SCÈNE II Les Mêmes, ŒNÉE
ŒNÉE
Méléagre était là tout à l'heure, je crois, Il m'a semblé d'abord reconnaître sa voix, Je me suis aussitôt empressé de descendre.
Il est parti. Donc inutile de l'attendre.
ŒNÉE
Hélas ! je ne l'ai pas seulement embrassé.
ALTHÉE
La chasse l'attendait, il éVait très pressé.
ŒKÉE
Ils sont donc arrivés, ces descendants des dieux !
Ah ! ce sera pour nous un soleil radieux
Qui me les montrera, car dans mes jours prospères,
Autrefois j'ai connu la plupart de leurs pères.
Tous ces êtres fameux marqués du sceau divin
Mangèrent à ma table et burent de mon vin,
Car c'est moi le premier des Grecs qui, quoique indigne,
Ai reçu de Bacchus le présent de la vigne,
Les hommes d'aujourd'hui ne s'en souviennent plus, Mais c'est moi qui parai de pampres chevelus Ces coteaux où souvent, auréolé d'abeilles, Le vieux Pan est venu grapiller dans mes treilles. Maintenant tout s'en va, les dieux, moins familiers, Fréquentent peu nos bois, désertent nos halliers. On voit plus rarement le messager Mercure De ses ailes de feu rayer la nuit obscure ; Sans doute que nos cœurs sont devenus mauvais ; Ainsi toi, qui bien mieux que personne savais Mon chagrin, ta réponse est bien cruelle, femme, Songe que c'est un père avide qui réclame Des nouvelles d'un fils si longtemps attendu. Il revient, cet enfant que nous pensions perdu. 11 revient, tu le vois et n'as rien à me dire. Mais la haine entre nous fût-elle encore pire, Par pitié pour ton cœur de mère dans l'ennui, Et même simplement pour te parler de lui, Ma bouche abonderait en détails pleins de charmes, Ma haine poserait tout de suite les armes, ' Je te demanderais, femme, ton amitié Pour ne pas diviser son cœur par la moitié, Pour que son existence enfin soit moins amère.
ALTIIÉE
Méléagre a manqué de respect à sa mère.
ŒNÉE
Le respect s'apprend mal, femme, dans les maisons Où les chefs de famille, ainsi que nous faisons,