‹ Méléagre et AtalanteChapitre 7 sur 38 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Du flambeau de ma vie a refroidi la flamme. Et votre pauvre sœur n'est qu'une vieille femme Dont le cœur machinal, pour toujours orphelin, Tourne avec les fuseaux où s'enroule ce lin.

PLEXIPPE

Adieu, très doucement file ta destinée Gomme tu l'as reçue, ô vieille sœur aînée ; Si la mort nous surprend, va, tu nous rejoindras. Pour nous avoir portés tout petits dans tes bras, Pour avoir remplacé près de nous notre mère, Je ne sais quel travail fit en toi la Chimère, Ni ce qui dans nos cœurs alors s'est dérangé, Mais depuis ce temps-là nous n'avons plus changé Et nous gardons des yeux d'enfants sous des fronts

[d'hommes ; Tels tu nous élevas et tels encor nous sommes ; Notre printemps rejoint notre arrière-saison, Et nulle femme n'est entrée à la maison Depuis que tu quittas ses murs demeurés vides, Mais nous comptons par ses lézardes et tes rides Les jours qui loin de toi coulèrent froidement: Nous vous enveloppons du même sentiment, Vous qui fûtes pour nous toute la destinée, Vieille maison aimée et vieille sœur aînée.

{Plexippe et Toxée sortent.)

LE CHŒUR

Parmi tous ces héros que Méléagre amène Comment se fait-il donc que l'on n'entende pas

Déjà sur les chemins retentir les grands pas

Du secourable fils d'Alcmène ?

Gomment ne voit-on pas, la massue à la main, Noires sur l'horizon baigné de crépuscule, S'allonger sous la peau du lion néméen, La forme gigantesque et la tête d'Hercule ?

Si loin de Calydon qui peut le retenir? L'Érèbe !... Il a vu sans frémir

La triple gueule de Cerbère, Il a fait chavirer la barque de 0aron,

Il a de l'Achéron Franchi deux fois l'affreux estuaire,

Et ce terrible belluaire A serré dans ses bras à lui briser les os

L'épouvantable Thanatos.

La faux a chancelé dans la main de Saturne, Le Destin, de son urne Pendant quelques instants N'a plus laissé couler le temps ; Les Heures dans le ciel restèrent immobiles. Tandis qu'il ramenait du pays de la mort, Où les neuf fleuves font de ténébreuses îles,

La tendre Alceste aux cheveux d'or, De brume stygienne un peu voilée encor.

Qui donc retient au loin ta marche triomphale,

O vainqueur d'Érymanthe, archer du lac Stymphale ?

As-tu pour soulager Atlas

Remis le monde sur ta tête ?

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