‹ Méléagre de GadaraChapitre 138 sur 190 · LE STYLE · texte numérisé non relu

LE STYLE

Les Grecs aimaient les idées claires et les genres bien définis. Ils opposèrent toujours nettement la poésie et la prose; chez un versificateur la témérité n'était que hardiesse, et les recherches même semblaient naturelles. Aussi, quand nous abordons pour la première fois les chefs-d'œuvre de Sophocle ou de Pindare, un léger trouble vient-il par instant se mêler à notre admiration. Mais si l'écrivain nous déconcerte, nous sommes bientôt rassurés. L'expression, quelquefois tourmentée, est toujours ingénieuse et forte, et les moyens employés cessent de surprendre quand on apprécie le résultat.

Ces remarques sont vraies de Méléagre : il prodigue les figures de rhétorique, mais n'en use jamais sans motifs. Pourquoi dit-il : « Zeus ravit la jeunesse de Ganymède»? C'est qu'une image a frappé le poète. Il garde dans la mémoire, je dirais presque dans les yeux, l'éclat de cette radieuse adolescence, et le mot qui rend cette idée maîtresse ne peut jouer dans la phrase un rôle secondaire. L'ordre logique est donc un moment détruit; mais on le rétablit bien vite. Le lecteur conquiert l'impression juste et unit à la jouissance littéraire le plaisir de la difficulté vaincue ».

On pourrait multiplier ces exemples : les guirlandes offertes à une maîtresse implacable sont les dépouilles

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igll MÉLÉAGRE DE GADARA.

d'une tendre affection '. Charixène refuse a ses parents les recompenses du sein maternel ^. Les crotales font entendre un bruit frappé avec les mains 3. Mais ces artifices de langage conviennent surtout a un poète savant et réfléchi comme Sophocle. Dans les épigrammes de Méléagre, idées et images se développent plus simplement. Elles s'unissent deux à deux par des liens tantôt lâches, tantôt plus étroits. C'est le procédé bien connu de la comparaison et de la métaphore.

La première plaît aux esprits larges; on l'emploie surtout au début des littératures. Elle veut, pour se déployer, les vastes espaces de l'épopée et de la tragédie. L'épigramme est un cadre bien restreint pour de pareils tableaux. Méléagre d'ordinaire se contente de la métaphore.

Il a des trouvailles fort heureuses. La belle apostrophe de Bossuet : « Versez des larmes avec des prières » remet en mémoire ce vers non moins beau : « Je répands comme une libation mes désirs et mon amour 4. »

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Le poète sent Zénophile boire son âme dans un baiser ^ ; il voit le meurtre pousser des vagues sanglantes contre les Niobides ^ ; il connaît ce sourire des prairies et des fleurs

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