‹ Méléagre de GadaraChapitre 94 sur 190 · CHAP. IX. L'INVENTION POÉTIQUE. I · texte numérisé non relu

CHAP. IX. L'INVENTION POÉTIQUE. I

prennent corps dans son esprit, et le récit mythologique se transforme naturellement en un drame : un messager vient du Githéron; il tremble, il va dire à la malheureuse que ses fils ont péri. Mais, soudain, la frayeur l'interrompt. Devant lui tombent les jeunes filles mourantes, et ce spectacle lui arrache des phrases entrecoupées qui font passer en nous l'horreur du massacre. Bien des écrivains avaient parlé de Niobé avant Méléagre, mais il ne perd pas à la comparaison.

Toutefois c'est ailleurs qu'il a donné pleinement sa mesure. Pour un lecteur moderne, il restera toujours et avant tout un amoureux K Rappelons-nous pourtant qu'il écrivit des poésies funéraires. Les Syriens trouvent quelque volupté dans les tristes rêveries. D'ailleurs la première épigramme fut une épitaphe, et les Grecs ne l'oublièrent jamais. Presque tous les auteurs de la Couronne ont apporté au moins quelques vers au VIP livre de Céphalas.

Ces pièces sont quelquefois exquises. Les modernes ont perdu le secret de ces inscriptions courtes et simples, où s'exprimait si bien la fermeté hautaine de Rome, la grâce émue de l'Hellade. Ces chefs-d'œuvre sont faits de rien, car il n'est pas d'aventure plus banale que la mort. Quelques souvenirs du bonheur disparu et des vertus éteintes, quelques témoignages de sympathie, quelques espérances d'immortalité, de gloire, ou tout au moins de repos, n'est-ce pas le thème éternel des regrets et des consolations? Mais les Grecs ont su répandre jusque sur la tombe une fleur de poésie. Sous un ciel si doux l'existence est bonne, et Ton s'attarde volontiers à en rappeler les péripéties et les modestes triomphes. A l'abri du monument un esprit veille peut-être encore, peut-être reste-t-il sensible à la caresse des feuillages légers, au bruissement des eaux

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