grimm, au mois de mars, est c grièvement malade d'une

fièvre catarrhale suffbcatoire > {Corr. litt., t. P% p. 55. Lettres de Catherine, p. 673 et 676. Lettres à Catherine, p. 701).

Au mois de juillet, Kleber prend Francfort et se trouve h douze lieues de Gotha. Il faut emballer et se tenir prêt pour la fuite. On se rassure sur les succès de l'archiduc Charles, mais Grimm redoutant d'être obligé de quitter Gotha, presse Catherine de lui permettre de se réfugier en Russie. Elle l'en détourne. {Corr. litt,, t. !•', p. 55-58. Lettres de Catherine p. 673, 680,682, 684).

c Nos haillons et notre misère > (Corr. litt., 1. 1*% p. 57). Don de 20,000 roubles de Catherine {Ibid., p. 56).

Le 24 août, Catherine nomme Grimm ministre de Russie à Hambourg {Lettres de Catherine, p. 689. Corr. litt., i. l", p. 60. Lettres de Grimm à Catherine, p. 794). Décrivant sa situation à Gotha à ce moment : c Je n'ai ni une chaise, écrit-il à l'impératrice, ni une assiette, ni un couvert, ni une serviette. Ici le duc m'a prêté meubles, batterie de cuisine, vaisselle, linge de ménage, et son frère m'a logé dans sa maison en ville qu'il n'occupait pas > {Lettres à Catherine, p. 799).

Louis XVIII, au mois d'août, se sert de l'intermédiaire de Grimm pour faire parvenir une lettre à Catherine, et lui fait communiquer les demandes qu'il adressait à l'impératrice en le priant de les appuyer près de celle-ci {Lettres à Catherine, p. 766 et 790).

Le 17 novembre, mort de Catherine.

L'impératrice, dit Reichard, consultait Grimm par lettres sur toutes les affaires importantes ; aussi des courriers russes lui apportaient-ils souvent des dépêches, et attendaient-ils sa réponse, quelquefois pendant des semaines. L'un de ces courriers, un officier de la garde, ayant appris en route, lorsqu'il retournait à Pétersbourg, la mort subite de Catherine, revint de lui-même à Gotha pour voir si Grimm n'avait rien à change r à ses dépêches {SelbstàiographiCy p. 387).

L'empereur Paul s'empressa de confirmer la nomination de Grimm à Hambourg (Corr. litt., t. 1«% p. 59 et 63).

Grimm, lorsque Catherine mourut, n'avait pas encore quitté Gotha pour se rendre à son poste de Hambourg, c .\yant reçu la fatale nouvelle, nous dit M. Grot, il adressa le 5 (16) décembre 1796, une lettre à Tempereur, dans laquelle, après avoir peint sa douleur profonde, il lui apprenait qu'il avait déjà prêté serment de fidélité au souverain de toutes les Russies, et expliquait en même temps que sa santé, complètement délabrée, ne lui permettait pas de se rendre à son nouveau poste pendant Thiver. » Une seconde lettre de Grinun, conservée comme la précédente dans les Archives de l'État, et datée du 17 (28) mars 1797, prouve que l'empereur Paul lui avait répondu, en lui donnant l'autorisation de s'adresser toujours directement à lui, et qu'il conservait à Grimm la fonction, d'ailleurs tout honorifique, de servir d'intermédiaire pour les largesses continuées aux émigrés.

On a vu les peines que Grimm avait prises, en 1791, pour faire sortir de France les lettres qu'il avait reçues de Catherine. Les craintes de l'impératrice pour le sort de sa corres-

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pondance se réveillèrent en i 795, lorsque les armées françaises franchirent le Rhin; elle demanda de nouveau àGrimm de tout brûler. Grimm la rassura encore une fois en lui faisant part des mesures qu*il avait prises pour mettre son trésor ù Tabri des mésaventures, et, en cas de décès, pour qu'il parvint intact a Timpératrice. c J\ijoutai, dit-il, qu'alors même il n'appartiendrait plus ni à elle ni à moi, parce que je complais le léguer par testament à Mgr le grand-duc Alexandre Pawlowitz, sous la condition de ne Touvrir et de n'y jeter les yeux que dix ans après mon décès, par la raison que tout monument avait besoin de la consécration du temps > {Con\ Utt.y t. 1"", p. 52). Cette disposition testamentaire n'a pas été retrouvée, mais Grimm avait, dans tous les cas, pris ses mesures pour que la précieuse collection fût renvoyée à Pétersbourg. Elle y fut transportée, après sa mort, par un messager d'ambassade (Reichard, p. 388).

Mort du chevalier de Uelsunce (Jean de Bclsuace), frère de madame de Bueil. 11 était au service britannique, à Saint- Domingue, et y mourut de la fièvre jaune àTâge de trente ans. 11 avait épousé deux ans auparavant la sœur du comte de fiueil, son beau-frère, et laissait deux enfants, une fille et un fils (Lettres à Catherine, p. 80)).

