‹ Méléagre de GadaraChapitre 70 sur 190 · AP. VII, 417, Ai8et A · texte numérisé non relu

AP. VII, 417, Ai8et A

Io8 MÉLÉAGRE DE GADARA.

Euripide présenta aux Athéniens les mômes images de volupté et de meurtre. Aristophane protestait pour la forme; mais le public était enivré, et toute une ville frappée de folie répétait : « Amour, tyran des hommes et des dieux! » Les Alexandrins recueillirent la tradition. L'avons-nous laissé perdre?

Méléagre, qui se lamente, n'a pas envie de se révolter. Les Syriens adorent la main qui les frappe, et ne savent pas toujours marquer la limite de la tendresse et de la religion. Myiscus est l'arbitre de la vie et de la mort ». Un jeune Tyrien est enlevé aux cieux. Que du moins il accepte quelques larmes pour s'y laver les pieds ^ ! Bassesse et mauvais goût, rien ne manque à ces vers; ils sont plus déshonorants que les polissonneries de tout à l'heure.

Et pourtant sachons gré à Méléagre d'aspirer à la grande passion. Il n'y peut atteindre, et se contente de chimères. Bien des hommes en sont là, surtout chez les peuples de l'Orient et du Midi. Tandis que la poésie plane dans l'idéal, les mœurs restent brutales et vulgaires. A l'amour on demande les joies de l'imagination et des sens: on oublie trop souvent l'amour même* Chez les Persans la femme est traitée comme une déesse et comme une esclave. Bien que Pétrarque adorât Laure, il consentit à vivre loin d'elle. Mais Pétrarque fut constant, et Méléagre ignora jusqu'au nom de la fidélité. Je lui en ferais presque un mérite. Sa vie commente ironiquement ses épigrammes, et réduit à leur juste valeur tant de plaintes désespérées.

Cet amour fait de sensualité, de fantaisie, d'imaginations flottantes et d'exagérations oratoires, est ce qu'il y

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CHAP. VI. L'AMOUR ET LES IDEES MORALES. lOQ

a chez le poète de plus pénétrant et de plus fort. Dans cette âme subtile les impressions naissent et meurent comme ces plantes sans racines que semaient les Phéniciennes ï servantes d'Adonis. Quand on oublie si vite ses maîtresses, peut -on songer longtemps à ses amis? Bien pâles sont les figures de Philoclès et de Damis ^ Dioclès nous est connu par une dédicace ^, Antipater par une épitaphe ^.

Cette pièce, assez longue, ne fut certainement pas gravée sur le tombeau. On dirait un article nécrologique, plein d'hyperboles et de sous-entendus. Célébrer un rival disparu n'est point dangereux, et la vanité même y trouve son compte, car les éloges accordés au défunt profitent à tous ses confrères. Antipater sera donc l'un des premiers dans le cortège des Muses. Noble naissance, chants inspirés, il avait tout ^. Pourtant sa tombe est pauvre. Le mort connaissait d'autres ivresses et d'autres jeux que ceux de la poésie ^. L'allusion est malicieuse, mais inofïensive. On ne pouvait flétrir la débauche en sortant de chez Myiscus.

Méléagre n'y songeait pas : il joignait au charme naïf du Syrien l'indulgence de ceux qui ont beaucoup aimé. Il a eu le mérite de prononcer une des plus tendres paroles qu'on ait dites ; mais il n'en a pas la gloire. Le fameux

Non ignara mali miseris succurrere disco,

I, Platon, Phèdre, ch. LXI.

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