IV, 4,7, 85 I, 7; VI, 213 IX, 85 X
Fr.
car sa vraie patrie est dans le ciel. Mais si nous examiuons de plus près les paroles qu'a en vue l'auteur, et qui sont adressées par Abraham aux Héthites!, nous voyons que le patriarche se dit étranger, non parce qu'il attend une patrie céleste, mais parce qu'il erre d’un endroit à l’autre pour trouver des pâturages pour ses troupeaux. N'ayant donc pas de résidence fixe, pas de terre qui lui appartenne en propre, il s'adresse aux Héthites et leur achète un lieu de sépulture pour sa femme Sara. Jacob?, en parlant à Pharaon, appelle sa vie terrestre un pèlerinage, pour les mêmes raisons qu’Abraham : l'idée d'une existence future par rapport à laquelle la vie présente n’est qu'une espèce de voyage, de pèlerinage, est étrangère aux patriarches. L'auteur quitte donc le terrain de l’histoire, dans le sens strict du mot: s’attachant uniquement aux paroles écrites, il en examine la valeur au point de vue de sa propre spéculation théologique et les sépare du contexte pour les faire entrer dans un ordre d'idées tout à fait nouveau ?.
83. Nous avons vu que l’auteur n’envisage les différents récits de l’Ancien Testament qu'au point de vue des types qu'ils mettent sous nos yeux, Toutes les institutions , tous les événements qui s’y trouvent mentionnés, toutes les personnes mises en scène, sont autant de types servant à préfigurer le règne messianique dans
1 Gen. XXIIT, &.
2 Gen. XLVII, 9.
3 Voy. Nagel, Ueber die Bed. Melch, im Hebr. Brief. Stud. u. Krit. 4849, 1re livr. — Auberlen, Melch. ewiges Leben u. Priesterthum. Stud. u. Krit., 1857, 3° livr. — Rau, Freimiütlhige Unters. über die Typol. Erlangen 1784. — Riehm, Lekrbegriff des Hebr. Br.
ses différentes manifestations. Il en est de même du passage de a Genèse, où l'élément historique est complétement négligé. L'essentiel pour Pauteur, ce n'est pas le fait en lui-même que Melchisédec était prêtre et roi de Salem, qu'il apporta du pain et du vin, qu'il obtint la dîme; ce qui importe, c'est que le personnage revêtu de cette double dignité est une figure typique servant à représenter Jésus-Christ, le sacrificateur éternel. Il n'est pas facile, sans doute, de reconnaitre la signification de ce type ni d'en découvrir la valeur. Il faut, pour l’approfondir, une pénétration d'esprit et une sagacilé dont peu d'hommes sont capables. Sans les lumières du Saint-Esprit, il est absolument impossible d'en saisir la portée et d’en pénétrer les mystères. L'auteur l'accorde lui-même !, et il ajoute qu'il y aurait beaucoup à ajouter sur le rapport mystérieux qui existe entre les deux figures, mais que ce parallèle est difficile à expliquer parce que ses lecteurs sont devenus paresseux d'intelligence.
Si maintenant nous examinons de plus près le contenu du chap. VII, nous verrons qu'il se compose de trois parties bien distinctes. Le premier passage, v. 1-10, traite de Melchisédec seul et donne une espèce d’explication typologique du récit de la Genèse; le deuxième, v. 44-29, établit un parallèleentre Melchisédec etChrist, en prenant pour point de départ le passage du psaume; le troisième, v. 23-fin, abandonne complétement le type, et n'envisage plus que l'antitype; il ne rentre donc pas dans le cadre de notre étude.
$ 4. Dans les trois premiers versets, Pauteur rap-
1 Chap. V, 11, 7
pelle le récit de la Genèse. Il discute Ja signification des détails qu'il contient et insiste finalement $ur la durée éternelle de la sacrificature de Melchisédec, qu'il met en parallèle avec celle du Christ dans les versets suivants (v. 4-10).
