AP. V, i54, et XII
4>avîov et; x^po'^o'^ Sepxofxévav TïéXayo;. Dans répigramme V, i56, deux sensations analogues sont fondues dans une harmonie charmante :
*A çiXépto; -/apoTTOt; 'AdxXrjUià; oTa PaXif-vY), "OfjLjxaai <ru{X7ceî6ei TtâvTa; spwTOTtXosîv,
3. Cf. Helbig, Untersuchungen iiber die campanische Wandmalerei, p. 210 sqq., et Apollonius, III, 755; IV, 167, 726, iiA3.
CHAP. VIII. LE SENTIMENT DE LA NATURE. l3l
traînées étincelantes. Méléagre, avant Lucrèce, a suivi dans l'air la marche d'un rayon ^. Helbig, qui cite ce dernier passage, en rapproche certaine fresque hellénistique où la clarté se glisse par la porte entr'ouverte des enfers.
Même en ces descriptions étudiées, il ne faut pas chercher la couleur locale. L'art moderne sait dégager l'âme des pays lointains ; mais ce n'est pas aux anciens qu'il a pu demander ses modèles. Que manquait -il donc aux écrivains d'Alexandrie ou d'Athènes? Un peu de sympathie, ou peut-être une connaissance plus large du monde. Quoi qu'en dise Sainte-Beuve, ce n'est point le poète de Gadara qui nous fait voir la Phénicie =. Un contemporain nous dépeindra le sol fécond, les bois d'orangers, les ruines d'énormes pressoirs, le fantôme rose et violacé du Liban, qui se confond presque avec le ciel pâle, et, sur la côte à peine infléchie, les villes qui paraissent à l'horizon avec un orient mystérieux de perles fines.
Les mosaïstes et les dessinateurs romains eurent parfois l'idée de ces recherches ^ ; mais la curiosité de Méléagre n'est pas exemple de quelque paresse. Ce regard épris des élégances tyriennes se détournait à regret vers les tableaux de la nature, cette âme légère était incapable de suivre et d'approfondir une impression, cet esprit qu'inquiétaient les tours de force d'Antipater inclinait facilement au lieu commun.
AiTcXaî 8' àxTÎvs; \it Y.oL-zifktyo'^ • aï {xèv... ... al ôè Tiap' YjeXîou.
Cf. De Natura Rerum, II, ii3 sqq., et Helbig, op. cit., p. 21 h et 21 5.
2. Portraits contemporains, V, p. iiii 2-463 : a C'est le voisinage du Liban qui amène ce concours, cette harmonie parfaite des diverses scènes de la marine et du paysage. » Sainte-Beuve, en écrivant cette phrase, songeait k l'idylle sur le printemps; mais elle est apocryphe.
3. Cf. Helbig, Untersuchungen iiber die camoanische Wandnmlerei, p. loi et 3o2.
l3îî MÉLÉAGRE DE GADARA.
A la peinture de paysages », l'alexandrinisme préférait le tableau de genre. Si les originaux ont péri, les copies italiennes demeurent. On peut voir aux murs de Pompéi les grappes de fruits et les gerbes de fleurs qu'y a jetées la main souple du décorateur campanien. Une des curiosités du Musée Capitolin est une mosaïque oii deux colombes se penchent sur une eau qu'assombrit le reflet de leur plumage.
Méléagre, comme tous ses compatriotes ^, aimait les fleurs, et il se plaît à les décrire. Cette poésie grecque exhale même parfois un arôme oriental. Le Chypre phénicien est le copher de la Bible, le henné cher aux femmes dos harems 3. Le roseau parfumé pousse peut-être encore dans les marécages de la Judée ^. Le palmier allonge toujours ses formes grêles, et dresse son panache aux environs de Saïda et de Jéricho ^. Le Proème nous montre les épis qui se pressent sur la tige du nard, et nous com-
1. Cf. Helbig-, Untersuchungen uber die campanische Wandmalerei, p. 3o6 sqq.. ch. XXV. Thierstuck und StilUeben.
2. On rencontre encore dans la plaine d'Esdrelon des chameaux en caravane, qui transportent des fleurs pour les jardins de Jérusalem.
3. Cf. Vline, Histoire naturelle, XII, a/i, et Munk, Palestine, p. ao : o Mon » ami, dit l'amante dans le Cantique, est comme une grappe de copher dans les » plaines d'Engaddi. » Cette plante est celle que les Arabes appellent al henna. Chez les anciens elle s'appelait cyprus, xuTrpo;... C'est la lawsonia inermis de Linné, arbuste de hauteur d'homme, dont les feuilles, qui ressemblent à celles du myrte, ne tombent pas en hiver. »