CHAP. IV. LES MÉMPPÉES
teau avant de courir sus aux fuyards * ? Ajoutons que la plaisanterie a un goût de terroir assez agréable : pour un Hellène, les poissons sacrés de la Syrie étaient aussi ridicules que les chats et les crocodiles de l'Egypte.
Enfin l'allusion a le mérite d'être exacte. Il est vrai qu'Achille et Agamemnon réparent leurs forces avec de lourdes viandes, et négligent les ressources de l'Hellespont poissonneux ('r/ôucei; *EXXr<ff7:cvToç) ^ La connaissance d'Homère est toute naturelle chez un cynique. La popularité de VIliade avait séduit jusqu'aux disciples de Diogène. Le tour était plaisant d'en remontrer à Platon, et de prendre ces textes vénérables comme sujet de prédications bouffonnes 3.
Les auteurs de Ménippées poussaient-ils encore plus loin le goût des disparates? Nous sommes disposés à croire qu'ils rapprochaient comme au hasard la prose et les vers. Cette idée est-elle bien juste? Sans doute le fragment du Banquet nous atteste qu'il y avait de la prose dans les Charités et les formes métriques étaient rendues nécessaires par les parodies. Lucien nous donne un exemple de cette composition, mais il n'admet le vers qu'avec la plus grande réserve. Varron, il est vrai, a beaucoup moins de scrupule. Mais pourquoi se figurer les Ménippées grecques d'après les Satures latines? M. Th. -Henri Martin dépasse le but quand il parle des poésies satiriques de Méléagre. Méléagre fut satirique et poète, mais pas en même temps, n a toujours marqué une opposition profonde entre ses essais de jeunesse et ses épigrammes. 11 unit les «Muses à l'Amour et les Grâces à la Sagesse » ^. Il fut jzsuBoYéXstcç,
I. Pierron, L'Iliade d'Homlre, Paris, i883, t. I, p. xxi. 3. Iliade, IX, 36o.