‹ Méléagre de GadaraChapitre 39 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Couronne de Méléagre a plus de valeur que ses Charités. C'est une œuvre d'expérience et de soin, qui eut en outre le mérite de venir à son heure.

Nul n'ignore que les littérateurs du Musée s'employèrent à préparer des éditions. On publiait les beaux poèmes qu'on ne savait plus égaler. D'ailleurs Aristote avait enseigné que rien au monde n'est indifîérent, et les péripatéticiens, pour devenir savants, se faisaient compilateurs. On collectionnait tout, jusqu'aux propos des courtisanes. Les XpeTa'., dont nous avons un long fragment dans les Deipnosophistes s sont une Anthologie de calembours.

Des gens si attentifs ne pouvaient négliger les épigrammes. On les copia d'abord sur les monuments. Des quatrains ou des distiques, épars dans des pays éloignés, couraient grand risque d'être oubliés ou détruits. Les réunir était bien mériter de la science et de la poésie. Philochore entreprit ce travail, et Polémon le Périégète

I. Alhénée, VI, a/ia ad, 3^3 e, aUfit», a/jSnE, 2^6 dc; XIII, ch. Sgetch. Ai-4ô.

composa un véritable Corpus d'inscriptions, classées par pays d'origine. Ce livre avait surtout une valeur historique ' .

La première Anthologie doit -elle beaucoup au Périégète? Jacobs le suppose sans le prouver ^ Suivant Hecker, Méléagre emprunta à son devancier beaucoup moins ses matériaux que sa méthode. En Phénicie et dans l'Archipel, le Syrien aurait visité les temples, examiné les tombeaux, et prié tous ses amis de le seconder dans ses recherches 3. Weishaupl a fait justice de ces idées ^. Sur quoi se fondentelles? Agathias, dit Hecker, a lu sur les marbres beaucoup d'épigrammes, et il y a nombre d'inscriptions dans la Couronne. Ces arguments ne portent pas, surtout le premier. Le second même est très faible. Des vers composés pour un cippe ou une tablette votive peuvent être également publiés par leur auteur.

Mais, répond le critique, certaines pièces de la première Anthologie portent en marge l'indication du lieu où elles furent déchiffrées. Ces renseignements viennent de Méléagre et nous montrent qu'il marchait sur les traces de Polémon. Je ne puis l'admettre. Les annotations dont

!. Suidas, 4>tX6xopo;. Pour Polémon, cf. Athénée, X, 436 d et 44a e. On a trouvé une épigramme copiée à l'encre sur un tesson de poterie qui remonte au II* siècle avant l'ère chrétienne. Le petit poème est précédé de la formule : aXXo. Il vient donc probablement de quelque Anthologie littéraire antérieure à celle de Méléagre (cf. Berliner Philologische Wochenschrift, iSgS, 20 mai, p. 64a-643). Suivant Reitzenstein (Inedita poetarum graecorum fragmenta, Rostock, 1891, p. 6 et 7), les œuvres d'Asclépiade, de Posidippe et d'Hédyle avaient été publiées dans un même recueil. J'ai tenté ailleurs de prouver que cette opinion est insoutenable (cf. ma thèse latine, Prooemium).

7. Animadv.y t. I, Prolegomena, p. 35 : o Ex his Polemonis operibus, quibus fortasse et alia quaedam ejusdem hominis scripta accensenda sunt, sed ex his praecipue aliorumque similibus, antiquissimum Anthologiae conditorem Meleagrum multa in collectioncm suam transtulisse probabile est. »

3. Commentatio critica de Anthologia graeca, Leyde, i853, p. 90 et 167 : a Inscriptiones partim ipse descripsit Meleager, partim ab hospitibus et familiaribus acceptas publici juris fecit. » Pour Hecker, les épigrammes d'Archiloque et de Bacchylide étaient des inscriptions.

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