Les v. 1 et 2, sont une reproduction assez fidèle du passage analysé dans la première partie de notre travail. Tous les traits mentionnés par ce récit sont successivement passés en revue, exceplé la bénédiction donnée par Melchisédec et les présents offerts à Abraham, Jusque-là nous avons une répétition pure et simple de la relation ancienne; il n’en est pas de même des deux désignations suivantes, v. 2, Ici l'auteur, en envisageant la dignité exceptionnelle de Melchisédee, ne se fonde plus sur des données directes de la Genèse, mais sur la signification étymologique du nom de Melchisédec et de celui de sa résidence, qui est Salem. Suivant l'épitre aux Hébreux, Melchisédec est un nom propre, servant à désigner, non-seulement une personne, mais encore une qualité morale. Le roi de Salem s'appelle roi juste ou roi de la justice , et cette désignation , il la doit à ses qualités personnelles et aux vertus exercées pendant son gouvernement. De plus, il est nommé ainsi par opposition aux souverains paiens des contrées voisines. Or les sujets gouvernés par un prince Juste et équitable jouissent ordinairement d’une tranquillité parfaite, d'une paix profonde, de là le nom de Salem (propement sain et sauf, intact) donné à la résidence de Melchisédec. Du reste, l’auteur n'envisage que la signification étymologique de ce dernier nom. Nous l'avons dit dans la première partie de notre travail, siles noms de Salem et de Jérusalem avaient servi,
selon lui, à désigner une seule et même ville, il n’aurait pas manqué d'attribuer une valeur ‘typique à cette coïncidence remarquable que Melchisédec résidait dans la ville même où le souverain sacrificateur Jésus- Christ a expié par sa mort les péchés de l’humanité, Mais cette considération, il la néglige complétement. |
Cependant l’auteur ne se contente pas de la signification étymologique des noms que nous venons de mentionner. Pour pénétrer le mystère dans toute sa profondeur, il va plus loin, et s’attache non-seulement à ce que le récit affirme en termes formels, mais encore à ce qu'il passe sous silence. En effet, le silence observé par la Genèse sur certains points essentiels est de la plus haute importance. Melchisédec est appelé prètre, sans qu’il soit question ni de son origine, n1 de sa race, ni de sa descendance. Son nom ne figure sur aucune table généalogique; ses parents sont inconnus; sa famille est tombée dans l'oubli, C’est en cela que consiste la grande différence entre lui et les membres de la tribu de Lévi. Qu'on lise les passages Esdr. IT, 62; Néh. VIE, 64; Lév. XXI, pour voir avec quelle scrupuleuse exactitude on dressait les listes des prêtres. Tous ceux dont les parents n'étaient pas inscrits sur les registres étaient à jamais exclus du sacerdoce. Quant au prêtre mentionné par la Genèse, il ne remplit aucune des conditions prescrites par la loi. Sa famille n’est mentionnée nulle part, et sa descendance est inconnue. S'il est néanmoins prêtre, 1l ne l’est pas grâce à son origine, et il possède ce titre non pas comme un privilége héréditaire, mais comme un privilége attaché à sa personne, C’est ce que l'auteur ex-
prime plus clairement encore par les mots suivants: Melchisédec, tel que la Genèse le met en scène, n’a «ni commencement de ses jours ni fin de sa vie. » Le texte ne dit pas quand il est né ni quand il est mort, et cela malgré les prescriptions formelles de la loi, qui exige pour chaque prêtre inscrit sur les tables généalogiques une indication précise du jour de sa naissance et de celui de sa mort. À l’aide de ces notices on pouvait vérifier l'époque où chaque prêtre avait vécu, la durée de ses fonctions et la place qu'il avait occupée dans la succession chronologique des membres du sacerdoce. Or la Genèse omet tous ces points, en parlant de Melchisédec; elle ne s'inquiète ni de son origine, ni de sa généalogie, ni du jour de sa naissance, ni de celui de sa mort. Ce silence est significatif au plus haut point. Rappelons en effet que l’auteur fait complétement abstraction du personnage historique, qui n'existe pas pour lui, et qu'il ne considère que le personnage tel qu'il est dépeint par l'Écriture. Celui-ci est bien sans pére, sans mère, sans commencement de ses jours ni fin de sa vie, et comme tel il est une figure typique du Christ, ou, si lon préfère, le Christ lui-même. Ier nous nous séparons de la grande majorité des exégêtes qui, reculant devant cette dernière conséquence, traduisent les mots drarwp, aunrewp elc., comme s'il y avait: Melchisédec dont on ne connaît ni le père, ni la mêre, ni la généalogie, et dont le jour de naissance et le jour de la mort sont passés sous silence par les Saintes-Écritures. D’après cette manière de voir, les termes que nous analysons ne se rapportent pas au personnage historique, qui était un homme comme un autre, mais à la personne telle qu'elle est décrite et qui est: aqu-
mouwwuerog vw Teovl. Avec l'explication que nous venons de proposer, la signification de ce mot grec ne présente plus aucune difficulté. C’est le Saint-Esprit lui-même qui, de la façon dont Melchisédec est mis en scène et présenté au lecteur, à rendu ce dernier en tout point semblable au Fils de Dieu. Christ est le Logos éternel, le axavyaoua tnç doënce, le type primitif dont la figure de notre récit est la copie, la reproduction exacte.
