Lettre da 2 septembre 17G5 (inédite
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Altesse pouvait lui faire entendre raison sans se compromettre et sans compromettre ceux en faveur desquels elle daignerait faire celte démarche, je pense que nous en serions fort aises ; mais nous sommes fiers, et après nous être prêtés à tout avec beaucoup d*envie de finir et avoir été rejetés, nous ne voulons plus faire aucune démarche, et nous avons raison ^ »
Ce n'est que beaucoup plus tard, en 1768, que Frédéric lit enfin des ouvertures positives, que la négociation s'engagea sérieusement, et qu'elle aboutit à Tenvoi simultané d'un ministre de Prusse à Paris et d'un ministre de France à BerUn.
Si Grimm avait pensé un moment à s'autoriser de ses relations avec la duchesse pour se faire bien venir près du gouvernement français, il est juste de dire qu'il mettait, en revanche, ce qu'il pouvait avoir d influence à Paris au service de la cour de Gotha. Une grande partie de ses lettres à la duchesse sont consacrées à des réclamations que la principauté avait à faire valoir contre la France. La guerre de Sept ans avait lourdement pesé sur quelques-uns mêmes des États allemands qui n'y avaient pas pris part. La Thuringe, en particulier, avait beaucoup
1. Lettre de janvier 1766. (Dans Tourneux, t. XVI, p. 445.) Li père de L. .. est Helvétius, le père, c^est-à-dire rauteur du liva de l'Esprit ; son ami, naturellement, est Frédéric.
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souffert du passage des armées. Louise et son époux avaient eu à recevoir alternativement Soubise et Frédéric dans leur chûleau de Friedenstein et leurs sujets avaient subi pillage et réquisitions. Une lettre du roi de Prusse à la duchesse nous montre les égards qu'il avait pour elle cédant aux nécessités de la politique. Les États saxons lui doivent 400,000 écus de contributions, et il est résolu à se faire payer; la condition où il se trouve lui interdit les voies de la douceur; non seulement il est pauvre, ruiné, réduit comme saint Crépin à voler le cuir pour donner des souliers aux pauvres, mais il doit déguiser son embarras et t affecter des ressources pour soutenir la gageure contre tout le monde > ; de là de mauvais procédés et des manœuvres qu'il faut pardonner à la nécessité, et, dans sa conduite, un manque de courtoisie dont il cherche à peine à s'excuser.
Plus les petits Ëtats allemands avaient d'exigences à satisfaire, plus, on le comprend, ils mettaient d'importance à réclamer ce qui leur était dû à euxmêmes. Ils avaient été réquisitionnés, avaient fourni des fourrages, et, la paix faite, ils essayaient de se faire indemniser. Un bureau de liquida tion avait été ouvert à Strasbourg, mais l'argent manquait en France et les règlements traînaient. Dans ces circonstances, et comme il arrive d'ordinaire dans le
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cas de créances considérables et litigieuses,* une compagnie s'était formée pour acheter les prétentions des princes et États de Tempire et pour payer à bas prix, mais comptant, la cession de tout droit. La correspondance de Grimm est pleine du récit des démarches qu'il fit dans l'intérêt des créanciers de Golna. Il met tout en œuvre et en mouvement, rédige des mémoires, s'adresse à ses amis du bureai de la guerre, use de ses relations avec le marquis de Castries, fait parler au prince de Soubise, le tout hélas I sans succès. Ses efforts échouent contre h pénurie du trésor : « La réponse du bureau de h guerre n'est pas consolante, écrit-il, et, malhea reusement, elle n'a que trop l'air d'être bien sincère. Tous ceux que je consulte là-dessus (et parm lesquels je compte ceux qui sont parliculièremenl attachés à Votre Altesse Sérénissime), me confirmeni dans la crainte que les engagcmcnis contractée pendant la dernière guerre ne soient dans le cas d( n'èlre jamais liquidés, les finances du royîiume m se trouvant pas dans un état assez florissant poui permettre de telles espérances. S'il s'est fait dei traités entre des princes ou Étals de l'empire et des particuliers qui ont acquis leurs titres et prétenlions à bas prix, c'est que ces gens-là ont vraisemblablement des moyens, et que l'intrigue sourde connaît des ressources que la négociation directe
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ne saurait employer ni se flatter de faire réussir i. > Parmi les commissions dont Grimm se chargeait pour la cour de Gotha, il en était de moins sérieuses à la fois et de plus délicates. C'est à lui qu'on s'adressait pour les modes de Paris. Une t tête frisée i, destinée à la fille de la duchesse, avait voyagé avec le philosophe diplomate Helvétius, mais elle avait été mal emhallée et avait souffert en route; Grimm ne cache pas la joie maligne qu'il en a : c'est à lui qu'on aurait dû s'adresser. Il va en envoyer une autre, et il y joindra une considération : € On appelle ainsi, dit-il, les petits paniers qui ont succédé aux grands et soutiennent les robes sans donner aux femmes l'air d'avoir des paniers. » Grimm, dans une autre lettre, s'étend sur cet important Sujet. Les paniers tendaient à disparaître, mais Madame la dauphine et Mesdames de France n'avaient pas voulu les abandonner; on continuait donc de les porter à la cour, tandis que le théâtre y avait renoncé et que la ville cherchait des compromis, t Ce cjui les a ruinés de fond en comble, c'est qu'il n'était pas honnête autrefois de faire une visite sans panier, qu'on ne pouvait aller que chez ses plus intimes amies sans ce vêtement ample et roide, et qu'aujourd'hui on peut aller partout et même chez les