‹ Méléagre de GadaraChapitre 99 sur 190 · AP. XII, 59. Cf. XII, 9i · texte numérisé non relu

AP. XII, 59. Cf. XII, 9i

CIIAP. IX. LINVENTION POETIQUE. 1^7

A'^oyons le poète à l'œuvre. Asclépiade a dit qu'un jeune homme luttait de grâces avec l'Amour ï. Deux madrigaux semblent avoir épuisé le sujet. Méléagre ose le reprendre, et par trois fois.

D'abord il modifie légèrement le modèle 2. Des expressions plus piquantes feront accepter une idée connue. Puis un détail secondaire de la poésie primitive devient le germe d'un développement nouveau. Aphrodite refuse de reconnaître son fils, depuis qu'elle a vu un second Eros. La troisième version est plus intéressante. Quelques mots heureux posent en face l'un de l'autre Éros agitant ses ailes, et l'éphèbe en chlamyde, abrité sous son grand pétase ^.

L'ennui nous gagne déjà, mais l'écrivain est infatigable. La beauté prouve sa force en blessant les cœurs ; nul faiseur de madrigaux ne l'ignore. Méléagre se le rappelle à temps, et réussit à écrire encore une épigramme sur ce thème : Myiscus a séduit Éros ^.

Le poète, qui s'oublie dans ces badinages, se retrouve par instants. Il sait peindre et sentir, et quelques cris d'émotion profonde dérangent la symétrie de ses antithèses •'*.

I, AP. XII, 75, 77. La seconde pièce paraît être de Posidippe (cf. ma thèse latine, cap. II).

3. AP. XII, 76. Il est intéressant de comparer Posidippe et Méléagre; tons doux cherchent à renouveler le sujet. Posidippe emploie des épithètes descriptives et poétiques (^(puaea UTepà, wfxwv àpyyplwv, lo6ôxo; çapÉTp/;, "Eptota (fil'i.yly.ov). Méléagre cherche surtout la force de l'expression et la vivacité du tour.

/j. AP. XII, i/j/j. Cf. AP. XII, ii3. On pourrait faire bien des remarques semblables. La comparaison d'un jeune homme avec Ganymède fournit un ttième très brillant. Dioscoride l'a employé (AP. XII, 87), Méléagre le reprend jusqu'à cinq fois (AP. XII, 65, 66, 67, 68, 70), Un poète inconnu a composé sur le même sujet l'épigramme XII, 69. Ces madrigaux montrent bien le procédé de l'auteur. Les pièces XII, 65 et 70, sont les premières en date, car elles furent écrites pour Myiscus. Aussi le développement est -il presque simple. Plus tard, il a fallu plus de recherche, pour éviter les redites.

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l48 MÉLÉAGRE DE OAOARA.

Mais, d'ordinaire, il se contente d'être spirituel et subtil. Ses raffinements ne dépareraient pas les canzones de Pétrarque. Toutefois, s'il atteint souvent les limites du mauvais, il ne s'attarde guère dans les plates régions du médiocre. Envoyer d'un coup de raquette son cœur à la bien-aimée » est une idée folle assurément, mais point banale. Le lecteur, quoi qu'il en ait, sourit en lisant ce vers, et sans doute Méléagre souriait en l'écrivant.

Pourtant ses efforts deviennent quelquefois sensibles et nous fatiguent. Il rencontre dans l'île de Cos un jeune homme nommé Praxitèle. On voit d'ici les concetii qui se préparent; mais s'attendrait-on à de telles puérilités 2? « Praxitèle, le vieux sculpteur, a fait une statue délicate, mais inanimée, muette image de la beauté dont la forme a pénétré la pierre. Notre Praxitèle, adroit magicien, pétrit nos âmes, où il modèle son portrait, qui est celui de l'amour. Son nom l'égale au grand artiste, et son œuvre est plus belle, puisqu'il s'exerce non sur le marbre, mais sur le souffle vivant de nos cœurs. Plût au ciel qu'il daignât sculpter mon âme, et que sous ses mains elle devînt tout entière un temple de l'Amour. »

Ces madrigaux font également outrage au bon sens et au bon goût. Cherchant à varier des thèmes connus, le Syrien s'est livré à son penchant pour l'hyperbole. Mais un moderne se lasse vite de parcourir un monde fantastique où tout jeune homme devient maître du ciel et de la terre, enchante Zeus, inquiète Aphrodite, fend les pierres et lance des flammes par les yeux 3.

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