AP. V
CHAP. VI. L'AMOUR ET LES IDEES MORALES. Io3
pas; dans ce trouble de tout son être, il ne pense plus, il ne vit plus, il aime ».
On voudrait rester toujours à cette heure délicieuse. Mais elle est fugitive. Les Démarion et les Zénophile ne se font point prier. Méléagre est heureux, mais ses désirs satisfaits se calment. Pour soutenir son élan, le Syrien a besoin des prestiges de l'attente. Il se plaint que l'étoile du soir tarde à paraître, il injurie le coq dont les chants annoncent le matin '. Ce sont là protestations de rigueur; mais que signifient- elles? Qu'on relise le quatrième livre de Lucrèce ^, ou la Magicienne de Théocrite. Simétha est folle d'amour, et on devine qu'elle tressaille encore au souvenir de Delphis. Méléagre ignore ces transports. Il cherche à nous faire illusion. Mais ses images sont froides et banales ; il nous parle de l'amant qui se réchauffe sous la couverture d'Héliodora, il nous montre une chair parfumée qui (( trompe le sommeil » ^. Je doute que de telles descriptions aient jamais pu corrompre personne.
Et cependant elles nous font quelquefois rougir. L'obscénité n'a pas toujours pour excuse l'emportement des sens ; elle n'est souvent qu'une habitude d'esprit et même de langage. Méléagre a d'étranges hardiesses; mais, de son temps, elles n'ont dû scandaliser personne. Plus encore que le latin, le grec brave l'honnêteté dans les mots, et maint auteur de V Anthologie est le digne compatriote d'Aristophane. Rhianus s'ébat avec lourdeur s, Dioscoride se complaît dans l'ordure ^, Rufin et Straton unissent la
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a. AP. XII, iiA, 137. Cf. AP. V, 172 et 178. 3, De Natnra Rerum, chant IV, io45 sqq. A. AP. V, î65. Cf. V. 173. — Voir aussi AP. V, 197 :
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