AP. v
3. AP. V, 181. Comparer i85 et i83. Cette dernière pièce est de Posidippo.
4. AP. V, 161. Hédyle est probablement l'auteur de cette épigramme. Toutefois le doute est permis (cf. ma thèse latine, cap. II).
CHAP. IX. L'INVENTION POETIQUE. l45
haine contre Timarion. Mais il échoue dans celte œuvre malsaine. L'ironie, maniée gauchement, devient obscène et brutale. On demande grâce pour la victime, pour le lecteur et pour le poète » .
D'ordinaire Méléagre mesure mieux ses forces : il vante dans un madrigal les attraits qui le ravissent, raisonne sur la puissance d'Éros, ou met en scène ses propres aventures.
De là trois groupes d'épigrammes ; les dernières ont notre préférence. Mais les Grecs étaient d'un autre avis. Ils demandaient aux poètes erotiques eux-mêmes des jugements et des idées générales, et voulaient trouver dans les œuvres légères un lointain reflet de l'éloquence et de la philosophie. Tandis qu'un personnage de Platon, Hippothalès, célèbre la fortune et la haute naissance de Lysis, Mimnerme et sa maîtresse Nanno parlent aux habitants de Colophon ^ de l'heureuse adolescence et de la vieillesse qui, bien vite, amène un cortège de douleurs. Ces villes, où l'on oublia toujours les droits de l'individu, ne surent pas comprendre le charme des sentiments intimes. Pour chanter les amours capricieuses des tyrans grecs, Ibycos osa mettre en mouvement les lourdes masses du lyrisme dorien 3.
Méléagre n'avait pas le désir de rompre avec les traditions. D'ailleurs, l'exemple des improvisateurs lui avait donné le goût des développements faciles, et le madrigal se prête fort bien aux procédés d'une invention mécanique. Un rhéteur pourrait déterminer ici quelques règles très simples : montrez-nous le visage de vos maîtresses, vantez leurs perfections, merveilleuses par leur origine,
a. Cf. Bergk, Poetae lyrici graeci; Mimnermus, Navvw, t.
3, Nageotte, Histoire de la poésie lyrique grecque, p. 3ii sqcj.
l46 MÉLÉAGRE DE GADAllA.
OU adorables par leurs effets, prouvez enfin que dans tout le monde, rien n'égale votre bien-aimée.
Nous savons qu'il ne faut pas demander au poète les portraits de Myiscus ou d'Héliodora ' , mais il a soin de nous dire que Zénophile devait ses attraits aux Muses ', que Diodore fondait les pierres et qu'Heraclite brûlait la foudre 3. La comparaison ^» fournit encore plus de ressources. Les Alexandrins ont assez d'érudition mythologique et d'imagination descriptive pour n'être jamais pris au dépourvu. Quand Méléagre contemple ses amants ou ses maîtresses, il songe à Ganymède 5, aux Charités^, à l'Amour 7, aux fleurs printanières 8, ou même à des beautés 9 rivales. Toutes ces épigrammes ont un air de famille, elles se rapprochent et se classent dans la mé moire avec une régularité mathématique. Sur un terrain si étroit et si bien divisé, la fantaisie ne peut vagabonder à l'aise; on empiète à chaque instant sur le bien d'un devancier ou d'un rival. Mais peu importe : quelques mots changés, un tour nouveau de la phrase suffisent à rajeunir une épigramme. Le public n'est pas difficile : si on ne lui apporte un air original, il se contentera d'une variation.
I. Cf. les observations que j'ai présentées dans ce volume, chap. VI. Voyez pourtant les épigrammes V, 197 et 198; mais ici même on sent que le poète ne veut pas insister.
a. AP. V, 195, 196. Cf. XII, 133.
3. A cette catégorie appartiennent les épigrammes XII, 60, 63, Sk, 85, loi, 110, 167, 169, 167.
Ix. On avait si souvent employé le thème de la comparaison qu'il finit par devenir très ridicule. Lucillius (au début de l'empire romain) dit agréablement, AP. XI, 179 :
El TToôaç eTxe Atwv o?a; X^P^?» o-j/ex' av *Eptxr,; Ilxrivb; èv àvOptuTtoi;, àX).à Aitov èxpîôrj.
6. AP. V, 137, i/j8, 149. La comparaison d'une jeune femme et d'une Charité se trouve dans Callimaque, AP. V, iii6.