ACTE PREMIER
ALTHÉE
Non, j'ai rouvert le coffre et revu le tison.
Etrange événement !
LE CHŒUR
ALTHEE
Je sors d'une maison Que les dieux immortels ont souvent visitée, Même au plus grand d'entre eux je suis apparentée : Fille de Thestios, je suis sœur de Léda
Et mes neveux les Dioscures, Sortis de l'œuf qu'un divin cygne féconda,
Brillent pendant les nuits obscures.
LE CHŒUR
De ceci votre époux est sans doute informé ?
ALTHÉE
Mon mari, je ne l'ai jamais assez aimé
Pour lui dire un secret qu'il vaut mieux qu'il ignore;
Méléagre l'a su. S'en souvient-il encore ?
LE CHŒUR
Ce tison m'effraierait. Puen qu'à le savoir là J'aurais grand'peur que ma raison ne se troublât, J'aurais peur du vertige où l'on se sent poussée Et de céder à quelque effroyable pensée.
ALTHEE
Pourquoi donc Méléagre, en me faisant souffrir,
M'a-t-il presque forcée à me ressouvenir ?
Depuis plus de deux ans il fuit, il me délaisse,
Il court le monde et m'abandonne à ma détresse.
Dans cette solitude, alors vous comprenez
Que mes pensers en moi soient un peu déchaînés,
Vous comprenez alors que de vieilles Mémoires
Aillent pour s'occuper remuer les armoires,
Vider et retourner les coffres d'autrefois.
Et c'est ainsi qu'on trouve un vieux morceau de bois ;
On se souvient. Bientôt le passé se rallume
Et c'est comme un tison dont le feu vous consume ;
Dévorant le présent, l'avenir, le passé,
Il brûle jusqu'aux pleurs que je voudrais verser.
Je me suis regardée en mon miroir de cuivre,
Mais sous mes lourds cheveux déjà couverts de givre
.le n'ai pu distinguer en son affreux repos
Ou'un visage pareil à celui d'Atropos,
Dé celle des trois sœurs filandières qui tient
Le fil de nos destins et tranchera le tien.
Alors, traînant le poids de choses abolies,
Traînant mon cœur chargé de ses mélancolies,
De mes propres pensers me sentant le jouet,
Je suis venue ici m'asseoir à mon rouet.