‹ Méléagre de GadaraChapitre 86 sur 190 · LE SENTIMENT DE LA NATURE · texte numérisé non relu

LE SENTIMENT DE LA NATURE

La mythologie des Alexandrins leur cacha trop souvent la nature ; cependant ils firent effort pour déchirer le voile et se placer en face des choses. Au déclin des littératures, on sent peut-être moins fortement, mais on regarde mieux. L'homme, fatigué de lui-même, s'intéresse davantage à ce qui l'entoure. Le poète prend exemple sur le savant et sur l'artiste; il étudie ses descriptions avec le soin curieux d'un érudit; il essaie, comme un peintre, de fixer les changeants spectacles qui se déroulent sous ses yeux.

Cette méthode vient en aide au travail de l'imagination , mais elle n'y peut suppléer. Malheur à l'écrivain qui. devant un paysage, n'a jamais sacrifié le détail aux confuses harmonies de l'ensemble ! Qu'on se rappelle les vers si simples et si larges de Théocrite » : « Avec le beau Daphnis faisant paître ses bœufs se rencontra, dit-on, Ménalcas, qui conduisait ses brebis dans la grande montagne. » En lisant ce passage, ne croit -on pas apercevoir les pentes nues, les lointains rapprochés dans l'air qui

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