Le père de Jean de Belsunce et de madame de Bueil vi?aît encore en 1796, âgé de soixante et onze ans, et figure sur la liste des émigrés secourus par Catherine. 11 végétait à Brunswick tandis que sa femme avait passé en Espagne {Lettres de Grimm à Catherine, p. 772, et Dernières Années, p. 578-588).

Dans sa lettre à l'empereur Paul, du 17 (28) mars, dont il a déjà été question, Grimm communique une lettre qu'il venait de recevoir de Blankcnbourg, et que le comte d'Avaray lui avait apportée par ordre de Louis XVIII, relative à des bruits de conspiration contre plusieurs souverains, en particulier contre Paul, dont le couronnement devait servir d'occasion pour l'assassiner.

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C'est également en février que Grimm adressa au tsar Paal l'important document biographique intitulé Mémoire histo^ rique.

Les éditeurs des lettres de Catherine à Grimm ont placé à la suite de ces lettres un tableau des sommes qui avaient été passées à Tordre du c conseiller d'État, baron Grimm >. Ce document, trouvé dans les Archives du cabinet impérial, va de février 1765 jusqu'à juin 1797, c'est-à-dire depuis le temps où Catherine, sans relation personnelle avec Grimm, n'avait à lui payer que son abonnement à la Correspondance litté" raire, jusqu'à l'année qui suivit la mort de l'impératrice» lorsque son successeur ne faisait qu'acquitter des engagements pris par elle. Les totaux des divers comptes compris dans le tableau dont il s'agit donnent 306,U1 roubles, 253,279 livres et 200, 000 florins de Hollande, ce qui fait une somme de plus de deux millions.

On lit dans les Dernières Années de nuidame d'Épinay (p. 578), au sujet des derniers jours de Grimm : c Les deux filles de madame de Bueil l'entouraient des soins les plus tendres et lui servaient de secrétaires. Dans un cercle intime il causait volontiers, et nous avons pu voir, dans une intéressante correspondance avec le marquis de Nicolaî, quel charme il trouvait à évoquer ses anciens souvenirs. » J'ai cru un moment être ici sur Itr trace de quelques détails relatifs à cette dernière période de la vie de Grimm, mais il paraît que sa correspondance avec M. de Nicolaî roulait presque exclusivement sur la distribution des secours à l'émigration. Grimm, me diton, avait connu M. de Nicolaî à Paris, et l'avait recommandé à Catherine qui en fit son secrétaire et le nomma baron. Sous le régne d'Alexandre, il était chargé de la comptabilité des pensions que l'impératrice Elisabeth, à l'imitation de Catherine, faisait aux émigrés.

HBLCHIOR GRIUU.

Les Archives de l'Ëlal, à Pétersbourg, cooservenl une letlra de Grimm à l'empereur Paul du 5 (16) féïrier 1798, et datée de Hambourg, c Elle est écrite d'une main étrangère, car Grimm, qui souffrait des yeux depuis longtemps d^i, avait presque totalement perdu la vue. > Grimm y rend compte de certaines mesures dont le souverain l'avait chargé sur sa propre demaude. Il s'agissait de gagner Emmanuel de Haller, l'un des Gis du célèbre Albert de Ualler, qui était alors il Rastadl et jouissait de la confiance particulière de Bonaparte. On espérait par son moyen rendre le général favorable à Louis XVIll. Cette lettre est la dernière que le correspondant de Catherine écrivit & Paul Petrowilch. (Grot, prérace aux Letlret de Grimm à Catherine).

Gœlhe, au mois d'août, fait un voyage à Gotha, et y trouve Grimm vieilli, ruiné et aigri (Werke, édit. de 18.lO,t.X\Vll, p. 98, et dans la traduction Porchat, I. X, p. 246).

Parlant des dcroiéres années de Grimm, et quelques années après sa mort, Reinhard écrivait : c Son plus grand gala était un uniforme vert avec la croix de Saiot-Wladimir > (Voy, plus loin, sous l'année 1613}.

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Grimm, selon Reichard, perdit un œil dans ses dernières années, et fut réduit à dicter ses lettres. ]1 fut également . obligé de renoncer à ses fonctions diplomatiques à Hambourg, dm^t la cour de Russie lui conserva néanmoins le traitement. Il yètixl depuis lors à Golha, avec les Bueil, dans une maison que le duc Ernest avait mise à sa disposition (Voy. Corr. litLf t. XVI, p. 558, et Reichard, Selbstbiographie, p. 389).

Il mourut le 19 décembre, à Gotha, et, d'après son désir, fut enterré dans le voisinage, au village de Siebleben. M. Tourneux a donné l'extrait du registre mortuaire (t. I«% p. 13), et l'épitaphe (t. XVI, p. 558).

