LE VOCABULAIRE
On consulte souvent les dictionnaires, mais on n'a jamais le courage de les lire. C'est un tort. Le vocabulaire d'un peuple est une œuvre d'art comme ses temples, ses poèmes ou ses statues. Qu'on feuillette ces pages mortes, on y verra revivre l'audace ingénieuse des philosophes et des écrivains. Homère a de belles épithètes, Platon des termes savamment nuancés, Démosthène des mots qui portent et qui tranchent. Le patrimoine commun passe des maîtres aux élèves, et va toujours grossissant. Puis la décadence arrive, et lentement les derniers venus faiblissent sous le poids de leur trésor.
Héritier de tant de grands hommes, Méléagre fut- il digne d'eux? H eut du moins le mérite de s'attacher à leurs exemples et de ne point céder aux charmes des idiomes sémitiques. A cette règle je ne vois que trois exceptions : Salam » est syrien, Sabbat =» hébraïque, Haudonis 3 phénicien, Mais ces expressions nous sont présentées comme étrangères. En les recherchant, l'auteur pare son style, sans être infidèle aux enseignements de l'hellénisme. L'orgueil du Grec perdu chez les Barbares a réduit à néant les influences du milieu. Du reste la littérature était alors un art raffiné qui vivait surtout de