Duruy, Borne 30 ans av. J.-C, Paris, i853, p
Méléagre...,Ménippe et Théodore le rhéteur noire contemporain ». » Il est difficile d'atténuer la valeur de ce témoignage. Pourtant je ne puis l'accepter.
La patrie de Méléagre était, s'il faut en croire le poète, un foyer d'hellénisme, une Attique. Quatre littérateurs remarquables y virent le jour ^ et y trouvèrent, vivantes encore, les traditions de la philosophie et du beau langage. La Gadara de l'Idumée a-t-elle pu soutenir un rôle si brillant?
La Bible nous en parle comme d'un point stratégique sur la frontière d'Azot 3. Azot n'est qu'une petite ville; que devaient être ses postes avancés? Pourtant les guerres du n' siècle attirèrent l'attention sur Gadara. Simon Macchabée y entra en vainqueur. Le Sénat de Rome, malgré les protestations des Séleucides, en confirma la possession à Jean Hyrcan. Ces luttes sont racontées dans la Bible, mais nulle part nous n'y voyons qu'il y eût dans ces murs une colonie hellénique, et il me semble que sur une question pareille le patriotisme du rédacteur hébreu n'aurait pas dû garder le silence.
La guerre terminée, cette forteresse perdit toute impor-
I. Strabon, XVI, a, 39 : 'Ev Bï to (JLÊTa^ù xat yi FaSapt; £<ttiv, t,v xoi aÙTr,v £^i6iâ<TavTo ol 'louSaîoi... eTx' 'AÇwToçxai'AffxàXwv... 'Exôèxtbv Taôapwv 4>i).6ôr,|iô; Tî é 'Euixoupeto? xàt MeXéaypoç, xot Méviuîto; 0 ffTro'jSoyD.oio;, xat OeôSwpo; ô xaO' TifAÔc; pyJTtop. Je ne puis adopter la traduction de M. Tardieu (Géographie de Strabon, Paris, 1886-90, t. III, p. 3/ii). Gadaris est le nom de la province et non point celui de la ville. Ce dernier se trouve au génitif à la fin de la phrase (sx ôà Tûv raSdcpojv). Gadara d'Idumée s'appelait plus exactement Gazara (cf. les passages de Josèphe indiqués plus bas) ; Gaza était dans le voisinage, et entre les deux noms il y eut sans doute un rapport de filiation. La confusion du 2; et du 6 est peu surprenante si l'on songe à la prononciation sifflante du ô grec. Josèphe, qui écrit Gazara, emploie une fois au moins la forme Gadara, qui lui paraissait équixalenle (Antiquités Juives, XII, 7, i).
a. AP. VII, 417. A l'époque romaine, Œnomaos et Apsines naquirent à Gadara.
3. Macchabées, T, 17, 34 : oxypw[xa tiii t&v épiwv 'Aî^wtoO (cf. aussi Josèphe, -Antiquités juives, XII, 7, 4; XIII, ï, 3^ XIII, 9, a, et Macchabées, I, 9, 5a; I, i5, »8, 35).
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tance. Les historiens cessent de s'en occuper, et le voyageur a peine à en retrouver les ruines ".
La Gadara de Pérée eut des destinées bien différentes. Elle faisait partie de la Décapole 2, oii se groupaient dix colonies grecques éparses dans la vallée du Jourdain et sur les plateaux dénudés qui la dominent. A la fin du H* siècle, les Juifs arrivèrent triomphants dans ces parages, et traitèrent durement une ville dont la prospérité leur faisait peur. L'œuvre de destruction était presque achevée quand Pompée vint y mettre un terme 3. L'hellénisme fut prompt à refleurir sur un terrain si bien préparé. Cent ans après, les Grecs étaient de nouveau les maîtres ; ils devinrent oppresseurs et profitèrent d'une révolte des Juifs pour les massacrer ^.
Ces quelques données pourraient suffire. D'ailleurs Strabon est contredit par un texte d'Etienne de Byzance ^ : « Gadara, écrit le lexicographe, est une ville de Cœlé-Syrie où naquit Ménippe. On l'appelle encore Antioche ou Séleucie. » La précision du renseignement invite à la confiance. Enfin Méléagre apporte son témoignage puisqu'il dit être Syrien 6. Des géographes anciens reculaient jus^ qu'aux déserts de la mer Rouge les frontières de la
1. Quand on sort de Ramleh pour se rendre à Jérusalem, on laisse à gaucho quelques ruines confuses où les historiens croient reconnaître la Gadara de Josèphe.
2. Ces colonies sont énumérées dans VMne (Hist. naturelle , V, i8), Josèphe appelle Gadara 7ro>>\; êXXr,vi; (Antiquités juives, XVII, ii, 4). Cette Gadara est bien celle de l'Hiéromax, car l'historien la cite à côté d'Hippos, et Hippos est voisine du lac de Tibériade. Les noms de ces deux villes sont fréquemment rapprochés dans l'œuvre de Josèphe. (Cf. Antiquités juives, XIV, A, 4; XV, 7, 3 et Vie de Josèphe, 65.) Voyez également Guerre des Juifs, IV, 7, 3. Tâôapa (jLTQxpiTroXi; xr,; Ileipaîaî.)