‹ Méline, ou, Mémoires du chevalier de Moncy (volume 3)Chapitre 13 sur 29 · II · texte numérisé non relu

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moi un enfant*: sans cherclier à dissimuler votre inconstance, monsieur se Iwrait au crime en criminel. A cette e'poque, je ne pouvais rien pour vous , que vous adorer ; je dus faire taire mon amour : mais quand les circonstances nous ont rendus libres tous deux, que je viens mettre à vos pieds, non pas une coutonne, car mallieureusemenl je n'en possède pas , mais une grande fortune , toutes les jouissances qu'elle procure, je vous trouve insensible. Vous ne seïatez pas le mal que vous me faites par votre indifférence : que dis -je, votre haine. •— Moi, madame, vous haïr; je ne connus jamais cet affreux sentiment. — Eh bien î si tu ne me hais pas , prends pitié de nous tous : si lu consens à m'e'pouser , rien ne troublera jamais lereposdeMéUnc; maisjelelere'pète,

elle est perdue si tu me refuse. — Elle ne le sera pas , j'ai meilleure opinion de vous que vous-même ; non ^ vous ne trahirez pas le secret de votre proche parente, d'une femme infortunée que des circonstances malheureuses ont enchaînée à une existence assez douloureuse , sans lui ôter le seul bien qu'elle possède : rattachement, l'estime de son mari. Non , madame , vous n'en êtes pas capable. Je me jetai à ses genoux, je la conjurai au nom de l'humanité de renoncer à ses funestes projets. Je lui jurai que je lui serais dévoué j qu'il n'est rien qu'elle ne pût attendre de mon attachement, si elle n'enveloppait pas Méline dans mon malheur. Elle me regarda avec l'expression de la plus vive tendresse, passa ses bras autour de mon cou, couvrit mon front et mes joues de

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baisers. — Ah ! cruel , faut -il te sacrifier mes resseniimens; acheter à ce prix ton estime et un peu d'amitié. — Ah I lui dis-je avec transport, toute ma véneVation , ma tendresse; oui, Eslelleserait pour moi unedivinitë sur la terre, si elle remportait ce triomphe. — Eh bien ! il faut donc renoncer à l'espoir enchanteur que j'avais conçu j il faut m'immoler à ma rivale. Eh bien ! j'en suis capable , et, par excès d'amour, je serai ge'néreuse à l'excès. Oubliez, mon cher Alfred, cette douleureuse conversation; qu'elle reste à jamais ensevelie dans le secret : me le promettez-vous ? — Je vous le jure par l'honneur. Elle me donna encore un baiser ; je le lui rendis avec l'abandon de l'amitié. Je lui témoignai toutel'admiration qu'elle m'inspirait; elle se leva , passa dans

un cabinet de musique qui se trouvait entre le salon et le boudoir ; prit sa harpe , chanta comme un ange , et me força de l'accompagner. On vint l'avertir qu'elle était servie. Nous soupâmes tête-à-tête; nous causâmes ensuite quelques instans, et voyant qu'il était près d'une heure à sa pendule, elle me pria de me retirer, et me lendit sa main, que je baisai avec reconnaissance et respect. Je rentrai chez moi , croyant qu'un songe m'avait abuse' ; je me confiai aux promesses de la Marquise , et je gardai religieusement son secret.

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