Cf. infra, ch. III, in fine
ouvrages de Ménippe sont pleins de railleries et ne contiennent rien de sérieux, comme ceux de Méléagre notre contemporain (toQ xaô'Vjixaç y^'^^H-^'^^u). » Diogène vint, copia le texte, remplaça Tf)[j.a; par auTsv, et n'y songea plus. Un coup d'œil lui aurait montré que, grammaticalement, le pronom ne se rapportait plus à Dioclès, mais à Ménippe. Durant deux siècles les hellénistes ont commis un contresens. Ils en avaient le droit.
Ainsi, nous invoquerons, pour défendre notre système, jusqu'au témoignage qui paraît le détruire; mais est-il interdit d'aller plus loin? Une hypothèse est d'autant plus légitime que l'erreur sera toujours circonscrite entre des limites assez étroites.
Notre point de départ sera la date fournie par le scoliaste. L'ax^;.*^ de Méléagre coïncide avec le règne de Séleucus Épiphane. Le voyage de Cos est donc postérieur à 94 , puisque le poète était vieux quand il quitta la Phénicie.
L'expression YjxjjLace a, en effet, un sens très net. Elle s'applique aux hommes qui atteignent la quarantaine ou la dépassent de quelques années. Qu'on lise, pour s'en convaincre, Diogène Laërce. Il ne parle que des philosophes ï. Mais, sans doute, chez un versificateur galant,
I. Zeller, La Philosophie des Grecs, trad. Boutroux, t. II, p. 23, en note: a L'àxfjLY) est généralement placée dans la quarantième année de la vie. b Voici plusieurs remarques à l'appui de cette assertion : Pittacus (Diogène Laërce, 1, 79) était dans son àx|j,Y) vers la lii' olympiade, il mourut dans la 5a' olympiade, âgé de 70 ans passés; — Anaximandre naquit (Diogène Laërce, II, a) ol. 58-2. Son àx|XYi coïncida avec le début de la tyrannie de Polycrate (Apollodore, commenté par Zeller). Polycrate établit son pouvoir ol. 53, 3. Anaximandre avait alors A4 ans; — Clément d'Alexandrie (Stromates, I, p. i3o.), Eusèbe (Chronique, éd. Schoene, Versio armenia, t. II, p. 98) et d'autres auteurs disent que ràx[x^ de Pylhagore tombe dans la 6a' olympiade. Cette opinion parait venir d'Aristoxène (Porphyre, Vie de Pylhagore, 9), qui faisait émigrer Pythagore en Italie à ko ans, pour se soustraire à la domination de Polycrate. Donc, suivant ces auteurs, un homme de ko ans est dans son àx[jLr,. — Apollodore (Diogène Laërce, IX, 56) fixait pour ràxp.-iQ de Protagoras les dates de khk-kko. Or, Protagoras naquit en /480 (Frei, Quaestiones Protagoreae, Bonn, 1845, p. 64) ou 48 1 /a (Diels, Jiheinisches Muséum, XXXI, p. 4i).
Vx/.\).i^ ne put être plus tardive. Asclépiade, à vingt et un ans, chantait ses joies et ses tristesses'.
D'autre part, quand Méléagre parle de son grand âge, il faut prendre ces mots à la lettre. Les amoureux se plaignent volontiers de la vieillesse, et Properce, à peine au sortir de l'adolescence, se croyait au déclin de la vie ^ Mais les épigrammes dont je m'occupe ne sont pas des madrigaux, ni des lamentations sur la fuite du temps. On peut accorder toute confiance à ces poésies claires, précises et pleines d'une philosophie tranquille.
Si l'on prend comme point de départ l'année g^, il faut adopter pour le voyage de Cos une date assez récente. L'Asie -Mineure est à cette époque en proie à l'ambition de Mithridate. En 92, il se jette sur la Bithynie. En 88, il force l'entrée de l'Euxin. On connaît les péripéties de la lutte : assassinat des citoyens romains, batailles navales dans les eaux de Rhodes, déportation des habitants de Ghios, massacre des troupes asiatiques. Le traité de Dardanos, en 84, ne rétablit pas immédiatement le calme.
11 aurait fallu plus que de l'audace pour braver ces orages. L'amant d'Héliodora n'avait rien d'un guerrier. S'il parcourut la mer Egée et s'avança jusque dans la Propontide^, c'est que les périls étaient loin. Ses voyages suivirent donc la paix de Dardanos, mais ils la suivirent de près. Rappelons -nous que Méléagre a pu servir de modèle à Philodème et Archias. En outre, il mentionne à peine les Romains 4, et, longeant la côte de Cilicie, il
Oùx zi\i où5* Itéwv 8\5o xeixo<Ti, xàt xoinco Cûv.
a. Plessis, Études critiques sur Properce et ses élégies, Paris, i884, p. x3i. 3. Cf. infra, ch. III.
/j. Il parle de la 'PwfxaixY) Xottcx; (AP. XII, gS). J'ai déjà dit que l'épigramme lancée contre Favorinus (AP. XI, aa3) est apocryphe.
redoutait encore les pirates ^ C'est en 70 que Pompée les extermina.
La date de 82/79 a donc pour elle une assez forte vraisemblance. A cette époque, Méléagre était vieux. Il semble pourtant avoir vécu longtemps dans sa nouvelle patrie. Je rapporte à ces dernières années plusieurs intrigues amoureuses, une assez longue traversée, quelques compositions littéraires et une grande compilation 2.
Supposons, pour fixer les idées, qu'il ait quitté la Phénicie entre cinquante et soixante ans, nous arrivons aux dates suivantes, qui me paraissent très admissibles.
Naissance, i4o/i3o. Voyage de Gadara à Tyr, 120 1 10. Voyage de l'Archipel, 82-79. L*à/.ti./< du poète tombe dans le voisinage de sa quarantième année.
Ces chiffres ne sont pas absolument certains, mais la chronologie des œuvres est beaucoup mieux établie. En premier lieu, nous rencontrons les Ménippées. Les critiques du xvni" siècle en contestaient l'attribution. « Il y a, disait Schneider, deux Méléagre : un philosophe et un auteur d'épigrammes. Athénée, citant le premier, l'appelle 6 y.uv'.xoç, pour marquer la différence 3. » Ainsi, on ne pourra dire que Thucydide est un savant, et Platon un créateur de mythes, sans enrichir la littérature grecque de deux écrivains nouveaux. D'ailleurs, en ces matières, il vaut mieux donner la parole au principal intéressé. Comment Schneider explique-t-il les vers suivants : « Moi, le compagnon des Muses, j'ai couru d'abord dans la
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