ACTE DEUXIEME
Passent ensemble une existence désunie ; Le respect est un fruit sacré de l'harmonie.
ALTHÉE
C'est à toi que je dois ces marques de mépris ; Pour mieux l'avoir à toi, ce fils, tu me Tas pris, Il suit tes traces, mais va, crains que ma colère Ne poursuive chez lui l'image de son père.
ŒNÉE
Pour me haïr ainsi, que t'ai-je fait, grands dieux?
ALTHÉE
Rien et tout. Tu me fus constamment odieux.
ŒNÉE
Tu me vis à tes pieds empressé pour te plaire.
Et mon aversion fut ton juste salaire,
Quand je voulais dans mes regrets me replier,
Toujours présent, tu m'empêchais de t'oublier.
ŒNÉE
Serait-ce un autre amour dont le regret t'assiège ?
ALTHÉE
Nul amour de mon cœur n'a pu fondre la neige Sous laquelle est couché mon virginal printemps.
ŒNÉE
N'en dis pas davantage, hélas ! je te comprends ! La Maternité fit un miracle inutile En fécondant, un jour, femme, ton sein stérile Sans rendre plus humains tes déplorables flancs, O mère par erreur, ô fille à cheveux blancs !
ALTHÉE
Accuse le destin de toutes tes traverses.
ŒNÉE
Non, j'accuse plutôt tes volontés perverses. Le Destin ne se meut que par de justes lois ; C'est notre volonté qui déplace les poids Et qui change chez nous l'éternel équilibre. Ne viens pas dire ici que tu n'étais pas libre ! Les plus beaux sentiments s'ils sont démesurés, Dénaturent les cœurs qui s'y trouvent livrés. Et ton âme un peu trop vouée à ta famille, Refusant d'être épouse afin de rester fille, N'a pu s'ouvrir entière à la maternité. Ton amour pour ton fils n'est qu'un fruit avorté.
ALTHÉE
Mon fils, en qui revit ma maison chancelante, Je ne l'ai point sauvé pour qu'il aime Atalante.
ŒNÉE
Méléagre aime la chasseresse, dis-tu ?