Grimm fait un retour sur le bonheur et le malheur de sa Tie {Ibid. t. !•% p. 62. — Cf. Lettres à Catherine, p. 688).

L'aînée des filles du comte de fiueil, celle qui composa l'épithaphe du tombeau de Grimm, Catherine-Hélène- Alexandrine (la Katinka des lettres à Catherine), née en 1787, avait épousé en 1807, un peu avant la mort de notre écrivain, le baron Cari Emil von Bcchtolsheim, né en 1779, qui mourut en 1811 comme chef d'escadron au service de Prusse (Reichard, p. 393).

c Presque aussitôt après la mort de Grimm, madame de Bueil rentra en France et s'installa dans son château de Varennes, près de Château-Thierry. Peu de temps après, sa mère, madame de Belsunce, vint l'y rejoindre; elle y mourut en 1813. Louis d'Épinay (le fils de madame d'Épinay) mourut la même année à Fribourg > (Dernières Années, p. 588).

Un arrièrc-petit-fils de madame d'Épinay, M. Edouard d'Épinay, habite encore aujourd'hui la Suisse; la famille de Bueil est représentée par un petit-fils d'Emilie de Belsunce, M. le comte de Bueil {la Jeunesse de madame d*Épinay^ Introd.y p. II et m).

C'est en 1812 que Salgues publia, à la librairie Buisson et en cinq volumes in-8°, une partie de la Correspondance littéraire. 11 avait commencé par les années 1770-1782, comme les plus intéressantes. Le succès engagea la même maison à donner, dès Tannée suivante, les années précédentes, 1753- 1769, en six volumes, puis les années suivantes, 1782-1790, en cinq volumes. L'exemplaire manuscrit, sur lequel cette édition fut faite, et qui disparut entre les mains des imprimeurs auxquels il avait servi de copie, avait été trouvé à Berlin en 1806 (Voy. pour l'histoire de la Correspondance entre les mains de Meister, Corr. litt, t. II, p. 231 et t. XVI, p. 209, et pour l'histoire de la publication, ibid.y t. 11, p. 232 et suiv., t. XVI, p. 559 et suiv.). Morellet et Suard crurent devoir réclamer contre quelques passages des volumes publiés en 1812. Voyez, à la suite des Mémoires de Morellet y ses Observations sur la Correspondance littéraire de Grimm, et dans Cil. NisARD, Mémoires et correspondances historiques et littéraireSy les pages 90 à 98.

Le Journal de VEmpire donnait en 1813 des feuilletons de Halle-Brun intitulés le Spectateur de l'Europe littéraire et savante. L'une de ces revues, insérée dans le numéro du 24 février, renfermait le passage suivant :

c Un esprit vif et piquant joint à beaucoup de franchise et d'impartialité vaut souvent à celui qui le possède la réputation de méchanceté et de malveillance. Le célèbre baron

Grimm a éprouvé ce sort; les journalistes d'Heîdefberg ont essayé de noircir le caractère de l'auteur de la Correspondance littéraire ; aujourd'hui sa mémoire vient de trouver un défenseur dans le Journal des modes de Weymar. Ce défenseur, ami de Grimm depuis 1780, rend hommage à la bonté de cœur, à la douceur et à l'amabilité par lesquelles ce vieOlard répandait le bonheur et le plaisir dans sa société intime. La Correspondance, espèce de gazette littéraire qui, au nombre de quinze à vingt exemplaires, circulait dans plusieurs cours du nord, n'était pas destinée à voir le grand jour; elle est presque uniquement l'ouvrage de Grimm, qui n'y a recueilli que les opinions littéraires généralement répandues dans les sociétés de Paris. Même dans la partie non imprimée, il s'y trouve rarement des personnalités, et celles qu'on y trouve sont plutôt adoucies qu'envenimées. Grimm ne mettait point de rouge et ne poussait jamais le soin de son extérieur assez loin pour mériter le nom de petit-mattre. Son plus grand gala était un uniforme vert avec la croix de Saint- Wladimir. Il ne plaisantait jamais sur la religion ni sur les principes de la morale. Il a laissé un ouvrage bien plus important que sa Correspondance : ce sont des Mémoires historiques et diplomatiques de son temps ; mais le seul et unique manuscrit a été envoyé en Russie par les soins de l'auteur, qui aurait également voulu empêcher la publication de sa Gazette littéraire. »

J'ignore à quel journal de Heidelberg répondait le défenseur de Grimm, mais il est évident que celui-ci n'était autre que son vieil ami de Gotha, Reichard. La feuille dans laquelle Reichard msèra sa réponse était le Journal des Luxus und der Moden, publié par le libraire Bertuch, de Weimar. Reichard était intimement lié avec Bertuch, et ce n'était pas le premier article qu'il envoyait au journal dont il s'agit (Voy. Reichard, Selbslbiographie^ p. 110 et 473).

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