LE PASSAGE HÉBREUX VI
$ 1. Nous arrivons au troisième passage qui rentre dans le cadre de notre étude, savoir le passage Héb. VIT, 1-10, contenant une explication typique du récit de la Genèse. Mais, avant d'aborder ce sujet, il est indispensable de nous mettre au clair sur le rôle que le personnage de Melchisédec joue dans l’ensemble des idées et des conceptions théologiques de notre auteur, ainsi que sur les principes herméneutiques qui sont à la base de ses raisonnements. Le but de l’épître aux Hébreux est d'établir un parallèle entre l’ancienne et la nouvelle Alliance et de faire ressortir les avantages de celte dernière. Mais cette comparaison, cet exposé purement théorique, l’auteur le met au service d’un but pratique, parénétique: il veut exhorter ses lecteurs à bien mettre à profit le trésor de grâce que Dieu leur‘ a communiqué par son fils Jésus-Christ, et à se rendre dignes des priviléges dont ils jouissent comme membres de la nouvelle Alliance, par une vie pure et une conduite chrétienne.
D'abord, l’auteur examine les deux révélations et appelle l'attention du lecteur sur ceux qui en ont été les organes. Ensuite, il considère les deux économies au point de vue du sacerdoce, représenté dans l’ancienne Alliance par les prêtres de la tribu d’Aaron, dans la nouvelle, par Jésus-Christ le souverain sacrificateur éternel, d’après l’ordre de Melchisédec. Comme grand-prêtre, Jésus-Christ est mis en parallèle avec les prêtres de l'Ancien Testament. Ilest sacrificateur, en tant
que par sa mort expiatoire il a obtenu, de la part de Dieu, le pardon des péchés pour tous les hommes. Une fois par an, le grand-prêtre entrait dans le Saint des Saints pour asperger l’arche sainte du sang des victimes et pour réconcilier le peuple avec Dieu. Jésus-Christ, lui aussi, à offert un sacrifice; mais la victime immolée n'était autre que lui-même, et, ce sacrifice achevé, il est entré dans le Saint des Saints, c’est-à-dire dans le sanctuaire céleste, où il s’est assis à la droite de Dieu. Jésus ressemble donc aux prêtres de l’ancienne Alliance sous certains rapports, mais il leur est supérieur sous bien d’autres. 1° Il est sans péché, n’ayant pas besoin d’immoler des victimes pour obtenir d’abord le pardon de ses propres méfaits. 2° Sa sacrificature est éternelle, impérissable. 3° Les prêtres de la tribu de Lévi immolaient des animaux; Jésus offrit en sacrifice sa vie pure et sans tache. 4° Ceux-là entraient dans le sanctuaire terréstre, Jésus est retourné dans le sanctuaire céleste. 5° Ceux-là étaient obligés. de renouveler leurs sacrifices; Jésus en a offert un seul, qui rend inutiles tous les autres. 6° Ceux-là n’obtenaient lé pardon que pour certaines fautes; Jésus, par sa mort, effaça les péchés dans leur totalité. 7° Ceux là n’entraïent dans le sanctuaire que pour quelques moments; Jésus, au contraire, à fixé pour toujours sa résidence au ciel, où il démeure assis à la droite du Père, jusqu'à ce qu'il ait écrasé tous les ennemis de Jéhova.
Il résulte de cé parallèle que Jésus, comme souverain $sacrificateur, ne saurait être mis sur le même rang que les membres de la tribu de Lévi. Jésus-Christ proprement n'appartient à aucune tribu, il est prêtre directement institué par Die u, etsa dignité est éternelle,
impérissable. Les descendants de Lévi, au contraire, étaient prêtres grâce à leur naissance; de plus, ils étaient mortels, et leur dignité se transmettait par héritage de père en fils. L'auteur remonte jusqu’à l’époque des patriarches pour trouver un type qui corresponde, extérienrement du moins, au souverain sacrificateur de la nouvelle économie. À cet effet il s'adresse au récit de la Génèse, dont il examine le moindre détail avec une scrupuleuse exactitude. Il n’y a pas de phrase qu'il n’approfondisse, pas de mot qu'il ne pèse, pas d’expression si insignifiante au premier aspect qu'il ne mette au service de la comparaison une fois établie. Le moindre trait contenu dans notre récit, les relations extérieures du personnage en question, la bénédiction qu'il donne à Abraham , la dîime qu'il'obtient, de plus, la signification étymologique de son nom et de celui de sa résidence, et, ce qui est plus remarquable encore, le silence du récit sur certains points, tous ces détails ont pour l’auteur la plus haute importance et il en tire les conséquences les plus graves.
$ 2. Un examen attentif des nombreuses citations de l'Ancien Testament, que nous rencontrons à chaque pas, dans notre épître, nous convaincra sans peine que l'auteur néglige le plus souvent la signification littérale, textuelle, historique de ces passages, pour n’en considérer que la signification typique. D'après la manière dont il envisage l’histoire du peuple juif, tous les récits relatifs aux événements, aux institutions, aux lois etc. de l'Ancien Testament, ont été directement et littéralement inspirés par le Saint-Esprit, comme autant de types servant à préfigurer le royaume messianique futur, Ce qui intéresse l’auteur, ce ne sont pas les faits
en eux-mêmes, mais la manière dont ils sont présentés; l'important, pour lui, n’est pas ce qui est raconté, mais ce qui est écrit. De plus, d'après cette conception, l'écrivain qui à servi d'organe à l'inspiration divine disparaît complétement de la scène; tout ce que l'Écriture sainte transmet en fait de récits et de discours provient directement de Dieu ou du Saint-Esprit; voilà pourquoi nous lisons en têle de presque toutes les citations : Dieu dit, ou L'Esprit dit”. Parmi ces citations il y en à qui sont d’une étendue assez considérable, et dont le contenu est soigneusement analysé d’un bout à l’autre, par exemple chap. IE, 6-9, où les différentes expressions du Ps. VIT, servant à décrire la grandeur et la faiblesse de l'homme, sont successivement appliquées au Fils de Dieu. Il en est de même du raisonnement basé sur le Ps. XCV. Mais si, pour les passages de ce genre, l'application pratique est pleinement justifiée, il n'en est pas de même de certains autres, où le sens historique, littéral, est presque complétement négligé. Ainsi, dans le passage chap. XT, 10-16, il est dit qu'Abraham menait une vie nomade parce qu'il attendait une cité éternelle, aux fondements solides, indestructibles, et dont l'architecte fût Dieu.
L'auteur de l'Épiître entend dire que Île patriarche souhaitait avec ardeur d'arriver dans la Jérusalem céleste, qu'il regardait comme Sa patrie véritable, et c'est pourquoi il est entré dans la terre promise comme dans une terre étrangère. Il se garde bien de la considérer comme sa patrie définitive et d’y établir sa résidence,