$ 5. On a soulevé la question de savoir si, aux yeux de l’auteur, le personnage en question n’a aucune réalité historique. Cette supposition a été combattue par la raison qu’une personne qui n’a pas réellement existé ne saurait servir de type, et que les notions historiques du v. 1, ainsi que les mots œyeveahoynvos, apouotwuevog, impliquent plus qu'une existence purement typique, prophétique. En tout cas, c’est la signification typique seule qui entre en considération, et quant à la réalité historique du personnage, l’auteur, il est vrai, ne la nie pas formellement, mais il en fait abstraction. Ce qui lui importe, ce n’est pas le rôle historique que Melchisédec peut avoir joué pendant la guerre d'Abraham avec les conquérants étrangers, mais c'est cette même figure, en tant que, peinte par lPAncien Testament, elle forme un type du Fils de Dieu, auquel elle est rendue semblable en tout point. I en résulte que la différence entre la figure idéale, surhumaine, telle que la Genèse la met sous nos yeux, et
IMehy. drarwp, dunruwp elC., tu jun yevealoyoucôar, Xpiotac aûrn TN QUGEL TOU TPAYHATOS, où dia vo un yEypaplar, GX X« dia TO [un eva. — Chrysostome, Œuvres, t. XII, Hom. XIL. Venetiis 1741.
celle de Jésus-Christ, sacrificateur éternel, s’efface complétement; les deux figures se pénètrent à tel point qu'elles sont identiques. Melchisédec, tel que le récit le représente, n’est autre que Jésus-Christ lui-même, et, comme tel, prêtre éternel, wever iepeuc eiç dun- VENEG.
Du moment qu’on se pénètre bien de cette idée que l'auteur s'attache à la lettre écrite et non à l'histoire, les difficultés tombent d’elles-mêmes; ainsi la question de savoir comment il peut y avoir en même temps deux souverains sacrificateurs, célestes et éternels, perd sa valeur et n’a plus aucune raison d’être, du moment qu'on admet que le personnage historique n'existe pas, pour ainsi dire, pour l’auteur de notre épitre. C'est le Saint-Esprit lui-même qui a suscité le type dans le chap. XIV® de la Genèse; c’est lui qui a dicté le récit entier à l'historien, en le forçant de se servir de certaines expressions de préférence à d’autres et de passer sous silence des détails essentiels, de sorle que la figure due à celte inspiration immédiate fût en quelque sorte calquée sur celle du sacrificateur céleste, qui est à la fois type primitif et antitype.
$ 6. Il reste une dernière question à examiner. Sous quel rapport les deux figures sont-elles identiques? Dans quel sens Melchisédec est-il type du Christ? D’abord Jésus-Christ est le roi de la justice et le prince de la paix!; il est souverain sacrificateur, et son pouvoir dure éternellement. Les expressions arravwg LC. s'expliquent aisément du moment que l’on renonce à vouloir appliquer chacune d'elles séparément au Messie.
! Voy. Jérém. XXHI, 5; Zach. IX, 10.
La plupart des exégètes qui ont recours à une interprétation littérale s'accordent à rapporter le mot àxatog à l'humanité et le mot œuyrap à la divinité de Jésus. Mais, dans ce cas, le mot à@yevealoymroc présente une difficulté insurmontablé; car si, en effet, Jésus-Christ est sans père comme homme, et sans mère comme Dieu, il n’en à pas moins une origine, une généalogie. La difficulté tombe dès qu’on renonce à insister sur chaque trait pris isolément. Il faut examiner les différents attributs dans leur ensemble et les envisager dans leur signification commune. Or lidée générale qui perce à travers les différentes expressions citées plus haut, c’est que Melchisédec ne doit pas sa dignité de grand-prêtre à ses relations extérieures et humaines, il la doit ni à son origine ni à sa race, mais uniquement à sa personnalité. Cette idée s'applique pleinement à Jésus-Christ, qui, lui aussi, est prêtre, comme le chap. VILLE l'exposera plus loin, et cela grâce à sa personne, à sa nature, à son essence.
