AP. V, iSg, i/io
littérature. Aspasie composait des oraisons funèbres, et Gnathaina ^ reprochait à Diphile la froideur de ses comédies. Mais la plus belle œuvre de Zénophile fut d'inspirer une douzaine d'épigrammes assez riches de développement et d'une subtilité bien élégante 3. Méléagre cherche la délicatesse et l'esprit. En flattant, il veut éblouir, et quelques prétentions se mêlent à sa tendresse. Ce n'est plus la fraîcheur des premières amours. Cependant l'âge n'est pas encore venu, et les sens ne se laissent pas oublier. Zénophile reçoit des compliments dignes de la petite Démo 3.
Ces aventures sont vulgaires, mais leur cadre est bien séduisant. La conquête d'Alexandre a porté jusqu'en Orient les mœurs helléniques et leur élégante simplicité. Ovide annonce déjà tous les raffinements de l'époque moderne. Mais en Phénicie, on est bien loin de ces recherches. Point de causeries au théâtre, tandis que les musiciens préludent: point d'excursions aux plages bruyantes où Catulle suivait sa Clodia. Si Méléagre connut ces plaisirs, il n'en parla jamais. A peine pouvonsnous deviner entre les courtisanes et leurs amants un commerce de petits vers. Zénophile donne son portrait au poète, qui lui renvoie un madrigal^. Les jeunes gens se rencontrent surtout la coupe en main. On porte la santé de ses maîtresses « dont on boit le nom mêlé au
1. Cf. le Ménexene de Platon. — Athénée, XIII, 679, ef; 58o, a.
2. AP. V, 189, i4o, ikk, 1^9, i5i, i52, 171, 174, 177, 178, 195, 196, L'épig. V, 179, fut composée en même temps que V, 177 et 178, et sans doute pour Zénophile. J'ajouterais volontiers à la liste XII, ii/i, à cause du dernier vers. Viens, dit le poète :
"Edirepoç, r^v otTraysi; XâOpio; auôi; aywv.
3. AP. v, i5i. L'épig. V, 175, contient des attaques très vives contre une maîtresse infidèle. Suivant le scoliaste, cette maîtresse est Zénophile. Le Byzantin s'est trompé une fois de plus. Méléagre supporte très patiemment les écarts de conduite de la courtisane. 11 jouait le rôle de l'amant favorisé.
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vin puri. » On vante l'éclat de leur visage et le parfum de leurs guirlandes. L'hétaïre répond à ces compliments, déclame des vers, et, prenant sa pectis, exécute un air oriental, plein de sons aigus et de modulations bizarres ^. Le chant est un art, mais la danse est un métier. Les belles Tyriennes laissent à leurs servantes le sistre et les crotales 3.
Ces festins n'ont rien d'austère, mais les Oudiadès et les Diodore ne s'y montrent pas.
Quelquefois le poète, suivi d'une joueuse de flûte, donne, dans la nuit claire, une sérénade à sa bien-aimée. C'est ainsi que chez Théocrite, Delphis voulait, couronné de peuplier blanc, frapper à la porte de Simétha. La Grèce n'abandonna jamais ces gracieuses coutumes. A lire Méléagre, on se croirait dans ces rues d'Athènes où courent, des flambeaux à la main, les compagnons d'Alcibiade ^. Pourtant, çà et là, quelques détails rappellent la Phénicie. On respire, dans plusieurs épigrammes, les lourdes senteurs des aromates. Les cheveux d'Héliodora et la guirlande qui les pare sont imprégnés de parfums. Dans la maison de Démo, des essences inondent le portique, et la jeune femme en est toute pénétrée ^.
Ces mœurs sont bien faites pour inspirer le poète. Mais elles ont leurs dangers. Il ne faut pas trop contempler le monde aux lueurs des torches et de la lune.
2. AP. V, 1^3. Méléagre connaît la lyre et la cithare, qu'il place dans les mains d'Apollon (AP, XII, 128, et V, iln); mais les courtisanes tyriennes n'ont que la pectis (cf. AP. V, 189, liio et 175), y) çiXoxtojxo? 7ir,xTt;. C'était une sorte de harpe, accordée très haut, et qui semble d'origine asiatique (cf. Croiset, Histoire de la Littérature grecque, t. II, p. 208).
3. Il faut remarquer le ton dédaigneux du poète dans l'épig. V, 175.
Les joueuses de flûte phéniciennes étaient célèbres (cf. Renan, Les Apôtres, p. 221, n. 2).