Dans la suite, l’auteur considère la sacrificature du Christ dans ses rapports avec celle d’Aaron, et cherche à démontrer la supériorité de la première par trois arguments différents: 1° Melchisédec, en recevant la dîime d'Abraham, était par le fait même supérieur au père d'Israël, à l'ancêtre des Lévites. Ces derniers recevaient la dime de leurs frères, qui descendaient, comme eux, d'Abraham, et par conséquent ils étaient supérieurs à ces derniers. Quant à Melchisédec, qui appartient à une race toute différente, il reçoit la dime du patriarche et par conséquent de la nation israélite tout entière, et bénit celui qui a reçu la promesse. 90 Le deuxième privilége consiste dans l'éternité de son
essence et dans la perpétuité de son sacerdoce. «ci, «ce sont des hommes mortels qui reçoivent la dime ; «là c'est un homme uagrupouuevos ôve En.» Gelte dernière assertion se fonde sur le passage du psaume que l’auteur regarde comme un témoignage en faveur d: l'éternité du Messie et de son sacerdoce. 8° Enfin Melchisédec est autant supérieur aux prêtres lévitiques que ces derniers sont élevés au-dessus du commun des Israélites, car quand Abraham offrit la dîime au prêtre de Salem, tous les Lévites l’offrirent en quelque sorte avec lui, car, ajoute le texte, «ils reposaient déjà dans les reins d'Abraham. »
$ 7. Les v. 11-22 établissent une espèce de parallèle entre le type et son antitype , en prenant pour base le passage du psaume dont l’auteur fait une analyse minutieuse et d’après la même méthode qu’il a suivie pour la Genèse. Seulement l’auteur commence par les derniers mots pour finir par le point capital qui se trouve en tête de la phrase. D'abord il discute le sens du mot #aro TaËiy, puis il analyse l'expression éespeus eg cuve et termine par le serment solennel prêté par Dieu,
1° Le sacerdoce lévitique ne suffisait plus ; la preuve en est l’insütution d’un prétre de. l’ordre de Melchisédec, n’appartenant pas à la famille d'Aaron. Par cet événement grave, la loi mosaïque a subi une modification (ueraSeoiç), car celui qui a reçu la promesse d’une sacrificature éternelle, est fils de David , et par conséqueut appartient non à la tribu de Lévi, mais à celle de Juda, qui de tout temps était exclue du sacerdoce. 2° Mais le nouveau prêtre a de plus une existence éternelle. Il remplit ses fonctions, non d’après la norme d’une loi extérieure, charnelle, mais grâce à la puis-
sance mystérieuse, indestructible, qui réside dans sa nature. Mais la prescription charnelle (oxpxxn) de la loi mosaïque ne pouvait exiger comme condition pour entrer dans le sacerdoce une vie immortelle; de plus, la loi était sans force morale aucune, elle était incapable de conduire l’homme à la perfection, par conséquent elle perdit sa valeur. Tout à l’heure il n’était question que d’une modification de la loi, à cause de la transmission des droits sacerdotaux de la tribu de Lévi à celle de Juda; maintenant il s’agit d’une abrogation complète, par le fait qu’un grand-prêtre a été institué qui, par sa nature, son origine, n'appartient à aucune tribu juive et dont la dignité sacerdotale est due uniquement à l’éternité de son essence. 3° Le serment solennel prononcé par Dieu communique une efficace particulière aux promesses qu'il concerne. Ainsi la proclamation du Messie comme sacrificateur éternel de l’ordre de Melchisédec a été confirmée et appuyée par un serment divin; ce n’était pas le cas pour les prêtres lévitiques.
$ 8. Si nous examinons encore une fois les rapports typiques qui existent entre Meichisédec et Christ, nous verrons que les différents traits signalés par le passage de la Genèse s'appliquent parfaitement au souverain sacrificateur de la nouvelle Alliance. 1° Jésus est le rot juste!, car il est sans péché, et comme sauveur il justifie les hommes et leur procure la rémission des péchés?, ® Il est roi de la paix, car il réconcilie les hommes avec Dieu #, rapproche les cœurs des hommes
1 Zach, IX, 9; Jérém. XXIIT, 5.
29 Cor. V, 21; Rom. V, 49; Rom. IT, 25.
3 Jérém. XXXI, 34; Éph. E, 6.
éloignés et divisés *, unit les hommes et les anges? et répand la paix dans nos âmes, par le témoignage et la sanctification du Saint-Esprit 3. 3° Comme Melchisédec, Jésus-Christ est à la fois roi et sacrificateur. Comme roi, il règne sur l’Église et sur le monde; comme sacrificateur, il nous a rachelés par son sang. 4 Melchisédec a béni Abraham comme son supérieur. De même Christ, ayant satisfait à la justice de Dieu par son sacrifice, nous a ouvert le trésor de ses bénédictions divinest. 5° Enfin, Melchisédec a reçu la dime d'Abraham. Or la dime n’était pas seulement une redevance payée aux Lévites, c'était aussi un hommage solennel rendu à Dieu, et Abraham, en donnant la dime à Melchisédec, type de Jésus-Christ, faisait acte de soumission, d’adoration et de reconnaissance envers Jésus lui-même, dont le roi de Salem n’était que le représentant. ,
1 Col. II, 45; És. XI, 6.
2 Éph. 1, 40.
3 Rom. V, 1-5.
« Éphés. I, 3, 4.